Ces films ont be­soin de vous

CI­NÉ­MA. Vous vou­lez sau­ver un film ? Rien de plus simple, grâce à Cel­lu­loid An­gels, une nou­velle plate-forme de fi­nan­ce­ment par­ti­ci­pa­tif.

Aujourd'hui en France - - LOISIRS ET SPECTACLES - Sé­bas­tien Ar­laud, di­rec­teur ad­joint de Cel­lu­loid An­gels THIER­RY DAGUE

DIX-NEUF EU­ROS pour que Louis de Fu­nès re­trouve son or, mon­si­gnor, dans « la Fo­lie des gran­deurs ». Vingt-cinq pour évi­ter que « les Ton­tons flin­gueurs » s’épar­pillent par pe­tits bouts, fa­çon puzzle, ou que « le Grand Bleu » boive la tasse. On peut aus­si vo­ler à la res­cousse de chef­sd’oeuvre mé­con­nus de Max Ophüls ou de Ju­lien Du­vi­vier. C’est l’idée de Cel­lu­loid An­gels, une plate-forme par­ti­ci­pa­tive qui pro­pose au pu­blic de co­fi­nan­cer la res­tau­ra­tion de clas­siques du ci­né­ma.

« 95 % des films de pa­tri­moine ne sont plus aux normes de dif­fu­sion ac­tuelles, soit parce qu’ils sont en­cor e s ur pel­li cule, soit parce qu’ils ont été nu­mé­ri­sés il y a vingt ans », ex­plique Sé­bas­tien Ar­laud, di­rec­teur ad­joint du site, lan­cé il y a un mois. « D’ici dix ans, si on ne fait rien, les chaînes de té­lé ou les plates-formes de vi­déo à la de­mande ne pour­ront plus les ex­ploi­ter. » Res­tau­rer un film en 4K (4 000 pixels), le der­nier format d’ul­tra haute dé­fi­ni­tion, coûte 100 000 € en moyenne. Bien sûr, Gau­mont, qui dé­tient les droits des « Ton­tons flin­gueurs » ou du « Grand Bleu », pour­rait se pas­ser de notre aide. D’au­tant que le CNC (Centre na­tio­nal du ci­né­ma) met dé­jà la main à la poche : 9,9 M€ en 2015, qui ont per­mis à 138 films de trou­ver une se­conde jeu­nesse. Mais grâce aux lo­co­mo­tives Gé­rard Oury ou Luc Bes­son, Cel­lu­loid An­gels es­père sou­te­nir des ayants droit plus fra­giles et mettre en lu­mière des oeuvres plus confi­den­tielles, comme « le Ri­deau rouge », réa­li­sé en 1952 par An­dré Bar­sacq.

« Nous vou­lons être l e chaî­non man­quant, pour­suit Sé­bas­tien Ar­laud. Mais aus­si que le pu­blic se sente im­pli­qué, qu’il s’ap­pro­prie ces oeuvres et com­prenne en quoi con- siste notre tra­vail. » Chaque do­na­teur a droit à une contre­par­tie, se­lon qu’il offre 25, 100 ou 750 € : son nom sur le li­vret de res­tau­ra­tion, une pro­jec­tion pri­vée ou une jour­née au sein des la­bo­ra­toires Eclair, qui nu­mé­risent une cen­taine de films par an. Plus i nat­ten­du : vos 15 € pour « l’Em­pire des sens » ser­vi­ront à en­voyer une co­pie neuve à Ma­don­na, dont c’est le film pré­fé­ré !

Cet ap­pel aux dons n’est pas que phi­lan­thro­pique : Cel­lu­loid An­gels ap­par­tient au groupe Yma­gis, qui a ra­che­té l’an der­nier les la­bo­ra­toires Eclair et a tout in­té­rêt à in­ci­ter les ayants droit à lui confier leurs co­pies. Une dou­zaine de pro­jets sont pro­po­sés sur le site, qui s’ou­vri­ra aux pu­bli­ci­tés, aux sé­ries ou aux do­cu­men­taires, et es­père ex­hu­mer des tré­sors dis­pa­rus comme « la Belle Ma­ri­nière », tour­né en 1932 avec Jean Ga­bin et Ma­de­leine Re­naud, ja­mais re­vu de­puis sa sor­tie et bien­tôt res­sus­ci­té grâce à… vous.

« D’ici dix ans, si on ne fait rien, les chaînes de té­lé ne pour­ront plus les ex­ploi­ter »

Film culte des an­nées 1980, « le Grand Bleu » (avec Jean Re­no et Jean-Marc Barr) pour­rait som­brer dans l’ou­bli sans un ra­fraî­chis­se­ment to­tal qui lui per­met­trait de s’adap­ter aux for­mats de dif­fu­sion ac­tuels.

Le clas­sique « la Fo­lie des gran­deurs », avec Yves Mon­tand et Louis de Fu­nès, a be­soin d’être res­tau­ré pour du­rer.

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