Les for­çats ou­bliés de Cou­tances

Aujourd'hui en France - - SPORTS - Cou­tances (Manche) De l’un de nos en­voyés spé­ciaux OLI­VIER FRAN­ÇOIS

MÊME LES LÉ­GENDES fi­nissent par s’ef­fa­cer. Le Tour de France n’y peut rien. A Cou­tances, pe­tite ci­té ni­chée au coeur de la Manche et cha­peau­tée par une ca­thé­drale ma­jes­tueuse, les vieilles his­toires de la Grande Boucle n’ont pas ré­sis­té au temps. Un épi­sode mar­quant s’y est pour­tant dé­rou­lé. En 1924, les frères Pé­lis­sier, Hen­ri et Francis, hé­ros cy­clistes de l’époque, s’ar­rêtent au Ca­fé de la Gare sur la route de l’étape Cherbourg-Brest, ac­com­pa­gnés d’un autre cou­reur, Mau­rice Ville. Ils dé­cident d’aban­don­ner, écoeu­rés par la do­mi­na­tion nais­sante d’un jeune ta­lent, Ot­ta­vio Bot­tec­chia.

Les nos­tal­giques sont sur­tout étran­gers

A Al­bert Londres, re­por­teur cé­lèbre mais no­vice sur la course, qui les a re­joints sur place, ils livrent ce­pen­dant une ver­sion un brin ro­man­cée. Ils s’in­dignent, vi­tu­pèrent contre des or­ga­ni­sa­teurs « in­hu­mains », af­fir­mant, preuves à l’ap­pui, être contraints au dopage pour te­nir le coup. L’ar­ticle, pa­ru dans « le Pe­tit Pa­ri­sien », fait grand bruit. Il lui se­ra as­so­cié, plus tard, le titre « les For- çats de la route », sous le­quel il est pas­sé à la pos­té­ri­té.

Au­jourd’hui, il ne reste rien du bis­trot ra­sé en 1998 pour agran­dir le par­king de la gare. Les Cou­tan­çais eux-mêmes semblent sur­pris quand on évoque cette page du Tour. Hier, alors que le pe­lo­ton ap­pro­chait en pro­ve­nance de Saint-Lô, ils étaient rares à connaître l’anec­dote. « C’est vrai que ça fait un mo­ment qu’on n’en en­tend plus par­ler ici, même quand la course passe dans la ré­gion », pré­cise Jean-Jacques Griez­mann, qui tient un ma­ga­sin de vê­te­ments au pied de la ca­thé­drale.

Alors, pour que l’his­toire ne s’es­tompe pas to­ta­le­ment, le com­mer­çant de 72 ans, na­tif de la ville, a ex­po­sé en vi­trine des maillots de l’époque et de vieux quo­ti­diens don­nés par un ami jour­na­liste qui sui­vait l’épreuve dans les an­nées 1950. « La tra­di­tion n’a pas été per­pé­tuée, glisse-t-il à re­gret. J’es­saie de l’en­tre­te­nir à ma fa­çon. Il y a tout de même des gens nos­tal­giques. Sur­tout des étran­gers d’ailleurs. Des Ita­liens sont ve­nus me re­mer­cier parce que j’avais ex­po­sé un maillot de Faus­to Cop­pi. » Mais au­cun mot sur les fa­meux for­çats, dé­sor­mais plon­gés dans l’ou­bli.

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