Fin d’une époque pour l’ex-su­per­flic

Aujourd'hui en France - - FAITS DIVERS - Mi­chel Ney­ret P.É.

IL L’AVAIT DIT avant d’en­trer dans la salle d’au­dience : « Quel que soit le ju­ge­ment, je se­rai sou­la­gé que la pa­ren­thèse se re­ferme. » Il le ré­pète après à la sor­tie, le vi­sage plus se­rein : « C’est la fin d’une dure époque qui a mar­qué ma vie. Je ne fe­rai pas ap­pel, je n’au­rais pas fait ap­pel. » L’ex-n° 2 de la PJ de Lyon Mi­chel Ney­ret a été condam­né hier à trente mois (deux ans et de­mi) de pri­son ferme pour « cor­rup­tion » et dé­tour­ne­ments de scel­lés de pro­duits stu­pé­fiants par le tri­bu­nal cor­rec­tion­nel de Pa­ris. Il s’agit d’une peine amé­na­geable qui lui per­met de ne pas re­tour­ner der­rière les bar­reaux, où il avait sé­jour­né huit mois en dé­ten­tion pro­vi­soire après son ar­res­ta­tion en sep­tembre 2011. Son ave­nir ? « Lais­sez-moi sa­vou­rer ce re­tour à une li­ber­té to­tale », a-t-il glis­sé avant de s’éclip­ser. Bras croi­sés, la star dé­chue de l’an­ti­gang lyon­nais a écou­té le pré­sident Oli­vier Gé­ron dé­rou­ler les ar­gu­ments éta­blis­sant sa culpa- bi­li­té. Des mots durs et forts : « Vous étiez en­tré dans un mode de fonc­tion­ne­ment où la fin jus­ti­fie les moyens », as­sène le ju­ge­ment, qui lui re­proche d’avoir « agi à sa guise », « per­du tout sens de la li­mite lé­gale » et fait fi du risque d’« op­probre gé­né­rale sur l’ins­ti­tu­tion po­li­cière ».

Le dé­li­bé­ré consi­dère que l’ex-flic est en­tré, au bé­né­fice de deux cou­sins du mi­lieu af­fai­riste juif, dans un « pacte de cor­rup­tion » : il leur don­nait des in­for­ma­tions et in­ter­ve­nait en leur fa­veur, avant de pro­fi­ter de leurs ca­deaux et voyages. « Mi­chel Ney­ret n’agis­sait plus comme un po­li­cier, mais comme un in­for­ma­teur et un pro­tec­teur », es­timent les juges. « J’ai fait preuve d’im­pru­dence », avait ad­mis le com­mis­saire du­rant le pro­cès dé­but mai, tout en af­fir­mant qu’il était « mo­ti­vé par la re­cherche de ren­sei­gne­ments ». Ses deux cor­rup­teurs, Gilles Bé­ni­chou et Sté­phane Alz­raa, au­jourd’hui en fuite et qui ne se sont pas pré­sen­tés au pro­cès, écopent des peines les plus lourdes : cinq ans ferme et 100 000 € d’amende pour le pre­mier et deux ans ferme et 250 000 € pour le se­cond, avec man­dats d’ar­rêt.

Sur le vo­let drogue, le tri­bu­nal ad­met « qu’au­cun pro­duit stu­pé­fiant » n’a été dé­cou­vert du­rant l’en­quête. Les pres­sions que Mi­chel Ney­ret exer­çait au­près de ses su­bor­don­nés pour en ré­cu­pé­rer dans les scel­lés afin de mieux ré­mu­né­rer ses in­dics n’ap­pa­raissent que dans des écoutes. Il est donc dif­fi­cile « de connaître l’éten­due des faits re­pro­chés », si­non sur les trois pla­quettes de can­na­bis que Jean-Paul Mar­ty, alors chef de groupe à la bri­gade des stups de Lyon, a re­con­nu lui avoir re­mises. Un « écart ponc­tuel », consi­dèrent les juges, pour le­quel ce ca­pi­taine écope de trois mois de pri­son avec sur­sis. Les deux autres po­li­ciers soup­çon­nés d’avoir eux aus­si dé­tour­nés des scel­lés, alors en poste à Gre­noble, Ch­ris­tophe Ga­vat et Gilles Guillo­tin, sont re­laxés.

Quant à Ni­cole Ney­ret, la femme du grand flic, certes « en­core amou­reuse et prête à tout » pour gar­der son ma­ri, certes « vic­time de l’es­cro­que­rie à l’ami­tié » de Gilles Bé­ni­chou, elle n’échappe pas à une condam­na­tion. L’épouse dé­vouée, consciente des li­bé­ra­li­tés dont elle pro­fi­tait, prête à se rendre en Suisse pour ou­vrir un compte off­shore, est condam­née à huit mois de pri­son avec sur­sis. L’avo­cat lyon­nais Da­vid Me­taxas et l’af­fai­riste Cy­ril As­truc sont re­laxés.

« Lais­sez-moi sa­vou­rer ce re­tour à une li­ber­té to­tale »

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