Le texte an­ti-fes­sée se­ra lu lors des ma­riages

Aujourd'hui en France - - SOCIÉTÉ - CH­RIS­TINE MATEUS

ON NE PARLE QUE D’ ELLE, même si elle n’est pas men­tion­née ex­pli­ci­te­ment dans le texte. Elle, c’est la fes­sée. Son ombre plane sur un amen­de­ment au pro­jet de loi Ega­li­té et Ci­toyen­ne­té dont le vote so­len­nel est pré­vu au­jourd’hui à l’As­sem­blée, pour une adop­tion dé­fi­ni­tive avant la fin de l’an­née. Por­té par les dé­pu­tés Ma­rie-Anne Chap­de­laine (PS), Edith Gueu­gneau (di­vers gauche) et Fran­çois-Mi­chel Lam­bert (Eco­lo­giste), c’est l’ar­ticle 371-1 qui pré­cise que les pa­rents doivent s’abs­te­nir « de tout trai­te­ment cruel, dé­gra­dant ou hu­mi­liant, y com­pris tout re­cours aux vio­lences cor­po­relles ». Donc pas de gifles ou de fes­sées.

Qu’est-ce qu’on risque si on le fait ? Rien, la me­sure est sym­bo­lique, mais ju­gée comme « un ou­til in­dis­pen­sable à la pré­ven­tion de la mal­trai­tance des en­fants », a dé­cla­ré la mi­nistre des Fa­milles, Lau­rence Ros­si­gnol. Au­cune sanc­tion nou­velle n’est pré­vue, les vio­lences sur les en­fants étant dé­jà pu­nies par le Code pé­nal (avec cir­cons­tances ag­gra­vantes pour les per­sonnes ayant au­to­ri­té). ce qui change avec cet amen­de­ment, c’est la dé­fi­ni­tion de l’au­to­ri­té pa­ren­tale dans le Code civil. Le texte se veut pé­da­go­gique et se­ra lu lors des cé­ré­mo­nies de ma­riage en mai­rie. Il « énonce un prin­cipe clair, qui a vo­ca­tion à être ré­pé­té aux pères et mères, et à im­pré­gner leur com­por­te­ment fu­tur », pré­cise l’ex­po­sé des mo­tifs de l’amen­de­ment.

La fes­sée dé­jà in­ter­dite dans 44 pays. La France a l’image du mau­vais élève. La fes­sée est en ef­fet dé­jà in­ter­dite dans 44 pays (comme la Suède en 1979, Chypre en 1994, Al­le­magne en 2000 ou en­core le Por­tu­gal en 2007). En mars 2015, le Con­seil de l’Eu­rope rap­pe­lait l’Hexa­gone à l’ordre à ce su­jet, consi­dé­rant qu’il n’était pas as­sez clair en ma­tière d’in­ter­dic­tion des « châ­ti­ments cor­po­rels ». A cause de ce manque, sans doute bien­tôt com­blé, la France viole l’ar­ticle 17 de la Charte eu­ro­péenne des droits so­ciaux dont elle est si­gna­taire, qui pré­cise que les Etats par­ties doivent « pro­té­ger les en­fants et les ado­les­cents contre la né­gli­gence, la vio­lence ou l’ex­ploi­ta­tion ».

In­utile et à risque. La fes­sée pour­rait en ef­fet pro­vo­quer des troubles du com­por­te­ment. C’est le constat d’une étude amé­ri­caine, pu­bliée en avril dans la re­vue mé­di­cale « Jour- nal of Fa­mi­ly Psy­cho­lo­gy ». Les cher­cheurs des uni­ver­si­tés du Texas et du Mi­chi­gan ont éplu­ché cin­quante an­nées de re­cherches sur le su­jet, concer­nant 160 000 en­fants. Il ap­pa­raît que ceux qui ont re­çu des fes­sées ne res­pectent pas plus leurs pa­rents que les autres. En re­vanche, les en­fants pu­nis ain­si ont un risque plus éle­vé de dé­ve­lop­per des com­por­te­ments agres­sifs, d’avoir des pro­blèmes men­taux ou cog­ni­tifs et des com­por­te­ments an­ti­so­ciaux. Pour­tant, en­vi­ron 80 % des pa­rents à tra­vers le monde l’uti­li­se­raient en­core, se­lon des don­nées de l’Uni­cef en 2014. le­pa­ri­sien.fr Les pays qui in­ter­disent la fes­sée

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.