22, re­voi­là le 49-3 !

LOI TRA­VAIL. Ma­nuel Valls n’a pas traî­né pour dé­gai­ner à nou­veau cette arme fa­tale. Ou­trés, les fron­deurs dé­noncent une crise d’au­to­ri­ta­risme de l’ex-pre­mier flic de France.

Aujourd'hui en France - - POLITIQUE - Ch­ris­tian Paul, dé­pu­té (PS) fron­deur AVA DJAMSHIDI ET PAU­LINE THÉVENIAUD

LE NOU­VEL ÉPISODE du feuille­ton loi Tra­vail ne com­por­tait pas une once de sus­pense. Per­sonne n’a été sur­pris, hier, lorsque Ma­nuel Valls a dé­gai­né pour la deuxième fois l’arme fa­tale du 49-3 pour faire pas­ser le texte sans vote en nou­velle lec­ture à l’As­sem­blée. « Je crois qu’il faut ar­rê­ter de jouer », avait as­sé­né le Pre­mier mi­nistre le ma­tin même aux dé­pu­tés PS, an­non­çant la cou­leur lors d’une réunion ex­trê­me­ment ten­due. Le dé­pu­té hol­lan­dais Oli­vier Faure pen­sait pour­tant avoir trou­vé une sor­tie de crise en pro­po­sant un amen­de­ment pour main­te­nir la ré­mu­né­ra­tion des heures sup, sou­te­nu par les fron­deurs. Re­je­té ! « Ce­la consti­tuait une at­teinte à la phi­lo­so­phie du texte », tranche Ma­ti­gnon.

La ré­plique de Valls de­vant les dé­pu­tés so­cia­listes fut, se­lon un par­ti­ci­pant, cin­glante : « Ce que vous appe- lez un com­pro­mis, j’ap­pelle ça une com­pro­mis­sion. Je ne lâ­che­rai pas la CFDT. » Le Pre­mier mi­nistre tient mor­di­cus à l’ac­cord pas­sé avec Laurent Ber­ger. Pas ques­tion de bra­quer ce pré­cieux al­lié, pa­tron du syn­di­cat ré­for­miste. « Ber­ger, il ne faut pas lui faire por­ter un cha­peau trop grand pour lui… » nuance un dé­pu­té hol­lan­dais.

En r éa­li t é, au som­met de l’Etat, on s’était ré­si­gné de­puis long­temps à en pas­ser par le 49- 3 . L’ e x é c ut i f avait à coeur de ne pas perdre de temps. Et d’évi­ter des dis­cus­sions et dé­chi­re­ments à gauche dans l’hé­mi­cycle. « C’était mal­heu­reu­se­ment in­dis­pen­sable », constate un proche du chef de l’Etat. Ma­ti­gnon a fait ses comptes : « Il y avait 200 amen­de­ments de dé­pu­tés PS sur l’ar­ticle 2 ( NDLR : sur les ac­cords de branche) ».

Le gou­ver­ne­ment n’a ja­mais en­vi­sa­gé de to­per avec la CGT. Et juge que les fron­deurs étaient de toute fa­çon per­dus. « On n’a ja­mais ima­gi­né pou­voir les ra­me­ner dans notre gi­ron », lâche un mi­nistre. Au­tant donc ne pas dé­na­tu­rer le texte ! « Valls est in­ca­pable d’en­tendre la sin­cé­ri­té des autres », dé­plore le chef des fron­deurs, Ch­ris­tian Paul, qui jure que le pro­jet de l oi au­rait été vo­té sans 49-3 en cas d’ac­cord sur les heures sup­plé­men­taires.

C’était sans comp­ter sur « la rai­deur et l’in­tran­si­geance » de Valls, comme le dé­plorent de nom­breux élus de la ma­jo­ri­té. Le Pre­mier mi­nis- tre se­rait-il le seul res­pon­sable de cet ac­cès d’au­to­ri­ta­risme ? « Le pré­sident de la Ré­pu­blique et lui sont sur la même lon­gueur d’onde », fait va­loir l’en­tou­rage de Valls. Un poids lourd du gou­ver­ne­ment confirme : « Il n’y a pas une feuille de pa­pier entre eux. » Juste une ré­par­ti­tion équi­li­brée des rôles… en at­ten­dant le pro­chain épisode de la loi Tra­vail, qui pour­rait être épi­cé si les fron­deurs dé­posent une mo­tion de cen­sure. Si ce n’est pas le cas, au­jourd’hui à 15 heures, le texte se­ra adop­té sans vote. Ul­time re­bon­dis­se­ment pos­sible : à gauche, cer­tains bran­dissent la pos­si­bi­li­té de dé­po­ser un re­cours au­près du Con­seil consti­tu­tion­nel. Avec l’es­poir d’en­ter­rer pour tou­jours l’un des feuille­tons mau­dits du quin­quen­nat.

« Valls est in­ca­pable d’en­tendre la sin­cé­ri­té des autres »

@AvaD­jam­shi­di @Pau­li­ne_Th

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.