Et l’ac­cu­sé s’ap­pelle Heaulme

MEURTRES DE MONTIGNY-LÈS-METZ. La jus­tice a écar­té hier la thèse se­lon la­quelle Fran­cis Heaulme au­rait mas­sa­cré les deux pe­tits gar­çons en 1986 avec un com­plice. Le tueur en sé­rie se­ra ju­gé seul de­vant les as­sises de Metz.

Aujourd'hui en France - - FAITS DIVERS - LOUISE COLCOMBET

POUR SON NEU­VIÈME PRO­CÈS aux as­sises, le Rou­tard du crime Fran­cis Heaulme se­ra seul dans le box des ac­cu­sés. Ain­si en a dé­ci­dé hier la jus­tice qui, après moult ater­moie­ments, a finalement re­non­cé à ren­voyer aus­si Hen­ri Le­claire de­vant les as­sises pour le double meurtre de Mon­ti­gny­lès-Metz (Lor­raine) — un énième re­bon­dis­se­ment dans cette sa­ga ju­di­ciaire vieille de trente ans.

Ce ma­nu­ten­tion­naire de 67 ans, plu­sieurs fois soup­çon­né, avait de nou­veau été mis en cause par deux témoins de der­nière mi­nute ap­pa­rus fin mars 2014 au pro­cès de Heaulme pour le meurtre d’Alexandre Be­ckrich et de Cy­ril Bei­ning. Ces deux ga­mins de 8 ans avaient été mas­sa­crés à coups de pierre le long d’une voie fer­rée de Montigny le 28 sep­tembre 1986. A peine ou­verte, l’au­dience avait dû être re­por­tée pour per­mettre de nou­velles in­ves­ti­ga­tions.

Un scé­na­rio qua­li­fié de fic­tion

Après deux ans d’en­quête, les juges d’ins­truc­tion ont es­ti­mé en avril que des charges suf­fi­santes pe­saient contre Le­claire, des­si­nant l’hy­po­thèse par­ta­gée par beaucoup d’un crime com­mis aux cô­tés de Fran­cis Heaulme, tous deux ayant été vus sur place. Hier, les ma­gis­trats de la cour d’appel ont eu de ces élé­ments une lec­ture in­verse, qua­li­fiant ce scé­na­rio de « fic­tion » et de « construc­tion jour­na­lis­tique ». « Ce­la re­le­vait du Grand Gui­gnol », tacle Me Tho­mas Hel­len­brand, l’avo­cat du ma­nu­ten­tion­naire, re­gret­tant « qu’il ait fal­lu deux ans pour ar­ri­ver à cette conclu­sion ». En écar­tant la piste Le­claire, la jus­tice a donc fait un bond en ar­rière pour re­ve­nir à l’hy­po­thèse qu’elle avait re­te­nue en… 2002. A l’époque, l’af­faire en est dé­jà à son troi­sième pro­cès, mais un pro­cès en ré­vi­sion : ce­lui de Pa­trick Dils, condam­né à la per­pé­tui­té pour ce double meurtre en 1989. Le frêle ado­les­cent de 16 ans avait avoué en garde à vue avant de se ré­trac­ter… Ses dé­né­ga­tions res­te­ront lettres mortes jus­qu’à ce qu’ap­pa­raisse l’ombre du Rou­tard du crime, qui, se­lon ses propres confi­dences, a vu et même tou­ché les ca­davres. Au der­nier pro­cès Dils, le té­moi­gnage de deux pê­cheurs ayant vu « le grand Fran­cis » le vi­sage en sang le soir des faits em­porte la convic­tion des ju­rés, qui in­no­centent Dils après quinze ans pas­sés der­rière les bar­reaux. Il fau­dra en­suite toute l’opi­niâ­tre­té de Chan­tal Bei­ning, la mère d’une des deux vic­times, pour ob­te­nir le ren­voi de Fran­cis Heaulme aux as­sises en 2014.

« On en est donc re­ve­nu exac­te­ment au même point », s’agace Me Dominique Boh-Pe­tit, l’avo­cate de cette femme meur­trie qui a dé­dié sa vie à la quête de la vé­ri­té. « C’est in­com­pré­hen­sible, sou­pire la pé­na­liste. Les juges d’ins­truc­tion avaient mis bout à bout tous les élé­ments qui, sur une du­rée de trente ans, im­pliquent Hen­ri Le­claire, et il y avait de quoi être trou­blé ». Des zones d’ombre qui se­ront sans nul doute ex­ploi­tées par les avo­cats de Fran­cis Heaulme, qui, lui, n’a ja­mais avoué ce double crime.

A peine ou­vert, le pro­cès de Fran­cis Heaulme, qui de­vait se te­nir en mars 2014, avait été re­por­té face à deux té­moi­gnages in­cri­mi­nant un com­plice. Deux ans plus tard, les ma­gis­trats de la cour d’appel ont dé­ci­dé de ne pas re­te­nir cette hy­po­thèse.

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