Valls ne fait pas de ca­deau aux Corses

DÉ­PLA­CE­MENT. Les na­tio­na­listes au pou­voir sur l’île ré­cla­maient no­tam­ment la co­of­fi­cia­li­té de la langue corse et l’au­to­ri­sa­tion de créer un sta­tut de ré­sident : pour le Pre­mier mi­nistre, c’est non !

Aujourd'hui en France - - POLITIQUE - A Ajac­cio et To­mi­no (Corse), De notre en­voyée spé­ciale Un élu corse Ma­nuel Valls PAULINE THÉVENIAUD

AU BOUT DE ROUTES si­nueuses à sou­le­ver les coeurs les plus ac­cro­chés, se dresse To­mi­no. C’est dans ce dé­cor de carte pos­tale, avec vue à cou­per le souffle sur une Mé­di­ter­ra­née bleue azur, que Ma­nuel Valls a choi­si de conclure hier son dé­pla­ce­ment ma­ra­thon en Corse, son pre­mier comme chef du gou­ver­ne­ment. Ce pe­tit vil­lage du cap Corse s’est en­di­man­ché pour l’ac­cueillir. « Tout le monde est sur son 31. On sait quand même re­ce­voir ! » s’amuse Pa­trice Qui­li­ci, le maire de Ro­glia­no, la com­mune voi­sine.

« Ce n’était pas la peine de ve­nir pour ça ! »

Un buf­fet gar­ni de spé­cia­li­tés lo­cales a été dres­sé pour l’oc­ca­sion. Tout en se dé­lec­tant de mi­gliac­ci, spé­cia­li­té lo­cale au fro­mage frais, Ma­nuel Valls af­fiche sa sa­tis­fac­tion. Il n’a es­suyé de huées qu’à Bas­tia, où il était at­ten­du par des mi­li­tants CGT an­ti­loi Tra­vail et des par­ti­sans du sup­por­teur corse bles­sé à Reims le 13 fé­vrier der­nier, en marge d’un match de foot.

Tout au long de la jour­née, le Pre­mier mi­nistre a dé­rou­lé son mes­sage à l ’ adresse de l ’ I l e de Beau­té : « Ou­ver­ture et fer­me­té. » Ou­ver­ture, avec la créa­tion d’une agré­ga­tion de corse, mais sur­tout, et c’était là un geste at­ten­du, avec la pro­lon­ga­tion de l’ex­cep­tion corse sur les droits de suc­ces­sion. Ve­nu avec quatre de ses mi­nistres, le chef du gou­ver­ne­ment a par ailleurs confir­mé la mise en place de la col­lec­ti­vi­té unique, si­gnant la fu­sion des deux dé­par­te­ments, dès jan­vier 2018. Un gage « très im­por­tant » pour les na­tio­na­listes, qui craignent un re­port de la ré­forme en cas d’al­ter­nance à droite en 2017. « Ce n’était pas la peine de ve­nir pour ça ! Il nous donne ce qu’il nous doit… Il se fout de notre gueule », siffle tout de même un élu corse.

Reste qu’à Ajac­cio hier ma­tin, la tem­pé­ra­ture n’est pas mon­tée au­de­là des 29 °C af­fi­chés par les ther­mo­mètres du centre-ville. Ni sur­chauffe ni cha­hut. Et en­core moins de dis­cours en langue corse dans l’hé­mi­cycle de la col­lec­ti­vi­té ter­ri­to­riale. Sou­cieux d’évi­ter les pro­vo­ca­tions, les lea­deurs na­tio­na­listes se sont ex­pri­més en fran­çais « en ce lieu saint de la dé­mo­cra­tie corse », se­lon les termes em­ployés par JeanGuy Ta­la­mo­ni, le pré­sident de l’As­sem­blée. « On est entre gens bien éle­vés. Tout le monde a in­té­rêt à ce que ce­la se passe bien », glisse l’en­tou­rage du na­tio­na­liste. « Eux aus­si, ont in­té­rêt à réus­sir », juge Ma­ti­gnon en re­tour.

Der­rière les dis­cours po­li­cés se cachent tou­te­fois des désac­cords ir­ré- conci­liables. Car il y a aus­si le vo­let fer­me­té : la créa­tion d’un sta­tut de ré­sident, la co­of­fi­cia­li­té de la langue corse et l’am­nis­tie des pri­son­niers po­li­tiques — comme les ap­pellent les mi­li­tants na­tio­na­listes — consti­tuent des lignes rouges in­fran­chis­sab l e s p o u r Mat i - gnon. Donc, c’est non sur tous ces points. A l’ombre des pal­miers du jar­din de la col­lec­ti­vi­té ter­ri­to­riale, les lea­deurs na­tio­na­listes grom­mellent de­vant mi­cros et ca­mé­ras. « Si le Pre­mier mi­nistre l’avait vou­lu, il au­rait pu se his­ser à la hau­teur des en­jeux », râle le pré­sident du conseil exé­cu­tif de Corse, Gilles Si­meo­ni, ex­pri­mant sa « dé­cep­tion pro­fonde ». Le même avait lan­cé par avance à Valls : « Les ré­ponses que vous al­lez nous pré­sen­ter res­te­ront en de­çà des at­tentes. » Dans l’hé­mi­cycle de la col­lec­ti­vi­té ter­ri­to­riale, Ma­nuel Valls a écou­té vi­sage fer­mé la li­ta­nie des re­ven­di­ca­tions. Lui es­time « que le gou­ver­ne­ment a res­pec­té sa part du contrat ». Com­men­taire de Pa­trice Qui­li­ci, le maire de la pe­tite com­mune de Ro­glia­no : « En gé­né­ral, un Pre­mier mi­nistre qui vient en Corse amène tou­jours quelque chose… »

« Le gou­ver­ne­ment a res­pec­té sa part du contrat »

@Pau­li­ne_Th

Ajac­cio (Corse-du-Sud), hier. A l’As­sem­blée de Corse, le cli­mat était calme et les dis­cours po­li­cés. Mais der­rière les sou­rires de fa­çade, Ma­nuel Valls (au c.) n’a pas ac­cé­dé aux re­quêtes des na­tio­na­listes Jean-Guy Ta­la­mo­ni (à g.) et Gilles Si­meo­ni (à d.), qui ont ex­pri­mé leur dé­cep­tion.

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