Mais qui va

La sil­houette ras­su­rante des CRS maîtres na­geurs n’ap­pa­raî­tra que le 20 juillet sur les plages. Leur ser­vice et leur nombre est en chute libre. Les com­munes tentent de s’or­ga­ni­ser.

Aujourd'hui en France - - LE FAIT DU JOUR - FRÉ­DÉ­RIC MOUCHON (AVEC E.C. ET E.P.) E.P.

DU SABLE FIN, une eau à 25 °C, un ciel azur et des ven­deurs am­bu­lants qui crient « chou­chous, bei­gnets »… c’est la re­cette d’une bonne jour­née à la plage. Sauf qu’il manque un élé­ment es­sen­tiel à cette carte pos­tale pour que les va­cances res­tent les va­cances : des anges gar­diens qui veillent sur les na­geurs.

Pré­sents de­puis cin­quante-sept ans sur nos plages, les CRS maîtres na­geurs sau­ve­teurs (MNS) se­ront cette an­née en par­tie in­vi­sibles. « Du fait de la ré­duc­tion des ef­fec­tifs de nos com­pa­gnies, 460 hommes étaient mo­bi­li­sés l’été der­nier, mais seuls 297 le se­ront cette an­née, af­firme Eric Jans­sens, dé­lé­gué na­tio­nal MNS au syn­di­cat de po­lice SGP. Dans le pas­sé, nous étions pré­sents toute la sai­son, mais, cette fois, nous ne se­rons sur les plages que du 20 juillet au 22 août. »

Seules 64 com­munes bé­né­fi­cie­ront de la sur­veillance des po­li­ciers en maillot contre 97 l’an pas­sé. « Tout ce­la s’ins­crit dans le désen­ga­ge­ment pro­gres­sif de l’Etat et l’on sait très bien que nous sommes en sur­sis », constate Cy­ril Lam­bert, du syn­di­cat Un­sa-Po­lice. Ce re­pli de l’Etat fait hur­ler les élus concer­nés. « Dès juillet 2015, nous avons eu des signes d’alerte de la part du mi­nis­tère de l’In­té­rieur et j’ai in­ter­pel­lé en jan­vier le gou­ver­ne­ment sur ce su­jet, ex­plique le pré­sident de l’As­so­cia­tion na­tio­nale des élus du lit­to­ral, Jean-Fran­çois Ra­pin. On va créer, à terme, une sé­cu­ri­té des plages à deux vi­tesses. » « Les com­munes riches au­ront les moyens de se payer des sur­veillants pri­vés, les autres pas », pré­cise Cy­ril Lam­bert.

2 734 sau­ve­tages

Au dire des po­li­ciers, ces mis­sions es­ti­vales sont loin d’être des va­cances. En 2015, les CRS ont ef­fec­tué 2 734 sau­ve­tages, sont sor­tis en mer près de 19 000 fois pour as­sis­ter des En ma­tière de sé­cu­ri­té, il y au­ra un avant et un après été 2016. A comp­ter du 20 juillet, une cen­taine de CRS maîtres na­geurs sau­ve­teurs por­te­ront leur pis­to­let au­to­ma­tique (avec à proxi­mi­té un gi­let pare-balles), en plus de leurs tra­di­tion­nelles me­nottes et ma­traques. La Di­rec­tion gé­né­rale de la po­lice a ac­cé­dé à cette de­mande syn­di­cale, sur fond de me­nace ter­ro­riste et de­vant le « risque de confron­ta­tion avec des in­di­vi­dus ar­més ex­trê­me­ment dan­ge­reux ». Les chefs de poste et leurs ad­joints, seuls ha­bi­li­tés à dis­po­ser d’un Sig Sauer 9 mm sur la bai­gneurs et ont dres­sé 983 amendes. « En 2002, un rap­port de la Cour des comptes prô­nait une sup­pres­sion pro­gres­sive de notre ac­ti­vi­té, s’in­surge Eric Jans­sens. C’est ou­blier que nous sommes aus­si là pour pro­té­ger les es­ti­vants et pou­vons ver­ba­li­ser quand il y a des pro­blèmes d’in­ci­vi­li­té, d’al­cool ou des ba­garres. » « Quand un jet-ski entre dans une zone de bain, seul un CRS a une au­to­ri­té im­mé­diate pour in­ter­ve­nir », note Jean-Fran­çois Ra­pin.

Elus et po­li­ciers ne sont pas seuls à s’in­quié­ter. Alors que 602 noyades en mer ont eu lieu l’an der­nier pen­dant la sai­son, l’ur­gen­tiste Jean-Louis Cha­ber­naud dé­plore l’ab­sence des hommes en bleu le long du lit­to­ral. « A trop ti­rer sur la corde des éco­no­mies, on prend des risques, es­time ce mé­de­cin. Quand quel­qu’un part se bai­gner, la vi­gi­lance des proches, c’est es­sen­tiel, et avec la sur­veillance of­fi­cielle des maîtres na­geurs, c’est ce qu’il y a de plus ef­fi­cace. »

Des chefs de poste ar­més

plage, dis­po­se­ront pour ce­la d’une po­chette étanche spé­ciale. La mis­sion pre­mière des maîtres na­geurs sau­ve­teurs res­tant l’as­sis­tance aux bai­gneurs en dif­fi­cul­té, la plu­part d’entre eux conti­nue­ront donc à pa­trouiller sans arme à feu, vê­tus d’un tee-shirt blanc flo­qué CRS et d’un short bleu, afin de pou­voir se je­ter à l’eau à tout mo­ment. En ma­tière de lutte an­ti­ter­ro­riste, ce sont les uni­tés tra­di­tion­nelles des com­mis­sa­riats et des bri­gades de gen­dar­me­rie, ren­for­cées en pé­riode es­ti­vale sur le lit­to­ral, qui se­raient ame­nées à in­ter­ve­nir.

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