« La France seule est un nain éco­no­mique »

Pierre Mos­co­vi­ci,

Aujourd'hui en France - - LE FAIT DU JOUR - Pro­pos re­cueillis par BO­RIS CASSEL ET MAT­THIEU PELLOLI Pro­pos re­cueillis par HEN­RI VERNET

À BRUXELLES, le so­cia­liste Pierre Mos­co­vi­ci est char­gé des Af­faires éco­no­miques. En quoi l’Eu­rope est-elle utile ou même in­dis­pen­sable ? PIERRE MOS­CO­VI­CI. Parce qu’à l’époque des Etats-conti­nents, on ne peut pas pe­ser dans le monde seuls. L’éco­no­mie eu­ro­péenne est la pre­mière du monde, avec un mar­ché in­té­rieur de 500 mil­lions de per­sonnes. Dans la mon­dia­li­sa­tion, la France toute seule est un nain éco­no­mique. L ’ Eur o p e e s t u n géant. De plus, ces 5 0 0 mi l l i o n s d e consom­ma­teurs sont un dé­bou­ché na­tu­rel pour nos en­tre­prises : 70 % des échanges ex­té­rieurs se font avec des pays de l’UE. Réin­tro­duire des bar­rières, c’est s’ap­pau­vrir consi­dé­ra­ble­ment. Pour­tant l’eu­ro est cri­ti­qué… A tort. Notre mon­naie com­mune est un ins­tru­ment de pro­tec­tion hors pair. Quand nous avions des mon­naies sé­pa­rées, elles spé­cu­laient les unes contre les autres, au dé­tri­ment des plus faibles. Si au­jourd’hui nous avons beau­coup moins de risques d’avoir une crise fi­nan­cière du type de celle de 2008, c’est parce que nous avons une union ban­caire. Les éta­blis­se­ments de tous les pays membres sont sous su­per­vi­sion de la Banque cen­trale eu­ro­péenne. Ce­la crée de la sé­cu­ri­té et de la sta­bi­li­té. Quel autre rôle l’UE joue-t-elle mieux que d’autres ? Nous se­rions in­ca­pables de lut­ter contre la fraude fis­cale in­ter­na­tio­nale si on ne le fai­sait pas au plan eu­ro­péen. Il fal­lait une di­rec­tive an­ti-éva­sion fis­cale eu­ro­péenne : elle vient d’être adop­tée, cinq mois après les ré­vé­la­tions des Pa­na­ma Pa­pers. Ce­la va nous per­mettre d’avoir une liste noire com­mune des pa­ra­dis fis­caux. C’est im­por­tant, car nos conci­toyens ont une exi­gence d’éthique. Pour ré­duire les dé­fi­cits, ils ont été ap­pe­lés à mettre la main au por­te­feuille, et ils l’ont fait en bons contri­buables. Alors ils ne sup­portent plus que les grands groupes se dé­robent à l’im­pôt. Ne fau­drait-il pas faire une pause ? Au contraire, il faut une of­fen­sive eu­ro­péenne, et faire mieux. Sur l’Eu­rope qui pro­tège, qui in­ves­tit, et sur la zone eu­ro. Jacques De­lors di­sait que l’Eu­rope doit vi­ser l’équi­libre entre l’ef­fi­ca­ci­té éco­no­mique et la jus­tice so­ciale : au­jourd’hui nous n’avons ni l’ef­fi­ca­ci­té op­ti­male ni la jus­tice suf­fi­sante. Et il ajou­tait que l’Eu­rope, c’est comme la bi­cy­clette, quand on ar­rête de pé­da­ler on tombe.

« Notre mon­naie com­mune est un ins­tru­ment de pro­tec­tion hors pair »

@Hen­riVer­net

Pa­trick Pouyan­né, Pierre Mos­co­vi­ci.

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