A Ro­card, la pa­trie re­con­nais­sante

CÉRÉMONIE. Ils se­ront plu­sieurs cen­taines, an­ciens col­la­bo­ra­teurs, gardes du corps ou can­di­dats à la présidentielle à dire adieu au­jourd’hui à Mi­chel Ro­card dans la cour de l’hô­tel des In­va­lides, à Pa­ris.

Aujourd'hui en France - - PO­LI­TIQUE - Un proche du chef de l’Etat AVA DJAM­SHI­DI

UN TRIPLE hom­mage pour un seul homme. Mi­chel Ro­card, dé­cé­dé sa­me­di, se sa­vait con­dam­né. L’an­cien Pre­mier mi­nistre avait ré­glé dans les moindres dé­tails le dé­rou­lé de ses ob­sèques. Elles se tien­dront au­jourd’hui, en trois temps, à Pa­ris. Dès 10 h 30, au temple pro­tes­tant de l’Etoile, ave­nue de la Grande-Ar­mée (XVIIe). Un texte écrit de sa main de­vrait y être lu. Il li­vre­ra peut-être quelques clés, par exemple sur sa vo­lon­té de voir ses cendres re­po­ser en Corse, île na­tale de son épouse Syl­vie. Plus tard, une cérémonie se tien­dra à Sol­fe­ri­no, au siège du PS. Mais avant, la son­ne­rie aux morts re­ten­ti­ra à la mi-jour­née.

Aux grands hommes de la Ve Ré­pu­blique, la « pa­trie re­con­nais­sante » — se­lon l’ex­pres­sion consa­crée — ré­serve un hom­mage na­tio­nal avec une cérémonie of­fi­cielle, ré­glée au mil­li­mètre, dans la cour de l’hô­tel des In­va­lides. Cet hon­neur, y ont droit les fi­gures po­li­tiques, grands ré­sis­tants et sol­dats morts au com­bat. Ce fut aus­si le cas des vic­times des at­ten­tats du 13 No­vembre. Il n’y a pas de règle écrite pour dé­ter­mi­ner qui en bé­né­fi­cie. « A chaque fois, la dé­ci­sion s’im­pose d’elle-même, ex­plique l’Ely­sée. Il a sem­blé évident au pré­sident de rendre un tel hom­mage à Mi­chel Ro­card. » Di­manche, au len­de­main de son dé­cès, deux re­pré­sen­tants de sa fa­mille ont ren­con­tré Jean-Pierre Hugues, nou­veau di­rec­teur de ca­bi­net de Fran­çois Hol­lande, pour évo­quer les contours de cette li­tur­gie ré­pu­bli­caine à la scé­no­gra­phie dé­pouillée. « Il n’y a pas d’ori­gi­na­li­té, on est dans l’épure du ri­tuel », confie un proche du chef de l’Etat.

Sous le re­gard des ca­mé­ras, qui dif­fu­se­ront en di­rect la cérémonie, le pré­sident fe­ra son en­trée à mi­di dans la cour d’hon­neur, de­vant la fa­mille du dé­funt, de très nom­breux of­fi­ciels et une bro­chette de can­di­dats po­ten­tiels à la présidentielle. Par­mi eux, l’an­cien pré­sident Ni­co­las Sar­ko­zy. Le gou­ver­ne­ment se­ra presque au com­plet. Il y au­ra aus­si plu­sieurs an­ciens Pre­miers mi­nistres, de gauche (Lio­nel Jos­pin, Edith Cres­son, Laurent Fa­bius, Jean-Marc Ay­rault) ou de droite (Alain Jup­pé). Les mi­nistres qui ont tra­vaillé du temps de Ro­card, de même que ses an­ciens col­la­bo­ra­teurs po­li­tiques mais pas seule­ment — ses an­ciens gardes du corps se­ront là — pren­dront part à l’hom­mage. Sans ou­blier une dé­lé- ga­tion de la Nouvelle-Ca­lé­do­nie, où l’an­cien Pre­mier mi­nistre a ra­me­né la paix en 1988. Au to­tal, ils se­ront des cen­taines à dire un der­nier adieu à ce­lui dont de nom­breuses per­son­na­li­tés, au sein de la gauche, se dis­putent l’hé­ri­tage.

L’his­toire sait se mon­trer caus­tique. Alors que l’exé­cu­tif a dé­gai­né l’au­to­ri­taire 49-3 pour faire adop­ter la loi Tra­vail sans vote à l’As­sem­blée, Fran­çois Hol­lande pro­non­ce­ra un dis­cours van­tant l’at­ta­che­ment de Mi­chel Ro­card à la ré­forme et au com­pro­mis. Avant lui, c’est Ed­mond Maire, an­cien pa­tron de la CFDT, qui pren­dra la pa­role. A 85 ans, le syn­di­ca­liste est consi­dé­ré comme l’un des pères du dia­logue so­cial, maillon es­sen­tiel de la so­cial-dé­mo­cra­tie chère à Mi­chel Ro­card. Comme un der­nier clin d’oeil de « l’homme de la deuxième gauche » à la grande fa­mille so­cia­liste réunie au­tour de sa dé­pouille.

« Il n’y a pas d’ori­gi­na­li­té, on est dans l’épure du ri­tuel »

@AvaD­jam­shi­di Mi­chel Ro­card, l’homme qui n’a ja­mais été pré­sident

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