« Au sprint, ça va à droite, à gauche... »

Fran­çois Per­vis,

Aujourd'hui en France - - SPORTS - Fran­çois Per­vis Pro­pos re­cueillis parLIONEL CHAMI

FRAN­ÇOIS PER­VIS. C’est stres­sant ! Ça va à droite, à gauche, per­sonne ne garde ja­mais sa ligne, j’ai tou­jours peur qu’ils tombent. Mais sur­tout, j’ai tou­jours du mal à conce­voir qu’ils ne fassent pas leur sprint « dé­col­lé ». C’est-à-dire ? En res­tant roue dans roue, les sprin­teurs sont à la même vi­tesse que le cou­reur qui pré­cède et ils ne bé­né­fi­cient pas de l’as­pi­ra­tion. Quand ils dé­boîtent, ils dé­pensent beau­coup plus de watts que s’ils par­taient de plus loin, bou­chaient le trou et dé­boî­taient avec 2 km/h de plus que le cou­reur de­vant. Le meilleur exemple de ce­la, c’est la vic­toire de McLay fil­mée d’hé­li­co­ptère au Grand Prix de De­nain mi-avril. Il sla­lome, prend l’as­pi­ra­tion de cha­cun et double tout le monde as­sez fa­ci­le­ment. Mais bon, c’est prendre beau­coup de risques et je ne veux en au­cun cas me po­ser en don­neur de le­çons. Vous vous ren­dez sou­vent sur le Tour ? Ra­re­ment, étant don­né que je passe tous mes étés au Ja­pon de­puis cinq ans. Mais j’ai un su­per sou­ve­nir d’ado­les­cence sur l’étape La­val - Blois en 1999. Nous étions pos­tés entre For­cé et Mes­lay-du-Maine, à 10 km de chez nous. C’est cer­tai­ne­ment mon père qui m’avait em­me­né. De mes yeux, j’ai vu Ci­pol­li­ni se dres­ser sur les pé­dales et, par des gestes des bras, ap­pe­ler le pe­lo­ton à cal­mer l’al­lure. En ren­trant le soir, j’ai ap­pris que l’étape avait bat­tu le re­cord de vi­tesse*. Quel re­gard les spé­cia­listes de la vi­tesse sur piste portent-ils sur les sprin­teurs du Tour ? Eh bien, on les consi­dère comme des rou­tiers dis­po­sant d’une pointe de vi­tesse. Nos dis­ci­plines res­pec­tives sont tel­le­ment spé­ci­fiques qu’il faut bien réa­li­ser qu’ils se fe­raient battre par les meilleures filles de la piste. Comme Usain Bolt se fe­rait battre en en­du­rance par une bonne ma­ra­tho­nienne. Et moi qui suis par­mi les plus rou­tiers des pis­tards, je me sou­viens d’une fois où Ma­ga­li Le Floc’h ( NDLR : cham­pionne de France sur route en 2002 et 2005) m’avait fait « pé­ter » sur route…

« Il faut bien réa­li­ser qu’ils se fe­raient battre par les meilleures filles de la piste »

*Le 7 juillet 1999, la 4e étape (194,5 km) a été cou­verte à la moyenne de 50,36 km/h — tou­jours la plus éle­vée pour une étape en ligne du Tour à ce jour. A Blois, Ci­pol­li­ni s’était im­po­sé, de­vant Za­bel et O’Gra­dy.

An­gers (Maine et Loire), hier. Fran­çois Per­vis.

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