Au fait, l’Eu­rope ça sert à quoi ?

BREXIT. De­puis le vote bri­tan­nique en fa­veur du di­vorce, les eu­ros­cep­tiques de tous bords se dé­chaînent en France. Pour­tant l’Union est utile aux ci­toyens. La pa­role à la dé­fense.

Aujourd'hui en France - - LE FAIT DU JOUR - JANNICK ALIMI

ON VOUS L’AVAIT DIT ! Pour les contemp­teurs de la construc­tion eu­ro­péenne, le Brexit est l’évé­ne­ment his­to­rique — et in­es­pé­ré — qui leur donne rai­son, la preuve in­con­tes­table que l’Eu­rope « ça ne marche pas » et qu’il est pos­sible d’en sor­tir. Les par­tis d’ex­trême droite, FN en France et Ukip au Royaume-Uni, se­rinent que l ’ Eu­rope des peuples l’em­porte sur la tech­no­cra­tie bruxel­loise. Ma­rine Le Pen, si elle ac­cède à l’Ely­sée, don­ne­ra la pa­role aux Fran­çais qui se­lon elle n’ont dé­sor­mais plus de rai­son de craindre un « Frexit ». Un peu par­tout, des PaysBas à la Ré­pu­blique tchèque en pas­sant par la Hon­grie, les ten­ta­tions de sor­tie se mul­ti­plient.

En France, un des six pays fon­da­teurs de la CEE, l’an­cêtre de l’Union, les cri­tiques se font de plus en plus vi­ru­lentes pui­sant une lé­gi­ti­mi­té nou­velle dans le « non » bri­tan­nique. De l’ex­trême droite et de la part des par­tis sou­ve­rai­nistes, de droite — Du­pont-Ai­gnan — comme de gauche. Mé­len­chon an­nonce ain­si que sa « can­di­da­ture pour l’élec­tion pré­si­den­tielle est celle de la sor­tie des trai­tés eu­ro­péens. » Chez les Ré­pu­bli­cains ou les so­cia­listes, l ’ heure de l a sor­tie n’a pas son­né. Mais un ta­bou est tom­bé : in­tou­chable jus­qu’à présent, l’Eu­rope doit être re­vi­si­tée de fond en comble. « Ela­bo­ra­tion d’un nou­veau trai­té », pour Sar­ko­zy, « sau­ver la construc­tion eu­ro­péenne en la trans­for­mant pro­fon­dé­ment », pour Jup­pé. Laurent Wau­quiez, nu­mé­ro deux des Ré­pu­bli­cains, et Bru­no Le Maire, can­di­dat à la pri­maire, pré­co­nisent un ré­fé­ren­dum, as­su­mant le risque d’un re­jet par les Fran­çais. A gauche, Mon­te­bourg vi l i pende Bruxelles pour son manque de dé- mo­cra­tie et sa po­li­tique d’aus­té­ri­té. Chô­mage, cor­rup­tion, sen­ti­ment de dé­clin… L’Eu­rope est-elle vrai­ment la source de tous les maux ? Les res­pon­sables na­tio­naux ne sont-ils pas c ou­pables de cette dia­bo­li­sa­tion ? Nous avons vou­lu don­ner la pa­role à ceux qui y croient mal­gré tout. Les in­cer­ti­tudes dans les­quelles se dé­bat le Royau­meU­ni — les ar­ti­sans du Brexit, de Ni­gel Fe­rage à Bo­ris John­son, se re­ti­rant même du jeu — l’émer­gence de mas­to­dontes asia­tiques ne poussent-ils pas au contraire à re­don­ner à l’Union eu­ro­péenne les lettres de no­blesse qu’elle mé­rite : une ga­ran­tie de paix, de crois­sance et de pro­grès ?

Bruxelles, res­pon­sable de tous nos maux, vrai­ment ?

@Jan­ni­ckA­li­mi1

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