Le prof de la­tin, une es­pèce en voie de dis­pa­ri­tion

Aujourd'hui en France - - SOCIÉTÉ - Ca­ro­line Le­che­val­lier, en­sei­gnante char­gée du dos­sier au syn­di­cat Snes-FSU CH­RIS­TEL BRIGAUDEAU

LES AMPHIS sur­char­gés, les groupes de TD bon­dés ? Tho­mas ne connaît pas. Dans sa pro­mo­tion, en mas­ter de lettres clas­siques à l’uni­ver­si­té d’Aix-Mar­seille, cet étu­diant compte au to­tal… sept ca­ma­rades. Sur l’en­semble des ni­veaux, de la pre­mière à la cin­quième an­née de fa­cul­té, ils sont seule­ment « une tren­taine » à étu­dier le grec, le la­tin et les cultures de l’An­ti­qui­té, dé­pl ore l ’ ét udiant qui juge « un peu dé­pri­mant » que sa pas­sion soit « si peu par­ta­gée ».

Ce n’est pas près de s’ar­rê­ter : au Capes, le concours par le­quel sont re­cru­tés les fu­turs en­sei­gnants de col­lège et de ly­cée et dont les ré­sul­tats viennent d’être pu­bliés, 70 % des postes ou­verts par le mi­nis­tère en lettres clas­siques res­tent va­cants, faute de can­di­dats. Ce désa- mour ne date pas d’hier. Alors que 100 % des 170 postes ou­verts étaient pour­vus en 2010, ils n’étaient plus que 75 en 2012, 89 l’an der­nier, et 68 au­jourd’hui, pour 230 em­plois pro­po­sés. « Mais ce­la ne si­gni­fie pas qu’on va man­quer d’en­sei­gnants à la ren­trée, veut-on ras­su­rer dans l’en­tou­rage de Na­jat Val­laud-Bel­ka­cem, la mi­nistre de l’Edu­ca­tion na­tio­nale. Quand les postes ne sont pas oc­cu­pés par des ti­tu­laires, on em­bauche des contrac­tuels ou on a re­cours aux heures sup­plé­men­taires… »

Ce­la risque de ne plus suf­fire. « Quand on ferme une classe de la­tin au col­lège parce que trop peu d’élèves sont ins­crits, puis au ly­cée, puis à l’uni­ver­si­té, il ne faut pas s’éton­ner qu’il n’y ait plus de la­ti­nistes à la fin, ex­plique Ca­ro­line Le­che­val­lier, en­sei­gnante char­gée du dos­sier au syn­di­cat Snes-FSU. C’est hy­po­crite de créer des postes sans mettre en face une po­li­tique vo­lon­ta­riste : il faut choi­sir. Et si on veut conser­ver un en­sei­gne­ment des lettres clas­siques en France, il faut in­ves­tir et ac­cep­ter de payer par en­droits des pro­fes­seurs avec très peu d’élèves. »

Dans la pro­mo­tion de Tho­mas, trois étu­diants pas­se­ront le concours d’en­sei­gnant l’an pro­chain. Tho­mas hé­site en­core, crai­gnant, par l’ef­fet de la ré­forme du col­lège, qui s’en­gage à la ren­trée, de « se re­trou­ver à en­sei­gner plus sou­vent le fran­çais que le la­tin ou le grec ».

S’il ne suit pas la voie du pro­fes­so­rat, il ca­resse l’es­poir de vivre au­tre­ment sa pas­sion pour les langues an­ciennes, « en fai­sant de la re­cherche ou en tra­vaillant dans le monde de la culture ou de l’ar­chéo­lo­gie ».

« Si on veut conser­ver un en­sei­gne­ment des lettres clas­siques en France, il faut in­ves­tir »

Faute d’élèves in­té­res­sés par les lettres clas­siques, les pro­fes­seurs se font rares : seuls 30% des postes ou­verts au concours par le­quel ils sont re­cru­tés, ont été pour­vus.

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