Uber met le feu à Saint-Tro­pez

TRANS­PORTS. L’amé­ri­cain Uber teste cet été dans le Sud son ap­pli­ca­tion de ré­ser­va­tion pour vé­hi­cules de tou­risme. Une ar­ri­vée qui pro­voque une le­vée de bou­cliers chez les taxis.

Aujourd'hui en France - - ÉCONOMIE - Saint-Tro­pez (Var) De notre cor­res­pon­dante DIANE ANDRÉSY

SAI­SON CHAUDE à Saint-Tro­pez, où taxis et VTC (vé­hi­cule de tou­risme avec chauf­feur) vont co­ha­bi­ter pour la pre­mière fois cet été. L’amé­ri­cain Uber vient d’y lan­cer l’ex­pé­ri­men­ta­tion de son ap­pli­ca­tion de ré­ser­va­tion (tout comme à Aix-en-Pro­vence, Toulon, Avi­gnon, La Baule, Ar­ca­chon et Deau­ville). Dans les files des taxis tro­pé­ziens, pré­sents à l’année, la nou­velle a fait l’ef­fet d’une bombe : « Uber dé­barque pour cas­ser les prix… et re­par­tir en­suite. C’est in­to­lé­rable », peste l’un d’eux. « Nous avons sim­ple­ment consta­té que de nom­breux uti­li­sa­teurs ou­vraient notre ap­pli­ca­tion dans ces villes pour voir si des chauf­feurs étaient dis­po­nibles », sou­ligne Alexandre Mol­la, ma­na­ger gé­né­ral d’Uber pour le sud de la France. D’où l’idée de dé­cli­ner une ver­sion été, ap­pe­lée UberX, et per­met­tant de ré­ser­ver, via son té­lé­phone por­table, un chauf­feur et un vé­hi­cule or­di­naire à toute heure du jour et de la nuit. « Les nou­veaux uti­li­sa­teurs bé­né­fi­cient de 15 € of­ferts sur la pre­mière course en en­trant le code Uber­plage2016 », ajoute-t-il.

Un mar­ché ju­teux

Les pre­mières « courses Uber » font ja­ser : « Ré­cem­ment, une ré­ser­va­tion pour un ma­riage a vi­ré au fias­co. Les in­vi­tés sont ar­ri­vés en re­tard et ont man­qué la cé­ré­mo­nie à cause des em­bou­teillages ! Tout ça pour payer la moi­tié du prix nor­mal ? Non mer­ci ! » confie un pro­fes­sion­nel du trans­port, bien dé­ci­dé à bar­rer la route à Uber grâce à la géo­lo­ca­li­sa­tion des vé­hi­cules. Uber ar­rive mais « avec quel ser­vice à la clé ? » in­ter­roge Jacques- Oli­vier, res­pon­sable d’Azu­réa VTC, ins­tal­lé dans le golfe de Saint-Tro­pez (80 000 vi­si­teurs par jour en plein été en­vi­ron). « Les gens vont se re­trou­ver dans des vé­hi­cules bas de gamme et un chauf­feur en jean-tee-shirt… A Saint-Tro­pez, nous fai­sons l’ef­fort d’ac­cueillir nos clients en che­mise-cra­vate et, à l’in­té­rieur, ils dis­posent de bou­teilles d’eau, gla­cière et ma­ga­zines. » C’est sur­tout « de la concur­rence dé­loyale, juge Sé­ve­rine, en charge de la so­cié­té Taxi Se­ve­ral Drivers im­plan­tée à Gas­sin. Nos ta­rifs sont im­po­sés par la pré­fec­ture. Là, on tire les prix vers le bas. Nous, nous tra­vaillons au comp­teur et les clients sont as­su­rés en cas d’in­ci­dent. Là, sou­vent, les chauf­feurs sont in­ex­pé­ri­men­tés et vont se dis­si­mu­ler dans le tra­fic. Im­pos­sible de faire la dif­fé­rence entre une voi­ture Uber et un vé­hi­cule or­di­naire. A San Fran­cis­co, le même sys­tème a tué les taxis. »

Sauf qu’avec sa clien­tèle hup­pée, qui est mul­ti­pliée par dix en juille­taoût, Saint-Tro­pez ai­guise les ap­pé­tits et ne compte qu’une tren­taine de taxis et une quin­zaine d’en­tre­prises clas­siques de VTC. Chaque été, il n’est donc pas rare de voir des gar­diens de vil­las ou des pla­gistes s’im­pro­vi­ser chauf­feurs d’un jour. Le mar­ché est ju­teux… et Uber s’en est aper­çu. D’ailleurs, la marque pro­pose aux « lo­caux » de se connec­ter sur la plate-forme Uber : « C’est l’oc­ca­sion pour ces so­cié­tés de trans­port de la ré­gion de dé­ve­lop­per leur ac­ti­vi­té, no­tam­ment grâce aux tou­ristes étran­gers, ha­bi­tués de notre ser­vice », re­prend Alexandre Mol­la. « Il y a de la place pour tout le monde ». Les taxis lo­caux, eux, sont bien dé­ci­dés à faire jouer le bouche-à-oreille pour em­pê­cher le géant amé­ri­cain de se dé­ployer dans leur vil­lage.

L’ar­ri­vée de l’amé­ri­cain Uber dans le sud de la France laisse pla­ner la me­nace de ma­ni­fes­ta­tions des taxis, qui l’ac­cusent de concur­rence dé­loyale.

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