Les Fran­çais, nou­veaux rois du man­ga

FES­TI­VAL. Ja­pan Expo, grand ren­dez-vous des fans de man­ga, dé­marre au­jourd’hui. Un genre très po­pu­laire dans notre pays. Mieux : de plus en plus d’au­teurs sont fran­çais.

Aujourd'hui en France - - LOISIRS ET SPECTACLES - Re­no Le­maire, au­teur de man­gas CH­RIS­TOPHE LEVENT

LES JA­PO­NAIS n’ont qu’à bien se te­nir ! Les man­gas tri­co­lores ri­va­lisent dé­sor­mais avec leurs col­lègues nip­pons. Pas une dé­fer­lante, certes, mais une vraie ten­dance : de plus en plus d’édi­teurs lancent sur le mar­ché des al­bums 100 % fran­çais. Au point que la Ja­pan Expo qui ouvre au­jourd’hui à Ville­pinte (Seine-Saint-De­nis), grand-messe des ama­teurs de BD ja­po­naise, consacre toute une pro­gram­ma­tion au phé­no­mène « Man­fra » (man­gas fran­co­phones).

Mal­gré des ventes en baisse ces der­nières an­nées, la France conti­nue d’ en­tre­te­nir une vrai e hist oi r e d’amour avec le man­ga, et reste le deuxième plus gros consom­ma­teur au monde après le Ja­pon. L’an pas­sé, quelque 12,4 mil­lions d’exem­plaires se sont écou­lés, soit 25 % du chiffre d’af­faires glo­bal de la BD dans l’Hexa­gone. La Ja­pan Expo, 17e du nom, at­tend, elle, quelque 250 000 vi­si­teurs en quatre j ours. Mieux : la BD ja­po­naise n’est plus ré­ser­vée « aux ga­mins ». Son lec­tor a t s ’ e s t é t e ndu a uj ourd’ hui j us­qu’aux 30-40 ans, une gé­né­ra­tion bi­be­ron­née à Gol­do­rak et consorts par la grâce du « Club Do­ro­thée » dans les an­nées 1980.

Les mêmes qui sont dé­sor­mais pas­sés de l’autre cô­té du mi­roir et tiennent le crayon. Avec « Dream­land » (Ed. Pi­ka), dont l’ac­tion se dé­roule entre un ly­cée de Montpellier et un monde mer­veilleux, Re­no Le­maire, 36 ans, fut l’un des pré­cur­seurs. Sa sé­rie, com­men­cée en 2006, compte 14 tomes et fête ses 10 ans. Il en a ven­du 400 000 exem­plaires. « Je des­si­nais Gol­do­rak à 3 ans, ra­conte-t-il. Toute ma gé­né­ra­tion a gran­di avec les ani­més ja­po­nais. For­cé­ment, ce­la nous a in­fluen­cés. Plus tard, j’ai dé­cou­vert Dra­gon Ball. J’ai eu un choc. J’adore la BD fran­co-belge, mais j’ai dé­cou­vert que l’on pou­vait ra­con­ter des his­toires au­tre­ment, sur 200 pages et en noir et blanc, plu­tôt que sur 48 pages cou­leurs. C’était ce que j’avais en­vie de faire… »

D’autres vont suivre, avec une brusque ac­cé­lé­ra­tion de­puis trois ans. Des exemples ? « Ci­ty Hall » de Gue­rin et La­peyre, « Out­law Player » de Sho­nen, « Save me Py­thie » d’El­sa Brants, ou en­core « Radiant », de To­ny Va­lente, qui, pe­tit ex­ploit l’an der­nier, a été le pre­mier man­ga­ka tri­co­lore pu­blié au Ja­pon. Ils sont ain­si au­jourd’hui une di­zaine d’au­teurs à être sur le de­vant de la scène. « De plus en plus de jeunes créa­teurs fran­çais se tournent vers le man­ga, confirme Pierre Valls, di­rec­teur éditorial de la mai­son d’édi­tion Ka­zé. Ils ap­portent une plus grande proxi­mi­té avec le lec­teur, no­tam­ment en si­tuant leurs his­toires en France, et rompent avec les codes un peu mo­no­tones des man­gas ja­po­nais. Avant, dans les sa­lons, les lec­teurs di­saient : c’est pas ja­po­nais, c’est nul. Au­jourd’hui, ils disent c’est fran­çais, c’est co­ol. Il y a un chan­ge­ment et une vraie re­con­nais­sance, même si les ventes sont très loin d’éga­ler celles des Ja­po­nais et le mo­dèle éco­no­mique pas si simple. Ce­la coûte entre 5 et 10 fois moins cher d’ache­ter les droits de pu­bli­ca­tion d’un man­ga ja­po­nais. » Pour au­tant, le « man­fra » semble avoir un bel ave­nir de­vant lui. Ce­la ne fait au­cun doute pour Izu, alias Guillaume Do­ri­son, scé­na­riste entre autres d’« Ome­ga Com­plex ». « Nous sommes en­core peu d’au­teurs à en vivre en France. Mais il y a toute une gé­né­ra­tion qui ar­rive, et qui rêve plus de faire du man­ga que de la BD fran­co-belge. Les édi­teurs com­mencent à suivre. I l s cherchent t ous à avoir un pe­tit Fren­chy dans leur ca­ta­logue. » Et si, comme le pro­nos­tique Re­no Le­maire, « nous n’étions qu’au dé­but de l’ère du man­ga fran­çais » ?

« Toute ma gé­né­ra­tion a gran­di avec les ani­més ja­po­nais. For­cé­ment, ce­la nous a in­fluen­cés »

Le man­ga « Aya­ka­shi » est scé­na­ri­sé par le fran­çais Guillaume Do­ri­son.

L’au­teur de man­gas Re­no Le­maire.

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