Le père du pré­ve­nu était un par­rain

Aujourd'hui en France - - FAITS DIVERS - Dra­gui­gnan (Var) De notre cor­res­pon­dant MARC LERAS

LES NOMS DE FA­MILLE des pré­ve­nus vont ra­me­ner ce ma­tin le tri­bu­nal cor­rec­tion­nel de Dra­gui­gnan (Var) dans un Mar­seille du siècle der­nier, où le mi­lieu cor­si­co-mar­seillais était à son apo­gée, ce­lui de la French Con­nec­tion et de l’as­sas­si­nat du juge Mi­chel. Car le pro­cès du ré­seau de tra­fi­quants de co­caïne qui se tient au­jourd’hui et de­main com­porte par­mi les 14 pré­ve­nus deux pa­tro­nymes sul­fu­reux du mi­lieu mar­seillais, Fi­lip­pi et Zam­pa. Mais les ma­gis­trats ne bai­gne­ront pas dans la nos­tal­gie puis­qu’il s’agit d’une nou­velle gé­né­ra­tion dont les am­bi­tions étaient bien moindres que celles de leurs aî­nés, en l’oc­cur­rence un tra­fic de co­caïne entre Mar­seille et Saint-Tro­pez.

Di­dier Fi­lip­pi, 54 ans, soup­çon­né d’être l’une des têtes du ré­seau, est le fils d’Ho­mère Fi­lip­pi. Consi­dé­ré comme l’un des deux com­man­di­taires, avec Fran­çois Gi­rard dit « le Blond », de l’as­sas­si­nat en 1981 du juge Pierre Mi­chel à Mar­seille, Ho­mère a to­ta­le­ment dis­pa­ru de la cir­cu­la­tion de­puis. Condam­né par contu­mace (en son ab­sence) à per­pé­tui­té pour sa par­ti­ci­pa­tion à l’as­sas­si­nat du ma­gis­trat qui en­quê­tait sur la French Con­nec­tion, il n’est ja­mais ré­ap­pa­ru. Si les ru­meurs sur une opé­ra­tion de chi­rur­gie es­thé­tique qui lui au­rait trans­for­mé le vi­sage conti­nuent de cou­rir les rues de Mar­seille et de l’Ile de Beau­té, nul ne sait s’il est mort ou vi­vant.

Ma­thieu Zam­pa, lui, était le fils de Gaë­tan Zam­pa, dit Ta­ny, le « par­rain » de Mar­seille des an­nées 1970 qui s’est pen­du dans sa cel­lule de la pri­son des Bau­mettes en 1984. Dé­cé­dé du­rant la pro­cé­dure d’ins­truc­tion, Ma- thieu n’était pas un gros pois­son, sim­ple­ment soup­çon­né d’être un client qui re­ven­dait oc­ca­sion­nel­le­ment de la drogue pour payer sa consom­ma­tion et ses dettes. Son père Gaë­tan était, lui, tom­bé dans les fi­lets de la justice pour avoir ex­por­té des tonnes d’hé­roïne vers les Etats-Unis dans le cadre de la dé­sor­mais lé­gen­daire French Con­nec­tion.

L’en­quête, qui re­monte à 2013, dé­marre avec la dé­cou­verte d’une em­preinte di­gi­tale sur de la cel­lo­phane ayant en­tou­ré un co­lis de co­caïne. Ra­pi­de­ment i den­tif i ée comme ap­par­te­nant à Di­dier Fi­lip­pi, elle per­met aux doua­niers une in­ter­pel­la­tion en fla­grant dé­lit lors d’un trans­port de drogue. Iro­nie du sort, c’est éga­le­ment une em­preinte di­gi­tale re­trou­vée sous un au­to­col­lant d’une mo­to que des as­sas­sins du juge Mi­chel avaient uti­li­sée qui avait per­mis à l’époque d’iden­ti­fier l’équipe de tueurs en­ga­gée par son père.

La fouille de la Golf de Di­dier Fi­lip­pi dé­bou­che­ra sur la dé­cou­verte de 434 g de co­caïne. Sans don­ner d’in­for­ma­tions sur les four­nis­seurs ou les clients, Fi­lip­pi avoue­ra avoir été payé 1 000 € pour le trans­port de la drogue, mais nie­ra être l’un des or­ga­ni­sa­teurs du tra­fic.

Pour­tant, les en­quê­teurs pensent avoir dé­man­te­lé un ré­seau ac­tif qui ache­tait de la co­caïne ex­tra-pure avant de la cou­per et de la re­vendre avec une énorme marge dans la ré­gion mar­seillaise et dans le golfe de Saint-Tro­pez.

En dé­fense, les avo­cats vont plai­der pour que la ré­pu­ta­tion de Zam­pa et Fi­lip­pi se­niors ne planent pas sur les dé­bats et n’in­fluencent pas un tri­bu­nal où ne s’ap­pliquent pas les lois de l’hé­ré­di­té.

Les en­quê­teurs pensent avoir dé­man­te­lé un ré­seau ac­tif qui ache­tait de la co­caïne ex­tra-pure

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