« N’es­pé­rez pas un chô­mage à moins de 9 % »

SO­CIAL. Pierre Gat­taz était hier sur le Tour de France. Alors que la loi Tra­vail était adop­tée à l’As­sem­blée, il s’est fé­li­ci­té du main­tien du fa­meux ar­ticle 2 tout en se mon­trant scep­tique quant à son im­pact sur l’em­ploi.

Aujourd'hui en France - - ÉCONOMIE - Li­moges (Haute-Vienne) De notre cor­res­pon­dant Pierre Gat­taz, pré­sident du Me­def C.M. JEAN-PIERRE GOURVEST

SUR LA LIGNE DE DÉ­PART de la cin­quième étape du Tour de France… le pa­tron des pa­trons, Pierre Gat­taz, un afi­cio­na­do de la pe­tite reine (mais sans vé­lo) ve­nu prê­cher la bonne pa­role. Au len­de­main de l’an­nonce du 49-3 gou­ver­ne­men­tal sur la loi Tra­vail (voir en­ca­dré), le pré­sident du Me­def, très vi­ru­lent sur le texte dé­fen­du par My­riam El Khom­ri, ap­plau­dit pour­tant d’une main. Car le fa­meux ar­ticle 2, pré­voyant l’in­ver­sion de la hié­rar­chie des normes, la sé­cu­ri­sa­tion des li­cen­cie­ments éco­no­miques, les ac­cords dits « of­fen­sifs » per­mett ant de s’ adap­ter, sont au­tant d’ou­tils dont le pa­tron du Me­def s’en­or­gueillit.

Vont-ils créer des em­plois ? Que nen­ni, juge Pierre Gat­taz, es­ti­mant que le gou­ver­ne­ment s’est « com­plè­te­ment lou­pé » en ce do­maine. Tout juste ces trois points vont-ils p e r mett r e a ux e nt r e p r i s e s d e s’adap­ter en leur don­nant plus de sou­plesse afin de ré­pondre aux pro­blèmes ren­con­trés au quo­ti­dien.

Quid de l’in­ver­sion de la courbe du chô­mage après la­quelle court Fran­çois Hol­lande de­puis 2012 ? « La baisse d’avril et mai a été ré­duite par la lé­gère re­mon­tée de juin, ana­lyse-t-il, le tout an­non­çant pour les mois à ve­nir un phé­no­mène chao­tique, avec une crois­sance mo­deste. Le pacte de res­pon­sa­bi­li­té (NDLR : près de 40 Mds€ de baisses d’im­pôt et de charges pour les en­tre­prises) com­mence à por­ter ses fruits, ad­met Pierre Gat­taz mais il ne faut pas es­pé­rer voir le taux de chô­mage ré­gres­ser, le voir pas­ser à moins de 9 %… » Bref, pour une in­ver­sion du­rable et pé­renne du nombre de chô­meurs, il fau­dra re­pas­ser…

Pierre Gat­taz n’at­tend vi­si­ble­ment plus grand­chose du gou­ver­ne­ment. Le pa­tron des pa­trons a dé­jà le re­gard tour­né vers le pro­chain lo­ca­taire de l’Ely­sée, sur­veillant de très près le pro­gramme éco­no­mique des uns et des autres. « Nous se­rons at­ten­tifs aux pro­po­si­tions. Le Me­def n’est ni de droite ni de gauche, il s’adapte aux réa­li­tés de son temps. » Et de battre en brèche l’image du chef d’en­tre­prise, vi­li­pen­dé dans les cor­tèges de la loi Tra­vail : « Un pa­tron n’est pas quel­qu’un qui se lève le ma­tin pour li­cen­cier à tout prix, comme un Dra­cu­la san­gui­naire. Je suis prêt à sou­te­nir une gauche ré­for­miste, à dia­lo­guer avec des syn­di­cats qui ne

« Un pa­tron n’est pas un Dra­cu­la san­gui­naire » La loi Tra­vail adop­tée à l’As­sem­blée

se fo­ca­lisent pas sur un rap­port de forces. Les par­te­naires so­ciaux sont comme un couple, ils doivent évi­ter les conflits per­ma­nents, évo­luer, faire des conces­sions, avoir une vi­sion col­lec­tive de ce qu’ils peuvent faire pour leur pays. » Et de rec­ti­fier le tir sur le compte pé­ni­bi­li­té (Valls avait in­di­qué que « le Me­def ne peut pas choi­sir les lois qu’il ap­plique ») : « Ce n’est pas qu’on ne veut pas l’ap­pli­quer, c’est qu’on ne peut pas car nous ne sa­vons pas faire tout sim­ple­ment, et notre in­ten­tion n’est pas de nous pla­cer hors la loi. » Le di­ri­geant du Me­def ouvre Deux voix. C’est ce qu’il a man­qué hier aux frondeurs pour dé­po­ser une mo­tion de cen­sure contre le gou­ver­ne­ment. 56 dé­pu­tés de gauche l’ont tout de même si­gnée, dont 27 PS et ap­pa­ren­tés qui ont bra­vé la me­nace de Jean-Ch­ris­tophe Cam­ba­dé­lis de les ex­clure du par­ti. La droite non plus n’a pas dé­po­sé de mo­tion de cen­sure, of­fi­ciel­le­ment pour lais­ser la gauche dans son « champ de ruines » ( voir en page 2). La loi Tra­vail est donc adop­tée en nou­velle lec­ture par l’As­sem­blée, sans vote, à la suite du 49-3. Elle se­ra de nou­veau exa­mi­née au Sé­nat le 18 juillet. Chef des frondeurs, Ch­ris­tian Paul n’ex­clut pas de sai­sir le Con­seil consti­tu­tion­nel. même la porte à une re­prise des né­go­cia­tions sur « l’as­su­rance chô­mage ». A condi­tion de ré­gler « le pro­blème de la pé­ni­bi­li­té ». « Je suis prêt à dis­cu­ter avec les gens de bonne vo­lon­té, qui ne soient pas ob­sé­dés par la lutte des classes… »

Le pa­tron du Me­def, Pierre Gat­taz, a nuan­cé les baisses des chiffres du chô­mage d’avril et mai. Il an­nonce « pour les mois à ve­nir un phé­no­mène chao­tique ».

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