C’est re­par­ti comme en 40

PA­TRI­MOINE. Fi­gu­rant par­mi les nom­breuses re­cons­ti­tu­tions his­to­riques de l’été, celle-ci a re­créé un week-end du­rant la « drôle de guerre » sur la ligne Ma­gi­not, dans la fo­rêt mo­sel­lane.

Aujourd'hui en France - - LOISIRS ET SPECTACLES - Ché­me­ry-les-Deux (Mo­selle) De notre cor­res­pon­dant Ni­co­las, 26 ans, ha­bi­tant d’Am­boise PIERRE ROEDER

JU­LIEN ET JUDICAËL, 28 ans, suivent un pe­tit che­min caillou­teux mar­chant au pas dans leur uni­forme de l’ar­mée de terre, ver­sion juin 1940. Les deux amis, l’un des­si­na­teur in­dus­triel, l’autre em­ployé dans la grande dis­tri­bu­tion, s’oc­troient ce week-end un grand voyage dans le temps au coeur de la fo­rêt de Ho­bling, dans le mas­sif mo­sel­lan, qui re­gorge de ves­tiges de la ligne Ma­gi­not.

« Nous sommes des pas­sion­nés d’his­toire, mais c’est aus­si un hom­mage à nos va­leurs », lâche Ju­lien. Les deux hommes ar­rivent à un cam­pe­ment où ré­sonnent les sons des cor­ne­muses entre les deux ca­se­mates du Hu­ber­busch, tou­jours de­bout bien qu’elles aient plus de quatre-vingts ans. « Les sol­dats écos­sais sont ve­nus en ren­fort en juin 1940 », pré­cise Charles Le­dig, 26 ans, en des­cen­dant de sa Ci­troën U 23, pe­tit ca­mion d’époque uti­li­sé par l’ar­mée fran­çaise, dont il vient de faire l’ac­qui­si­tion. Il est le pré­sident de l’as­so­cia­tion de sau­ve­garde de ce site, qu’il s’ap­plique de­puis cinq ans à res­tau­rer et à en­tre­te­nir avec une tren­taine de pas­sion­nés, dont dix sont as­si­dus.

Le jeune mi­li­taire de car­rière jette un re­gard cir­cu­laire et sa­tis­fait sur le cam­pe­ment : « Tout ce­la, c’est du 40. » Charles Le­dig ne tran­sige pas avec le sens du dé­tail. Il a veillé scru­pu­leu­se­ment à ce que les 90 « re­cons­ti­tueurs » ve­nus de toute la France, mais aus­si de Bel­gique, res­pectent scru­pu­leu­se­ment la vé­ri­té his­to­rique tout au long de ce week-end de re­cons­ti­tu­tion ou­verte au pu­blic.

« Il y avait une longue liste de re­com­man­da­tions », confirme Ni­co­las, 26 ans, qui a fait le dé­place- ment d’Am­boise (Indre-et-Loire) pour prendre part à ce ras­sem­ble­ment dont il ap­pré­cie la ri­gueur. Lui est ha­billé en s o l dat é c o s s a i s . Mais il s’in­té­resse aus­si à la guerre d’In­do­chine, par res­pect pour son grand-père qui l’a faite. « Un de­voir de mé­moire, un de­voir pa­trio­tique, mais aus­si le plaisir de la re­cherche des te­nues, des armes, des acces- soires… » énu­mère Ni­co­las, ve­nu ac­com­pa­gné d’Hé­lène, 23 ans, sa com­pagne, ha­billée en ci­vile des an­nées 1940.

Tout est main­te­nant en place pour ac­cueillir le pu­blic, qui ar­rive par pe­tits groupes après avoir ré­glé la somme de 2 € par per­sonne à l’en­trée. C’est de loin le ras­sem­ble­ment le plus im­por­tant or­ga­ni­sé par l’as­so­cia­tion de sau­ve­garde. Charles mise sur 2 000 per­sonnes. Il a fait le choix de ci­bler une pé­riode bien pré­cise afin de re­le­ver le pa­ri de la pré­ci­sion, et son pa­ri est ga­gné. Voitures, tentes, tran­chées, uni­formes, vais­selle, rien ne vient pa­ra­si­ter cette trans­po­si­tion bluf­fante de ces temps de Se­conde Guerre mon­diale, quand celle-ci était fort mal en­ga­gée.

Plus loin, une di­zaine d’ama­teurs san­glés d’uni­formes al­le­mands ont éga­le­ment ins­tal­lé leur cam­pe­ment dans la fo­rêt. De­vant les pre­miers vi­si­teurs, Eric, 62 ans, ve­nu des Ar­dennes, ex­plique l’his­toire de sa mo­to Re­né Gillet sor­tie des ate­liers en 1939. « Mon père avait la même quand il était sol­dat. Le side-car, par exemple, j’ai mis vingt ans à le dé­ni­cher », ra­conte-t-il avec pas­sion, sans un oeil pour les sol­dats qui en­chaînent les pré­sen­ta­tions d’arme avec sé­rieux et ap­pli­ca­tion.

« Un de­voir de mé­moire, un de­voir pa­trio­tique »

Voitures, tentes, uni­formes, chaque dé­tail a été ri­gou­reu­se­ment vé­ri­fié pour re­créer la ligne Ma­gi­not à l’iden­tique. Quatre-vingt-dix « re­cons­ti­tueurs » ont pré­pa­ré cet évé­ne­ment.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.