Les dé­pu­tés s’em­parent de l’an­ti­ter­ro­risme

COM­MIS­SION D’EN­QUÊTE. Les élus ont évo­qué hier leur in­té­rêt pour une seule force d’in­ter­ven­tion dé­pas­sant les ri­va­li­tés gen­dar­me­rie-po­lice.

Aujourd'hui en France - - FAITS DIVERS - ÉRIC PELLETIER (AVEC THI­BAULT RAISSE)

UNE ANA­LYSE CLINIQUE des ra­tés de la lutte an­ti­ter­ro­riste sui­vie d’une sé­rie de 40 pro­po­si­tions. La c om­mis­sion d’ e nquête s ur l e s « moyens mis oeuvre par l’Etat » face aux at­ten­tats de jan­vier et de no­vembre 2015 pré­sen­tait hier ses conclu­sions aux fa­milles de vic­times et aux mé­dias. Les dé­pu­tés sont al­lés au fond des choses lors­qu’il s’est agi de dres­ser le constat des failles. Mais pas tou­jours au bout de leur lo­gique dans leurs pré­co­ni­sa­tions, faute de pou­voir sur­mon­ter cer­taines di­ver­gences.

Un constat im­pla­cable. « Il est fa­cile de re­faire l’his­toire quand on connaît la fin », a concé­dé le rap­por­teur, le dé­pu­té (PS) Sé­bas­tien Pie­tra­san­ta. Pour la com­mis­sion, ce ne sont pas les hommes qui ont fau­té, mais les struc­tures qui ont été prises en dé­faut. Les er­re­ments ne se si­tuent pas tant au ni­veau de la dé­tec­tion (tous les sus­pects étaient connus, voire condam­nés) que de la sur­veillance (au­cun pré­pa­ra­tifs n’ayant été re­pé­ré). Au ni­veau eu­ro­péen, l’échec ne se li­mite pas à la per­méa­bi­li­té des fron­tières. Les Belges avaient ins­crit Sa­lah Ab­des­lam, fu­tur lo­gis­ti­cien des at­ten­tats du 13 no­vembre, dans le fi­chier eu­ro­péen des per­sonnes re­cher­chées en tant que simple dé­lin­quant, non comme is­la­miste ra­di­cal.

Les pistes à suivre. En France, il n’y a pas un pa­tron de l’an­ti­ter­ro­risme, mais « des » chefs, aux mi­nis­tères de l’In­té­rieur et de la Dé­fense. D’où l’idée de s’ins­pi­rer des struc­tures amé­ri­caines post-11 Sep­tembre 2001 pour créer une Agence na­tio­nale de lutte contre le terrorisme, cha­peau­tant ces struc­tures. La com­mis­sion plaide aus­si pour l’ac­cès de tous les ser­vices spé­cia­li­sés à un fi­chier com­mun. Les 40 pro­po­si­tions ont été adop­tées à l’una­ni­mi­té, moins deux abs­ten­tions, comme si les par­le­men­taires s’étaient ac­cor­dés sur le plus pe­tit dé­no­mi­na­teur com­mun. Cer­taines ques­tions di­visent en­core les membres de la com­mis­sion, à com­men­cer par Georges Fe- nech et Sé­bas­tien Pie­tra­san­ta, qu’il s’agisse du contrôle de l’im­mi­gra­tion, de l’em­ploi des mi­li­taires de l’opé­ra­tion Sen­ti­nelle ou des condi­tions d’as­saut au Ba­ta­clan. En con­fé­rence de presse, les dé­pu­tés ont clai­re­ment évo­qué leur in­té­rêt pour un seul ser­vice d’in­ter­ven­tion ou du moins un com­man­de­ment unique, sans pour au­tant al­ler jus­qu’à le pro­po­ser dans leur rap­port. Comme s’ils re­cu­laient de­vant l’obs­tacle d’une nou­velle guerre des po­lices et de la gen­dar­me­rie.

Des ré­ac­tions mi­ti­gées chez les vic­times. « Ces tra­vaux confirment ce que l’on pres­sen­tait dé­jà : les le­çons des at­taques de jan­vier 2015 n’ont pas été ti­rées, au point que l’on re­trouve les mêmes dé­faillances des ser­vices de ren­sei­gne­ment le 13 no­vembre », com­mente Me An­toine Ca­su­bo­lo-Fer­ro, avo­cat de l’As­so­cia­tion fran­çaise des vic­times de terrorisme, qui es­père « un chan­ge­ment pro­fond ». « Je crains que les par­le­men­taires ne soient un peu res­tés à la sur­face des choses, es­time pour sa part Alexis Le­brun, vic­time du Ba­ta­clan et porte-pa­role de l’as­so­cia­tion Life for Pa­ris. L’es­sen­tiel au­jourd’hui reste que les pro­po­si­tions in­té­res­santes, no­tam­ment sur l’amé­lio­ra­tion et la sim­pli­fi­ca­tion de la prise en charge des vic­times, ne res­tent pas lettre morte. Notre dos­sier com­plet le­pa­ri­sien.fr

Pa­ris (XIe), le 13 no­vembre 2015. Pour la com­mis­sion d’en­quête sur les moyens mis en oeuvre par l’Etat pour faire face aux at­ten­tats, ce ne sont pas les hommes qui ont fau­té, mais les struc­tures qui ont été prises en dé­faut.

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