La jus­tice rouvre le dos­sier d’une dis­pa­rue de l’A 26

COLD CASE. Il y a vingt-huit ans, Ma­rie-Thé­rèse Borde, 55 ans, avait été re­trou­vée morte dans un vil­lage de l’Aisne, une se­maine après la dé­cou­verte de sa voi­ture aban­don­née sur une aire d’au­to­route.

Aujourd'hui en France - - FAITS DIVERS - JEAN-MARC DUCOS

APRÈS DES AN­NÉES d’er­rance et d’aveu­gle­ment judiciaire, le dos­sier du meurtre de Ma­rie-Thé­rèse Borde, 55 ans, le 23 oc­tobre 1988, sur une aire de l’A 26, a été rou­vert dé­but juin par le par­quet de Laon (Aisne). L’af­faire avait été close en 1993 par un non-lieu, faute d’élé­ments concrets. Sur­tout, il n’avait ja­mais été rap­pro­ché d’autres af­faires dites de « la voie mau­dite de l’A 26 ». Se­lon nos in­for­ma­tions, le pro­cu­reur de la Ré­pu­blique Bap­tiste Por­cher doit an­non­cer mer­cre­di la re­prise de l’en­quête par l a po­lice j udi­ciaire d’Amiens et la dif­fu­sion d’un ap­pel à té­moins.

La vic­time, en­le­vée un di­manche sur l’aire de Saint-Brice (Aisne), si­tuée sur une por­tion de l’au­to­route qui ve­nait d’ou­vrir à l’époque, avait été re­trou­vée morte une se­maine plus tard par des chas­seurs dans le vil­lage de Ployart- et- Vaur­seine (Aisne). Ce crime pour­rait être croi­sé avec le meurtre de Ghis­laine Char­lier, 43 ans, un autre dos­sier, clôt ce­lui-ci en 1995 et au­jourd’hui pres­crit. Ghis­laine Char­lier avait dis­pa­ru le 30 juin 1988, cinq mois avant Ma­rie-Thé­rèse Borde. Leurs dos­siers n’ont j amais f ait l’ob­jet d’un rap­pro­che­ment.

Elé­gante, co­quette, Ma­rie-Thé­rèse Borde était une com­mer­ciale aguer­rie qui ven­dait des vê­te­ments de belle fac­ture. Ce di­manche, elle avait em­prun­té l’A 26 à 9 h 15, se­lon le ti­cket re­trou­vé dans sa voi­ture, après avoir quit­té Ar­ras, où elle vi­vait avec son com­pa­gnon, à 8 h 30. Di­rec­tion Reims, où elle avait un ap­par­te­ment et où le len­de­main elle de­vait par­ti­ci­per à un sa­lon.

C’est un au­to­mo­bi­liste qui a pré­ve­nu la gen­dar­me­rie quand il a dé­cou­vert le Re­nault Es­pace vide de Ma­rie- Thé­rèse. Le hayon ét ai t ou­vert et de nom­breuses traces de sang al­laient jus­qu’aux toi­lettes de l’aire. Vi­si­ble­ment, le vol n’était pas le mo­bile de la dis­pa­ri­tion de la quin­qua­gé­naire : son sac était in­tact dans la voi­ture et la col­lec­tion de vê­te­ments de prix tou­jours ac­cro­chée aux cintres.

La dis­pa­rue est re­trou­vée le di­manche sui­vant à cô­té d’une pe­tite route du vil­lage de Ployart-et-Vaur­seine. Elle est à plat ventre, la tête tour­née vers la droite. Le corps porte des traces de coups sur la nuque et d’étranges traces dans le dos. Le pan­ta­lon est bais­sé jus­qu’aux che­villes, le bo­dy n’a pas été dé­gra­fé. L’au­top­sie ré­vé­le­ra que la vic­time n’a pas su­bi de vio­lences sexuelles et que les coups por­tés à la tête ont été mor­tels.

Cette mise à mort res­semble étran­ge­ment à celle de Ghis­laine Char­lier, 43 ans. Le 30 juin 1988, cette spor­tive est par­tie du vil­lage de Pe­tit-Ver­ly (Aisne), dont elle est conseillère mu­ni­ci­pale, pour faire son jog­ging. Le len­de­main, son ca­davre est re­trou­vé dans un fos­sé de Mon­ti­gny-en-Arouaise (Aisne). Elle re­pose sur le ventre, en par­tie désha­billée mais n’a pas su­bi de vio­lences sexuelles. L’en­quête ré­vèle qu’un coup violent por­té à l’ar­rière du crâne a été mor­tel et elle a des marques en V dans le dos. Autres si­mi­li­tudes entre les af­faires : Ma­rie-Thé­rèse Borde et Ghis­laine Char­lier sont toutes deux des femmes blondes d’âge mûr. Les corps ont été dé­cou­verts dans le même dé­par­te­ment, de part et d’autre de l’axe de l’A 26.

« Il y a de quoi être stu­pé­fait que ces dos­siers n’aient ja­mais fait l’ob­jet d’un rap­pro­che­ment de­puis ving­thuit ans. Il y a une proxi­mi­té géo­gra­phique, un pro­fil de vic­times iden­tique, des bles­sures iden­tiques, des pos­tures iden­tiques et ce­la n’in­ter­pelle per­sonne. En­core une fois, il faut se battre contre des convic­tions toutes faites sur ces dos­siers », pestent Mes Didier Se­ban et Co­rinne Her­mann, les avo­cats des fa­milles Borde et Char­lier. « Sans par­ler des scel­lés qui ont été dé­truits par la jus­tice, ce qui ré­duit d’au­tant les chances de confondre les cri­mi­nels », s’in­dignent les avo­cats. Pour l’heure, seul le dos­sier Borde est rou­vert, ce qui condui­ra pro­ba­ble­ment les en­quê­teurs à s’in­té­res­ser de nou­veau au dos­sier Char­lier.

Deux vic­times aux pro­fils, aux bles­sures et aux pos­tures iden­tiques

Le 23 oc­tobre 1988, Ma­rie-Thé­rèse Borde est tuée par de vio­lents coups por­tés à la tête. Peu de temps avant, une autre femme a été vic­time d’un ho­mi­cide très si­mi­laire dans la même ré­gion.

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