« Sans l’UE, on man­ge­rait de la viande clo­née »

Co­rinne Le­page,

Aujourd'hui en France - - LE FAIT DU JOUR - FRÉ­DÉ­RIC MOUCHON CLAUDINE PROUST

AVANT D’ÊTRE nom­mée mi­nistre de l’En­vi­ron­ne­ment du gou­ver­ne­ment Jup­pé en 1995, Co­rinne Le­page avait dé­jà as­so­cié son nom et ce­lui de son ca­bi­net d’avo­cat à la dé­fense des vic­times de la ma­rée noire de l'« Amo­co Ca­diz ». C’était à la fin des an­nées 1970. Bien avant le nau­frage de l'« Eri­ka » en 1999, où elle avait de nou­veau dé­fen­du l es com­munes souillées du lit­to­ral fran­çais. Ces com­bats, elle les a en­suite me­nés de 1999 à 2014 au Par­le­ment eu­ro­péen, « car c’est à Bruxelles que le droit de l’en­vi­ron­ne­ment se joue dé­sor­mais à 80 % ». « Eu­ro­péenne convain­cue », Co­rinne Le­page a eu la sa­tis­fac­tion d’y voir des dos­siers sen­sibles avan­cer. « Sans l’UE, on man­ge­rait au­jourd’hui de la viande clo­née et du pou­let aux hor­mones, af­firme l’an­cienne dé­pu­tée eu­ro­péenne. Et c’est grâce à l’UE que l’on a in­ter­dit l’ar­ri­vée de la colle à viande, un ag­glo­mé­rat de mor­ceaux de steaks col­lés entre eux. »

Les OGM ? « L’Eu­rope bé­né­fi­cie de la ré­gle­men­ta­tion la plus ri­gou- reuse du monde », dit l’avo­cate. La pol­lu­tion de l’at­mo­sphère ? « Alors que la loi sur l’air n’était pas ap­pli­quée dans notre pays, l’Eu­rope a me­na­cé la France de pour­suites et de sanc­tions fi­nan­cières de­vant la Cour de jus­tice eu­ro­péenne, ce qui nous a obli­gés à re­voir notre lé­gis­la­tion sur les in­ci­né­ra­teurs et à bou­ger sur les par­ti­cules fines. » « L’Eu­rope est comme une épée de Da­mo­clès pour les Etats membres, car elle est très exi­geante en ma­tière éco­lo­gique et sa­ni­taire, mais ce­la s’est tra­duit de­puis des an- nées par de vrais pro­grès pour les consom­ma­teurs », af­firme l’an­cienne vice-pré­si­dente de la com­mis­sion San­té-En­vi­ron­ne­ment du Par­le­ment eu­ro­péen.

Les ni­trates, les dé­chets...

Entre autres exemples d’avan­cées no­tables, Co­rinne Le­page cite la ré­gle­men­ta­tion sur les ni­trates dans l’eau ou celle sur la qua­li­té des eaux de bai­gnade. L’Eu­rope a aus­si im­po­sé aux Etats des règles strictes en ma­tière de trai­te­ment des dé­chets, et les dis­cus­sions sont en­flam­mées à l’échelle eu­ro­péenne lors­qu’on évoque les per­tur­ba­teurs en­do­cri­niens ou les pes­ti­cides. « L’UE est aus­si à l’ori­gine du rè­gle­ment Reach, qui a per­mis une éva­lua­tion de l’im­pact des pro­duits chi­miques et obli­gé les pro­duc­teurs à four­nir la preuve de leur non-toxi­ci­té, dé­taille l’an­cienne mi­nistre de l’En­vi­ron­ne­ment. Sans l’Eu­rope, cha­cun fe­rait sa lé­gis­la­tion dans son coin, et les ci­toyens se­raient moins bien dé­fen­dus et écou­tés. » plus fort à plu­sieurs pour ré­pondre aux dé­fis sa­ni­taires ne fait au­cun doute pour Yves Le­vy. Pa­tron de l’In­serm (Ins­ti­tut na­tio­nal de la san­té et de la re­cherche mé­di­cale) de­puis deux ans, i l vient d’être choi­si pour sié­ger par­mi 12 membres dans une Task Force de l’ONU, des­ti­née à pro­té­ger l’hu­ma­ni­té des fu­tures crises sa­ni­taires, par des ré­ponses glo­bales plu­tôt que cha­cun dans son coin. Si l’Eu­rope a su mon­trer sa force, c’est « face à des me­naces de san­té im­pré­vi­sibles », comme Zi­ka, Ebo­la. « Elle a su très ra­pi­de­ment se mo­bi­li­ser. Dès 2014, l’In­serm ré­pon­dait à des ap­pels à pro­jets des­ti­nés à mettre de nou­veaux an­ti­vi­raux à dis­po­si­tion et à re­cher­cher un vac­cin. » L’éta­blis­se­ment pu­blic, voué à la re­cherche bio­lo­gique et mé­di­cale, sou­tient 300 la­bo­ra­toires en France et plus de 15 000 cher­cheurs. Sur ses 990 M€ de bud­get, 30 % viennent de res­sources ex­té­rieures. L’Eu­rope est la pre­mière contri­bu­trice. « Le plus im­por­tant, c’est son ef­fet le­vier pour co­or­don­ner la re­cherche, en nous pous­sant à mettre en place des consor­tiums, sur des ob­jec­tifs choi­sis. » Ma­la­dies rares, neu­ro­dé­gé­né­ra­tives, VIH… Plu­tôt que de voir des équipes épar­pillées se dis­per­ser cha­cune dans leur coin, avec un bud­get li­mi­té, l’Eu­rope verse au pot d’ob­jec­tifs com­muns. 11 pays et 39 par­te­naires uni­ver­si­taires et in­dus­triels sont ain­si as­so­ciés dans un pro­jet de re­cherche de vac­cin contre le si­da, au­quel la Com­mis­sion eu­ro­péenne a at­tri­bué, dé­but 2016, 22 M€.

Pour ce qui est de la qua­li­té ali­men­taire, Co­rinne Le­page se fé­li­cite de l’exi­gence eu­ro­péenne : l’UE a par exemple im­po­sé des ré­gle­men­ta­tions strictes aux fi­lières viande et l’in­ter­dic­tion de cer­taines pra­tiques in­dus­trielles peu re­gar­dantes.

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