Sous le so­leil de Pou­pou

Aujourd'hui en France - - SPORTS - Le Lio­ran (Can­tal) De l’un de nos en­voyés spé­ciaux OLI­VIER FRAN­ÇOIS

« MAIN­TE­NANT, je peux mou­rir tran­quille. » Il ju­bile, Pou­pou. Mou­lé dans son tee-shirt jaune, il sou­rit, face au so­leil de feu qui ne semble là que pour lui. Une jour­née sans ombre se pro­file et l’an­cien cham­pion a dé­jà beau­coup pris la lu­mière. De bon ma­tin, hier à Li­moges, l’oc­to­gé­naire s’est vo­lon­tiers plié aux sol­li­ci­ta­tions. C’était sa fête, son mo­ment, sa consé­cra­tion. Plus que ça même. Chez lui, dans sa ré­gion, Ray­mond Pou­li­dor a été cé­lé­bré comme un hé­ros.

« Ces qua­rante-huit heures que je suis en train de vivre, ce sont deux étapes de haute mon­tagne, souffle-t-il. C’est stres­sant, mais si on les passe bien, ça fait vrai­ment plai­sir. » D’un po­dium à un autre, de sel­fies en de­mandes d’au­to­graphes, de poi­gnées de mains en tapes ami­cales, il avance, les yeux pé­tillants, vers sa jour­née de gloire. Ber­nard Hi­nault, le quin­tuple vain­queur du Tour, l’in­vite dans sa voi­ture pour suivre l’étape qui mène au Lio­ran, sta­tion de ski du Can­tal près d’Au­rillac l’hi­ver et de loi­sirs l’été. Ch­ris­tian Prud­homme, le di­rec­teur de l’épreuve, l’ac­cueille sur le po­dium of­fi­ciel, comme la veille au soir, et le cou- vre d’éloges. Un grand écran dif­fuse un film sur lui. Les ca­deaux pleuvent. Le ciel est bleu. Une étoile a éteint toutes les autres. « C’est gran­diose, je suis ému », glisse-t-il.

Claude, une amie d’en­fance, est ve­nue en voi­sine

Le plus beau est à ve­nir. Ce­lui qui n’a ja­mais por­té le maillot de lea­deur de la Grande Boucle est at­ten­du seize ki­lo­mètres plus loin sur le par­cours, à Saint-Léo­nardde-No­blat, son vil­lage, où la foule s’est réu­nie au pied d’une es­trade. Un gâ­teau pa­tiente, avec des bou­gies. Son anniversaire tombe le 15 avril. Peu im­porte. Pou­pou a 80 ans et il n’est pas ques­tion de pas­ser à cô­té. Il ar­rive, pré­cé­dant la course de quelques mi­nutes. Ap­plau­di, ova­tion­né même, il garde une cer­taine me­sure comme s’il ne vou­lait pas se lais­ser al­ler à trop de dé­mons­tra­tion. « Je com­mence à m’y ha­bi­tuer », lâche-t-il sans vrai­ment convaincre.

A dix mètres de lui, Claude n’en rate pas une miette. « Je suis sur le gâ­teau, en pho­to, à cô­té de lui, mais per­sonne ne l e sait car j’étais une jeune fille à l’époque, j’avais 18 ans, comme lui, pré­ci­set-elle. Ray­mond, c’est un ami d’en­fance, on a pas­sé notre ado­les­cence à Cham­pné­te­ry ( NDLR : à quelques kil omètres de l à). J’étais ser­veuse lors de son ma­riage. Nous sommes res­tés proches. Au­jourd’hui, nous ha­bi­tons à deux cents mètres l’un de l’autre. Pour moi, c’est tou­jours le même. Je ne l’ai ja­mais vu comme un cham­pion cy­cliste. »

Il est 11 h 45, le pe­lo­ton s’an­nonce et il faut dé­jà s’en al­ler. Pou­pou a juste eu le temps d’em­bras­ser ses deux filles. En un éclair. « Et oui, c’est comme ça, confie Co­rinne, qui a épou­sé l’an­cien cham­pion Adrie Van der Poel, éga­le­ment pré­sent*. Je vis en Bel­gique donc je le vois très peu et je vais ren­trer chez moi alors qu’il se­ra je ne sais où. Mais ça fait plai­sir d’as­sis­ter à cette cé­ré­mo­nie, de sa­voir que son père est cé­lé­bré comme ça. » A cô­té d’elle, sa soeur en­chaîne : « Moi, j’ha­bite à Li­moges, mais je ne le croise pas plus. Il est tou­jours par­ti. »

L’éter­nel deuxième de­ve­nu nu­mé­ro un

La voi­ture rouge em­prunte l’ave­nue Ray­mond-Pou­li­dor et file vers le Can­tal. « J’ai aus­si un stade à mon nom », sou­ligne l’an­cien ri­val de Jacques An­que­til et d’Ed­dy Mer­ckx. Les images dé­filent alors : les pa­rents pay­sans, ses pre­mières an­nées à tra­vailler la terre, la dé- cou­verte du vé­lo, de son ta­lent, puis sa car­rière pro­fes­sion­nelle, tel­le­ment longue (1960-1977), tel­le­ment riche, ja­lon­née de grandes vic­toires, comme le Tour d’Es­pagne ou Mi­lan-San Re­mo, mais pas de la plus belle. Tant pis. Son heure de gloire est sur­ve­nue après. Et elle est sé­rieu­se­ment ryth­mée au­jourd’hui. Mar­di, il a ter­mi­né à mi­nuit, ho­no­ré par des éle­veurs du Li­mou­sin au parc des ex­po­si­tions de Li­moges. Hier, il était à 7 h 30 au vil­lage dé­part du Tour où il re­pré­sente la banque LCL. Le soir, il n’a pas re­joint son hô­tel avant 20 heures. Et ce ma­tin, il re­met ça. Avec un peu moins d’hom­mages quand même. Juste la fer­veur d’un pu­blic qui a fait de « l’éter­nel deuxième » (trois fois 2e et cinq fois 3e de l’épreuve) son nu­mé­ro un. « Avec Mer­ckx et Hi­nault, il est l’une des der­nières lé­gendes du Tour, sou­ligne Pas­cal, sur le bord de la route. Il est même sans doute la plus grande. » * Le pe­tit-fils de Pou­li­dor, Ma­thieu Van der Poel, a été sa­cré cham­pion du monde de cross-coun­try cy­cliste en 2015. Pou­pou fête ses 80 ans à do­mi­cile

Saint-Léo­nard-de-No­blat (Haute-Vienne), hier. Ray­mond Pou­li­dor a re­fê­té ses 80 ans avec le maillot jaune sur les épaules, une tu­nique qu’il n’a ja­mais re­vê­tue pen­dant sa longue car­rière spor­tive mais qu’il por­te­ra éter­nel­le­ment aux yeux du pu­blic.

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