L’in­dé­li­cate avo­cate

PRO­CÈS. Mas­ta­neh Dja­zaye­ri, avo­cate au bar­reau de Grasse (Alpes-Ma­ri­times), est ju­gée à par­tir de ce ma­tin pour es­cro­que­rie et abus de confiance au pré­ju­dice d’une ving­taine de clients.

Aujourd'hui en France - - FAITS DIVERS - GEOF­FROY TOMASOVITCH

UNE CONSOMMATION d’al­cool et de pro­duits stu­pé­fiants, une re­la­tion hou­leuse avec le père de sa fille, une perte de tout re­père… Au cours de l’en­quête, Me Mas­ta­neh Dja­zaye­ri a avan­cé plu­sieurs rai­sons pour ten­ter d’ex­pli­quer ses sé­rieux dé­ra­pages. Ces écarts pré­su­més avec le Code pé­nal valent à cette avo­cate du bar­reau de Grasse (Alpes-Ma­ri­times) de com­pa­raître à par­tir de ce ma­tin de­vant le tri­bu­nal cor­rec­tion­nel de Grasse. Agée de 43 ans, la pré­ve­nue, qui a fait quatre mois de dé­ten­tion pro­vi­soire dans la fou­lée de sa mise en examen en mai 2014, est prin­ci­pa­le­ment ju­gée pour « es­cro­que­rie » et « abus de confiance » au pré­ju­dice de… ses propres clients. Des faits, com­mis entre 2011 et 2014, qu’elle a en par­tie re­con­nus pen­dant l’ins­truc­tion.

L’in­ter­pel­la­tion puis l’in­car­cé­ra­tion de cette pé­na­liste can­noise étaient pas­sées plu­tôt in­aper­çues au prin­temps 2014. Me Dja­zaye­ri avait pour­tant connu quelques mi­nutes de cé­lé­bri­té deux ans plus tôt, in­ter­viewée par plu­sieurs mé­dias sur un de ses an­ciens clients, Jérémie Louis-Sid­ney, dé­lin­quant de­ve­nu le lea­deur pré­su­mé de la cel­lule dji­ha­diste dite de Cannes-Tor­cy, abat­tu par les gen­darmes en oc­to- bre 2012 à Stras­bourg (Bas-Rhin). A l’époque, per­sonne ne se dou­tait alors de ce qui pou­vait se tra­mer dans l’in­ti­mi­té du ca­bi­net de cette avo­cate née en Iran…

Fin 2013, dé­but des soup­çons. Le bâ­ton­nier de Grasse si­gnale au pro­cu­reur de la Ré­pu­blique les cir­cons­tances dans le­quelles l’ordre avait émis un chèque de 1,2 M€ — fruit de la vente aux en­chères d’un bien im­mo­bi­lier ac­quis en 1993 par un cer­tain Ke­vin Par­sons —, en­cais­sé par une so­cié­té ci­vile im­mo­bi­lière (SCI) ayant Me Dja­zaye­ri comme conseil. En­ten­due par la po­lice, elle re­con­naît avoir en­cais­sé à son pro­fit ce chèque, en mon­tant à cette fin une SCI à Mo­na­co. Dé­tour­ne­ment com­mis avec la complicité de la ré­pré­sen­tante en France de Ke­vin Par­sons, ci­toyen aus­tra­lien.

Af­faire dans l’af­faire, cet homme, à qui de­vait re­ve­nir les 1,2 M€, n’a ja­mais pu se consti­tuer par­tie ci­vile dans ce dos­sier. Mo­tif : la jus­tice met en doute son iden­ti­té, soup­çon­nant le­dit Ke­vin Par­sons d’avoir usur­pé le nom d’un hon­nête pê­cheur aus­tra­lien mort en 2011. Une com­mis­sion ro­ga­toire a même été dé­li­vrée en Aus­tra­lie ! L’in­té­res­sé en­tend pro­fi­ter du pro­cès pour faire va­loir ses droits…

Dans ce vo­let, le père de l’avo­cate, qui a tou­ché 87 000 € sur les 1,2 M€, est pour­sui­vi pour « re­cel ».

Les autres faits re­pro­chés à la pré­ve­nue portent sur des mon­tants en rien com­pa­rables à ce­lui du chèque dé­tour­né, mais la liste des vic­times pré­su­mées im­pres­sionne. La juge a es­ti­mé que Me Dja­zaye­ri a ef­fec­tué des ma­noeuvres frau­du­leuses au pré­ju­dice d’une ving­taine de clients. Pour ce faire, l’avo­cate de­man­daient no­tam­ment à ses clients de si­gner des pro­cu­ra­tions à blanc. Grâce à de tels do­cu­ments, la pré­ve­nue au­rait entre autres en­cais­sé des sommes que la pré­fec­ture avait été condam­née à ver­ser à des étran­gers dans des pro­cé­dures de ré­gu­la­ri­sa­tion.

Il lui est éga­le­ment re­pro­ché de fausses jus­ti­fi­ca­tions d’ho­no­raires ou en­core d’avoir fait croire à ses clients qu’ils ne pou­vaient bé­né­fi­cier de la gra­tui­té de ses pres­ta­tions au titre de l’aide j uri di c t i on­nelle to­tale. Un exemple par­mi ses trom­pe­ries : une em­ployée du ca­bi­net a ré­vé­lé que Me Dja­zaye­ri avait fait croire à l’un des clients qu’il de­vait ver­ser une cau­tion au­près du juge d’ap­pli­ca­tion des peines. Ré­sul­tat, l’in­té­res­sé a ain­si payé 17 000 € alors qu’il n’avait été condam­né qu’à une peine de… 2 000 €.

Le pro­cès de l’avo­cate, sus­pen­due par ses pairs en at­ten­dant que la jus­tice se pro­nonce, doit se pro­lon­ger jus­qu’à jeu­di.

Elle au­rait en­cais­sé des sommes que la pré­fec­ture avait été condam­née à ver­ser à des étran­gers

Me Mas­ta­neh Dja­zaye­ri au­rait, entre autres mé­faits, fait croire à un client qu’il de­vait s’ac­quit­ter d’une cau­tion et em­po­ché ain­si 17 000€.

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