« En­ga­ger des troupes au sol en Irak »

Sé­bas­tien Pie­tra­san­ta,

Aujourd'hui en France - - FAITS DIVERS - Pro­pos re­cueillis par STÉ­PHANE SELLAMI

LE DÉ­PU­TÉ est le rap­por­teur de la com­mis­sion d’en­quête par­le­men­taire sur les at­ten­tats de jan­vier et no­vembre 2015. La créa­tion d’une agence na­tio­nale du ren­sei­gne­ment, comme vous le pro­po­sez, pour­rait-elle em­pê­cher la com­mis­sion de nou­veaux at­ten­tats en France ? S ÉBASTIEN PI ETRASANTA. Il s’agit d’être mo­deste. Les qua­rante pro­po­si­tions lis­tées par la com­mis­sion d’en­quête, même si elles de­vaient être ra­pi­de­ment mises en place, n’em­pê­che­ront pas la com­mis­sion de nou­veaux at­ten­tats sur notre ter­ri­toire. Ce n’est pas une ques­tion de fa­ta­li­té mais de réa­lisme. Nous nous bat­tons pour ré­duire le risque, mais nous n’au­rons pas zé­ro at­ten­tat en France. A quoi cette nou­velle agence va-t-elle ser­vir ? Cette agence a pour but de ras­sem­bler l’en­semble des six ser­vices de la com­mu­nau­té du ren­sei­gne­ment. Qu’il s’agisse no­tam­ment de la Di­rec­tion gé­né­rale de la sé­cu­ri­té ex­té­rieure (DGSE) et de la Di­rec­tion du ren­sei­gne­ment mi­li­taire (DRM) du mi­nis­tère de la Dé­fense, de la Di­rec­tion gé­né­rale de la sé­cu­ri­té in­té­rieure (DGSI) et du Ser­vice cen­tral du ren­sei­gne­ment ter­ri­to­rial (SCRT) du mi­nis­tère de l’In­té­rieur. C’est un peu le pro­lon­ge­ment de la cel­lule Al­lat ( NDLR : du nom d’une déesse sy­rienne pré­is­la­mique) mise en place de­puis plus d’un an au sein de la DGSI et qui re­groupe dé­jà des re­pré­sen­tants de tous les ser­vices du ren­sei­gne­ment. Ce­la de­vra aus­si per­mettre la créa­tion d’une base de don­nées com­mune, consul­table par tous les ser­vices. Ce n’est pas le cas au­jourd’hui et ce n’est pas nor­mal. Il faut pas­ser la vi­tesse su­pé­rieure. Vous êtes éga­le­ment fa­vo­rable à un en­ga­ge­ment de mi­li­taires fran­çais sur le sol ira­kien… Oui. C’est une pro­po­si­tion qui a fait dé­bat au sein de notre com­mis­sion. Il ne s’agit pas d’être une ar­mée d’oc­cu­pa­tion. Nous consta­tons que les frappes aé­riennes ont leur li­mite. Et nous ne pou­vons pas bom­bar­der des centres de com­man­de­ment de Daech im­plan­tés près d’écoles ou d’hô­pi­taux. Je consi­dère, par ailleurs, que si nous sommes en guerre, il faut al­ler jus­qu’au bout. Il faut re­prendre plu­sieurs villes qui ont une im­por­tance stra­té­gique sur le ter­ri­toire ira­kien et, sur­tout, cas­ser cette conti­nui­té ter­ri­to­riale entre l’Irak et la Sy­rie im­po­sée par Daech. Tout ce­la ne peut se faire qu’en en­ga­geant des troupes au sol. Avez-vous iden­ti­fié un nou­veau risque ? La nou­velle pré­oc­cu­pa­tion des ser­vices est l’ins­tau­ra­tion d’une sur­en­chère mor­bide entre AlQaï­da, via ses branches dans la pé­nin­sule ara­bique (Aq­pa) et au Magh­reb is­la­mique (Aq­mi), et Daech. Nous sommes in­quiets pour les in­té­rêts fran­çais dans ces ré­gions qui pour­raient être l’ob­jet d’une concur­rence entre ces or­ga­ni­sa­tions ter­ro­ristes.

« Il ne s’agit pas d’être une ar­mée d’oc­cu­pa­tion. Nous consta­tons que les frappes aé­riennes ont leur li­mite. »

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.