Dans la tête de Cris­tia­no Ro­nal­do

La star por­tu­gaise, en re­trait de­puis le dé­but du tour­noi, ai­me­rait faire taire ce soir les cri­tiques. His­toire de triom­pher en­fin avec sa sé­lec­tion et d’ef­fa­cer le trau­ma­tisme de 2004.

Aujourd'hui en France - - L’ACTUALITÉ DES RÉGIONS - SYL­VIE DE MACEDO

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Il N’A PEUR de rien ni de per­sonne. De­puis sa tendre en­fance, Cris­tia­no Ro­nal­do trace sa route, avec une am­bi­tion dé­vo­rante et un seul ob­jec­tif en tête, à tout ja­mais être le meilleur. Pen­dant l’Eu­ro, la star por­tu­gaise a le cer­veau en ébul­li­tion. Non pas en rai­son des cri­tiques sur son jeu ou de son faible ren­de­ment. Il en­rage évi­dem­ment de ne pas faire mieux. Il ai­me­rait ce soir faire taire d’un dou­blé tous ceux qui le pointent du doigt. Une ma­nière d’as­seoir sa su­pré­ma­tie sur son par­te­naire en club, Ga­reth Bale, de ter­mi­ner en tête dans la course au Bal­lon d’or avec son ri­val de tou­jours, Mes­si, et battre aus­si le re­cord de neuf buts de Pla­ti­ni. Tout est bon à prendre pour ali­men­ter son ego sur­di­men­sion­né. Mais à ses yeux, l’im­por­tant est ailleurs. Son re­gard se porte jus­qu’au Stade de France, là où il pour­ra en­fin exor­ci­ser ce trau­ma­tisme né un 4 juillet 2004.

Le trau­ma­tisme de la fi­nale per­due

Ce soir-là, l’at­ta­quant de Man­ches­ter Uni­ted, tout juste âgé de 19 ans, est en larmes. Seul au mi­lieu de la pe­louse du stade de la Luz à Lis­bonne, il de­meure in­con­so­lable. Pour sa toute pre­mière com­pé­ti­tion in­ter­na­tio­nale avec le Por­tu­gal, il vit une cruelle dés­illu­sion, celle d’avoir per­du la fi­nale de cet Eu­ro à do­mi­cile contre la sur­pre­nante Grèce (1-0). Il n’était alors qu’un joueur plein de pro­messes dans une équipe re­gor­geant de ta­lents (Fi­go, De­co, Rui Cos­ta…). Mais dans sa tête, le jeune homme am­bi­tieux se voyait dé­jà sur le toit de l’Eu­rope. De­puis, il a ga­gné trois Bal­lons d’or et au­tant de Ligues des cham­pions. Pour­tant cet échec inau­gu­ral l’ob­sède en­core. A chaque tour­noi dis­pu­té avec le Por­tu­gal, ce sou­ve­nir dou­lou­reux ré­ap­pa­raît. Les mé­dias, les sup­por­teurs se chargent bien de lui rap­pe­ler. Comme si la res­pon­sa­bi­li­té lui in­com­bait seul de la­ver cet af­front. CR7 ne s’est pas for­cé­ment fa­ci­li­té les choses au soir de la fi­nale per­due, as­su­rant op­ti­miste : « Il y au­ra d’autres tour­nois au cours de ma car­rière pour me re­mettre de cette dés­illu­sion. » Une pro­messe faite à lui-même mais qu’il n’a tou­jours pas te­nue, mal­gré les cinq Coupes du monde et Eu­ros dis­pu­tés avec deux de­mi-fi­nales per­dues à la clé (en 2006 et en 2012) de­puis.

Sa der­nière chance

C’est main­te­nant ou ja­mais. Agé de 31 ans, Cris­tia­no Ro­nal­do dis­pute cer­tai­ne­ment son der­nier Eu­ro. Il par­ti­ci­pe­ra sans doute à la Coupe du monde en Rus­sie en 2018. Mais dans quel état de forme ? La France, et ses 1,2 mil­lion de Lu­so­phones, lui offre une op­por­tu­ni­té uni-

ES Tque de se ven­ger de 2004. « J’ai dé­jà rem­por­té beau­coup de titres dans ma car­rière. Mais ga­gner avec le Por­tu­gal se­rait un rêve, quelque chose de très im­por­tant », af­firme-til au dé­but de la com­pé­ti­tion. Sa sai­son avec le Real, qui l’a vu sa­cré cham­pion d’Eu­rope, a été longue. On le dit à bout de force.

C’est en par­tie vrai, il en a conscience. Mais sa dé­ter­mi­na­tion est in­tacte, plus forte que ja­mais. Et ce­lui qui s’est dé­jà im­po­sé comme la plus grande star de l’his­toire du Por­tu­gal ne to­lère au­cun aveu de fai­blesse, de sa part bien sûr mais aus­si chez ses co­équi­piers.

Jeu­di der­nier, lorsque Joao Mou­tin­ho se cache lors de la séance de tirs au but face à la Po­logne en quart de fi­nale, il vient le cher­cher et l’oblige, sans mé­na­ge­ment à y par­ti­ci­per. Cet Eu­ro, ce der­nier tro­phée qui se re­fuse à lui de­puis douze ans, il le veut à tout prix.

Au ser­vice du col­lec­tif

Ha­bi­té par ce rêve, CR7, peut-être aus­si un brin plus ma­ture, s’est ré­si­gné à mettre son des­tin entre les mains de ses co­équi­piers. Ce­la le fait en­ra­ger bien sûr. Mais il sait qu’un homme seul ne gagne pas. Sur­tout à 31 ans et après avoir dé­jà dis­pu­té plus d’une cin­quan­taine de matchs dans l’an­née. Le sys­tème tac­tique dé­fen­sif mis en place par son en­traî­neur, Fer­nan­do San­tos, ne le met guère en va­leur. Ses pré­dé­ces­seurs avaient op­té pour une stra­té­gie dif­fé­rente, met­tant le col­lec­tif au ser­vice de la star. Au­jourd’hui, c’est le contraire. Même s’il en souffre, même s’il s’en agace par­fois, il l’ac­cepte, per­sua­dé que son sé­lec­tion­neur peut réus­sir. Cris­tia­no Ro­nal­do a com­pris aus­si qu’il ne peut jouer en sé­lec­tion comme il le fait au Real avec Ka­rim Ben­ze­ma, Mar­ce­lo et Lu­ka Mo­dric. Place donc à un Ro­nal­do plus al­truiste, mué par ailleurs ca­pi­taine et donc sou­cieux de ses co­équi­piers en leur mon­trant l’exemple. Jeu­di der­nier, contre la Po­logne, il choi­sit d’être le pre­mier ti­reur de la séance des tirs au but pour mon­trer la voie aux siens. Qua­res­ma frap­pe­ra le cin­quième, de­ve­nant ain­si ce­lui qui qua­li­fie l’équipe ! Cris­tia­no Ro­nal­do ac­cepte de ne pas être le hé­ros du Por­tu­gal.

Une séance de tirs au but ré­vé­la­trice

Cette séance de tirs de but est d’ailleurs très ré­vé­la­trice de son n o u v e l é t a t d ’ e s p r i t . Av a n t qu’elle ne dé­bute, il passe en re­vue tous les joueurs ali­gnés, l’in­dex de la main gauche le­vé.

« A ce mo­ment-là, il se montre très en­ga­gé, im­pli­qué. Il joue par­fai­te­ment le rôle du chef », dé­crypte Ste­phen Bu­nard, confé­ren­cier et ex­pert en lan­gage cor­po­rel. Il s’ac­quitte de sa tâche avant que son com­por­te­ment ne change com­plè­te­ment. « Il se cache der­rière ses par­te­naires, il se met à sau­tiller. Ce sont des signes d’une perte de contrôle to­tal. Il est dans un grand état de stress, il res­sent une peur en­fan­tine », pour­suit l’ex­pert. « Il se passe la main de­vant le vi­sage, com­me­pour évo­quer la lour­deur du mo­ment. Quand il se touche la tête, les choses le dé­passent com­plè­te­ment. On a l’im­pres­sion que sa vie en dé­pend, pré­cise Bu­nard. Puis il y a ce sou­rire cris­pé quand le Po­lo­nais rate son pé­nal­ty, c’est une fa­çon d’es­sayer de re­prendre le contrôle sur lui-même. Il joint les mains quand son col­lègue frappe comme pour dire, je ras­semble mon éner­gie pour t’ai­der. A la fin, la star lève le poing mais pas très haut. Or, le de­gré d’élé­va­tion ren­seigne sur le de­gré de sa­tis­fac­tion. »

CR7 ne peut évi­dem­ment pas être sa­tis­fait d’avoir at­ten­du les tirs au but pour se qua­li­fier, ni même de sa pres­ta­tion. Mais son état de stress à cet ins­tant-là en dit long sur l’im­por­tance de cet Eu­ro pour le Por­tu­gais. L’es­pace de quelques mi­nutes, il est presque de­ve­nu ce ga­min de 19 ans qui avait vu son rêve s’écrou­ler. le­pa­ri­sien.fr L’ar­ri­vée des joueurs por­tu­gais à leur hô­tel à Lyon

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