Au­triche : l’ex­trême droite au pou­voir… par in­té­rim

ÉLEC­TIONS. Après l’an­nu­la­tion de la présidentielle, un trio va di­ri­ger le pays pour trois mois, dont Nor­bert Ho­fer, du FPÖ.

Aujourd'hui en France - - POLITIQUE - CA­MILLE MORDELET

EN EU­ROPE, c’est une pre­mière. L’ex­trême droite, qui a échoué de peu au se­cond tour de la présidentielle du 22 mai, va tout de même exer­cer par­tiel­le­ment le pou­voir en Au­triche, où dé­bute au­jourd’hui une pré­si­dence par­ta­gée. Le 1er juillet, la Cour consti­tu­tion­nelle a an­nu­lé l’élec­tion pour cause d’ir­ré­gu­la­ri­tés. Con­crè­te­ment, le pré­sident sor­tant, Heinz Fi­scher, lais­se­ra au­jourd’hui son fau­teuil à un trio com­po­sé de la pré­si­dente du Con­seil na­tio­nal (NDLR : la chambre basse du Par­le­ment), la so­ciale-dé­mo­crate Do­ris Bures, et de ses deux vi­ce­pré­si­dents, le conser­va­teur Karl­heinz Kopf et… le na­tio­na­liste Nor­bert Ho­fer. Ce der­nier se­ra, sans sur­prise, can­di­dat au nou­veau scru­tin pré­si­den­tiel pro­gram­mé le 2 oc­tobre.

Trois pré­si­dents tem­po­raires

Une si­tua­tion pour le moins ba­roque, qui est pour­tant loin d’alar­mer An­ton Pe­lin­ka, pro­fes­seur à l’uni­ver­si­té cen­trale de Bu­da­pest (Hon­grie) et spé­cia­liste des mou­ve­ments na­tio­na­listes. « C’est une so­lu­tion pro­vi­soire sans consé­quences dra­ma­tiques. L’at­ti­tude tra­di­tion­nelle en Au­triche est de pré­fé­rer une pré­si­dence har­mo­nieuse. Ce­la ne chan­ge­ra pas pen­dant la pé­riode d’in­té- rim. » De fait, les trois co­pré­si­dents tem­po­raires pro­viennent de trois ten­dances po­li­tiques dif­fé­rentes. Se­lon Pe­lin­ka, cette ré­par­ti­tion du pou­voir ne laisse donc « pas beaucoup d’es­pace pour ma­noeu­vrer. Pour Nor­bert Ho­fer, trop en faire pour­rait avoir un ef­fet contre-pro­duc­tif ».

Le can­di­dat d’ex­trême droite n’a nul be­soin d’en ra­jou­ter, puis­qu’il vient d’en­re­gis­trer une vic­toire po­li­tique de poids : c’est par suite du re­cours dé­po­sé par son par­ti que le se­cond tour de la présidentielle, qu’il avait per­du de 30 863 voix, a été an­nu­lé.

Le Brexit change aus­si la donne. Si le FPÖ ne sou­haite pas que l’Au­triche quitte l’Union eu­ro­péenne (il veut la ré­for­mer de l’in­té­rieur), Ho­fer sur­fe­ra sans doute sur ce pré­cé­dent pour ali­men­ter un dis­cours an­ti­eu­ro­péen. S’il rem­por­tait l’élec­tion d’oc­tobre contre l’éco­lo­giste Alexan­der Van der Bel­len, l’Au­triche se­rait le pre­mier pays de l’UE di­ri­gé par l’ex­trême droite.

Vienne (Au­triche), le 1er juillet. Nor­bert Ho­fer, Do­ris Bures et Karl­heinz Kopf (de gauche à droite) as­su­re­ront la pré­si­dence à trois jus­qu’au scru­tin d’oc­tobre.

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