Le fisc dit « Wel­come in France »

BREXIT. Ma­nuel Valls dé­roule le ta­pis rouge aux en­tre­prises ba­sées au Royaume-Uni, avec une sé­rie de me­sures fis­cales des­ti­nées à ren­for­cer l’at­trac­ti­vi­té de la France. Mais la concur­rence est rude en Eu­rope.

Aujourd'hui en France - - ÉCONOMIE - MAT­THIEU PELLOLI

SI LE BREXIT est un tsu­na­mi… la France en­tend bien sur­fer sur la vague ! Le vote des Bri­tan­niques « a créé une onde de choc, pour l’ en­semble des ci­toyens eu­ro­péens, mais aus­si, de ma­nière très concrète, pour beaucoup d’en­tre­prises ins­tal­lées au Royau­meU­ni », a sou­li­gné mer­cre­di Ma­nuel Valls, lors d’un fo­rum or­ga­ni­sé par Pa­ris Eu­ro­place, l’or­gane de pro­mo­tion de la place fi­nan­cière pa­ri­sienne.

Le Pre­mier mi­nistre a donc ou­vert grand ses bras aux so­cié­tés et aux sa­la­riés étran­gers ain­si qu’aux « ta­lents fran­çais qui sou­haitent re­ve­nir » en an­non­çant, hier, des me­sures vi­sant à ren­for­cer l ’ at­trac­ti­vi­té de l a France (225 000 Fran­çais ré­sident dans le Grand Londres).

La mo­di­fi­ca­tion du ré­gime des im­pa­triés

Ce dis­po­si­tif per­met aux sa­la­riés ve­nus de l’étran­ger de bé­né­fi­cier de ré­duc­tions fis­cales — au PSG, le foot­bal­leur Zla­tan Ibra­hi­mo­vic en a par exemple pro­fi­té. Il se­ra « ap­pli­cable pen­dant huit ans, contre cinq au­jourd’hui », et la prime d’im­pa­tria­tion se­ra « exo­né­rée de taxe sur les sa­laires ». A par­tir de quand ? Mys­tère… Con­crè­te­ment, il s’agit d’une exo­né­ra­tion d’im­pôt sur le re­ve­nu d o nt b é né f i c i e nt les sa­la­riés étran­gers ve­nant tra­vailler en France et qui touchent, à ce titre, un sup­plé­ment de ré­mu­né­ra­tion. Cette exo­né­ra­tion peut être to­tale ou être égale à 30 % de la ré­mu­né­ra­tion nette to­tale. Cette baisse d’im­pôt, ac­tuel­le­ment, ne peut dé­pas­ser 50 % de la ré­mu­né­ra­tion nette to­tale im­po­sable du sa­la­rié.

Baisse de l’im­pôt sur les so­cié­tés

« Le taux nor­mal d’im­pôt sur les so­cié­tés (IS) se­ra pro­gres­si­ve­ment ra­me­né à 28 % » — contre 33 % au­jourd’hui —, a in­sis­té Ma­nuel Valls… en se gar­dant bien de fixer l’an­née où la France en­clen­che­rait le mou­ve­ment. En clair, il pour­rait bien s’agir d’un ca­deau em- poi­son­né pour l’équipe gou­ver­ne­men­tale qui re­pren­dra le flam­beau en 2017. « Nous y tra­vaillons de­puis long­temps », as­sure-t-on à Ber­cy en ci­tant les pro­pos de Mi­chel Sa­pin sur la « né­ces­saire conver­gence fis­cale » au sein de l’Union eu­ro­péenne, mais sans don­ner de date non plus. Moins d’IS, c’est aus­si mois de re­cettes… Où l ’ Et a t é q u i l i b r e r a - t - i l s e s comptes ? « Pour l’heure, il s’agit d’en­voyer un si­gnal, ré­pond le mi­nis­tère des Finances. La baisse an­non­cée de l’IS n’im­plique pas en­core de cher­cher des éco­no­mies en face ou des sources sup­plé­men­taires de re­ve­nu. »

Al­lé­ge­ment de la fis­ca­li­té lo­cale

Ma­nuel Valls sou­haite éga­le­ment en­ga­ger une dis­cus­sion avec les col­lec­ti­vi­tés pour un éven­tuel al­lè­ge­ment tem­po­raire de la fis­ca­li­té lo­cale sur les en­tre­prises. Une belle an­nonce po­li­tique, mais aus­si une sub­tile fa­çon de re­pas­ser la pa­tate chaude… aux col­lec­ti­vi­tés lo­cales. Qui, for­cé­ment, grincent des dents.

Ser­vice d’ins­tal­la­tion « tout com­pris »

Le Pre­mier mi­nistre a évo­qué la mise en place, dès la ren­trée pro­chaine, d’un « point d’en­trée unique » d’in­for­ma­tion pour les sa­la­riés étran­gers. Ob­jec­tif ? Ré­pondre (y com­pris dans la langue de Sha­kes­peare) à « leurs ques­tions sur l’im­mo­bi­lier, la dé­li­vrance des titres de sé­jour, la sco­la­ri­sa­tion des en­fants ». Cette fois, en­fin, un ho- ri­zon est fixé : « Dès la ren­trée. » Se­ra-ce suf­fi­sant ? Pas sûr. Le Brexit a pous­sé plu­sieurs grandes villes à se lan­cer dans une opé­ra­tion de charme pour sé­duire les en­tre­prises — fi­nan­cières no­tam­ment — et se po­si­tion­ner comme la prin­ci­pale bé­né­fi­ciaire de l’af­fai­blis­se­ment de la Ci­ty. Pa­ris ba­taille no­tam­ment avec Du­blin, Franc­fort, ou en­core avec Luxem­bourg. Des ad­ver­saires avec de sé­rieux ar­gu­ments, quand Pa­ris ne fait que des pro­messes.

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