« Didier res­te­ra sé­lec­tion­neur quoi qu’il ar­rive »

Maxime Frantz Noël Le Graët,

Aujourd'hui en France - - L’ACTUALITÉ DES RÉGIONS - Pro­pos re­cueillis par RONAN FOLGOAS BER­TRAND MÉTAYER

23 ans, étu­diant Reims (51) « Je ne pense pas. Les Al­le­mands ont da­van­tage de grands joueurs. Ils ont un pal­ma­rès et un vé­cu im­pres­sion­nants. Ils ont rem­por­té la der­nière Coupe du monde en ayant bat­tu le Bré­sil 7 à 1 en de­mie. Après, tout peut se pas­ser. C’est vrai que ça se joue en France, mais sur le pa­pier, les Bleus ne sont pas fa­vo­ris. La vic­toire est tou­jours pos­sible, mais elle se­ra très dif­fi­cile à ob­te­nir. » APRÈS LA VIC­TOIRE des Bleus di­manche soir, Noël Le Graët s’est en­vo­lé pour Guin­gamp, son fief des Côtes-d’Ar­mor. Le temps de pré­si­der quelques réunions au sein du groupe agroa­li­men­taire qu’il di­rige, le Bre­ton, 74 ans, était de re­tour hier en fin d’après-mi­di au siège de la FFF. Sans eu­pho­rie mais très am­bi­tieux. Vous aviez fixé une place de de­mi-fi­na­liste comme ob­jec­tif avant le tour­noi. Pour­quoi était-il im­por­tant de l’at­teindre ? NOËL LE GRAËT. Le fait que le pays or­ga­ni­sa­teur soit tou­jours en lice dans la der­nière se­maine de com­pé­ti­tion, c’est im­por­tant. Pour les joueurs bien sûr, pour les fi­nances de la Fé­dé­ra­tion (NDLR : elle est dé­jà as­su­rée d’en­gran­ger 18,5 M€ de primes ver­sées par l’UEFA), et pour l’am­biance gé­né­rale qui en­toure l’Eu­ro. Cet Eu­ro est-il dé­jà une réus­site pour les Bleus ? Non. Nous sommes dans le der­nier car­ré et nous avons une pos­si­bi­li­té d’al­ler au bout. Ce n’est pas le mo­ment de s’ar­rê­ter là. Un France - Al­le­magne rap­pelle for­cé­ment de vieux sou­ve­nirs. Qu’est-ce que ce­la évoque pour vous ? Je ne suis pas tour­né vers le pas­sé. Ou alors vers le pas­sé ré­cent. Je pense sur­tout aux deux der­niers matchs contre l’Al­le­magne, lors de la Coupe du monde et en ami­cal en no­vembre. En 2014, au Bré­sil, les Al­le­mands nous ont bat­tus lo­gi­que­ment (1-0). Mais de­puis deux ans, le ni­veau des deux équipes s’est rap­pro­ché. Elles sont main­te­nant très proches. Le 13 no­vembre, per­sonne n’en a par­lé compte te­nu des évé­ne­ments tra­giques mais on s’était im­po­sés (2-0) et ce­la vou­lait dire quelque chose. Quelle conclu­sion en ti­rez-vous ? L e s Bl e u s n ’ o n t plus peur des Al­le­mands. Après, le reste, c’est du do­maine de l’im­pré­vi­sible. Avec le re­cul, avez-vous bien fait de mettre Ka­rim Ben­ze­ma à l’écart de l’équipe de France ? Je n’aime pas ren­trer dans le do­maine des at­taques per­son­nelles. Ka­rim n’est pas à l’Eu­ro, c’est tout. Mais il n’est pas sus­pen­du à vie. Une dé­ci­sion de jus­tice in­ter­vien­dra bien­tôt (NDLR : dans l’af­faire de la sex-tape Cer­tains chiffres fâchent. Le 58 en fait par­tie quand on évoque France - Al­le­magne. Les Bleus n’ont plus bat­tu la Mann­schaft en phase fi­nale d’une com­pé­ti­tion de­puis cin­quante-huit ans. Mais, pour les té­moins de ces fu­nestes pré­cé­dents, cette li­ta­nie d’échecs n’au­gure en rien de l’is­sue du choc de jeu­di. « Une ma­lé­dic­tion ? Mais pas du tout. On les a bat­tus en 1958 et plu­sieurs fois de­puis en ami­cal, coupe Ma­rius Tré­sor, dé­fen­seur lors de la de­mi-fi­nale de 1982 à Sé­ville (3-3, 4 t.a.b. à 5). J’es­père juste pour la France qu’il n’y au­ra pas un ar­bitre comme on a connu à notre époque… On était out­si­ders. On avait en­cais­sé un but ra­pi­de­ment, mais ce­la nous avait boos­tés. Pour jeu­di, je suis op­ti­miste. Les Bleus montent en puis­sance. J’ai vu l’Al­le­magne contre l’Ita­lie, cette équipe est pre­nable à con­di­tion de dé­bu­ter comme contre l’Is­lande. » Luis Fer­nan­dez, ti­tu­laire en de­mie du Mon­dial 1986 (0-2), abonde. « A Gua­da­la­ja­ra, on avait en­core dans la tête les images de 1982, lâche l’an­cien mi­lieu de ter­rain. On avait lais­sé pas mal de forces dans le match face au Bré­sil en quart (1-1, 5 tirs au but à 4) et on avait mis trop d’en­ga­ge­ment, car on vou­lait se ven­ger. Ce­la nous a fait dé­jouer. La gé­né­ra­tion ac­tuelle n’était pas née à notre dont Mathieu Val­bue­na, son co­équi­pier chez les Bleus, se­rait vic­time) et on avi­se­ra en­suite. Que vous ins­pirent les au­diences té­lé des Bleus (17,2 mil­lions de té­lé­spec­ta­teurs pour le quart) ? C’est phé­no­mé­nal. Je constate aus­si que les gens portent le maillot de l’équipe de France comme ja­mais ils ne l’avaient fait dans le pas­sé. Peu­têtre parce qu’ils se re­trouvent dans cette équipe sym­pa­thique et cour­toise qui n’écrase pas ses ad­ver­saires. Quelle que soit l’is­sue de l’Eu­ro, Des­champs se­ra-t-il tou­jours le sé­lec­tion­neur à la ren­trée ? Oui. Didier dis­pose de deux an­nées de contrat, jus­qu’en 2018. Il res­te­ra le sé­lec­tion­neur quoi qu’il ar­rive. Al­lez-vous vous bri­guer un nou­veau man­dat de pré­sident de la Fé­dé­ra­tion en mars 2017 ? J’ai tou­jours dit que je don­ne­rai une po­si­tion dé­fi­ni­tive en no­vembre. Pas avant.

« Une équipe sym­pa­thique et cour­toise »

époque. Pour eux, la ré­fé­rence est 2014. Mais je pense qu’ils l’abor­de­ront avec calme et sé­ré­ni­té. » En­tré en fin de match voi­ci deux ans lors du quart du Mon­dial bré­si­lien per­du 1-0, Oli­vier Gi­roud puise dans ce ré­sul­tat né­ga­tif une source de mo­ti­va­tion. « Je n’aime pas le mot re­vanche, mais il faut gar­der ce match dans un coin de notre tête, glisse l’avant­centre des Bleus. Ce sont les meilleurs du monde, ils en ont le titre, mais on a en­vie de les battre. Il fau­dra re­dou­bler d’at­ten­tion et les em­pê­cher de dé­ployer leur jeu et de prendre confiance. J’ai vu qu’on ne les avait ja­mais bat­tus en phase fi­nale, il faut que ce­la change. » Eli­mi­né en 1982 puis en 1986, Alain Gi­resse af­fiche sa confiance. « C’est une équipe d’un ca­libre qu’on n’a pas en­core af­fron­té, mais les Bleus ont les moyens de les battre, glisse l’ex-mi­lieu of­fen­sif. En plus, Des­champs a l’em­bar­ras du choix avec ses joueurs comme dans son éven­tail tac­tique. Il va, je pense, mettre le sys­tème qui convient à ses hommes, à sa­voir ce 4-4-2 où Griez­mann est as­so­cié à Gi­roud. Avec Payet en plus, c’est une at­taque de feu. » « Oui, mais en cinq matchs, le meilleur bu­teur de l’Eu­ro en est seule­ment à quatre réa­li­sa­tions », ob­jecte un Just Fon­taine ta­quin. L’an­cien at­ta­quant avait, lui, ter­ras­sé l’Al­le­magne dans la pe­tite fi­nale de 1958 en ins­cri­vant les quatre der­niers de ses 13 buts (6-3). Il veut y voir un pré­sage. « Avec les ab­sences de Go­mez, Khe­di­ra et Hum­mels, l’Al­le­magne n’est plus si fa­vo­rite. Je vois la France en fi­nale. »

Stade-Vé­lo­drome (Mar­seille), le 15 juin. Di­mi­tri Payet vient d’ins­crire le se­cond but des Bleus contre l’Al­ba­nie et est sa­lué par le pu­blic. Des sup­por­teurs qui de­vront en­core ré­pondre pré­sents contre l’Al­le­magne jeu­di. Stade de France (Saint-De­nis), di­manche. Au­teur de deux buts contre l’Is­lande en quarts, Oli­ver Gi­roud est en grande forme, à l’image de toute l’at­taque des Bleus.

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