La Croa­tie, nou­veau plan B des étu­diants en mé­de­cine

EN­SEI­GNE­MENT SU­PÉ­RIEUR. Une pré­pa payante de Za­greb ouvre une an­tenne à la ren­trée à Or­léans. Une ma­nière de contour­ner la forte sé­lec­tion qui règne en France. Une pre­mière qui sus­cite la po­lé­mique.

Aujourd'hui en France - - SOCIÉTÉ - Jean-Paul Or­tiz, pré­sident de la Con­fé­dé­ra­tion des syn­di­cats mé­di­caux fran­çais CLAUDINE PROUST

« DEVENEZ le mé­de­cin in­ter­na­tio­nal de de­main ! » La pro­messe, sur le dé­pliant de ce qui se ré­vèle « une pre­mière en France », ne manque pas d’em­phase. Le « té­moi­gnage » de l’un des jeunes étu­diants dans la vidéo pro­mo­tion­nelle en­fonce le clou : « Je rêve d’être cher­cheur. En choi­sis­sant cette voie, je sais que je se­rai ca­pable de pu­blier mes re­cherches en an­glais, con­trai­re­ment aux Fran­çais. » Bien­ve­nue dans l’uni­vers de la Pré­pa MOZ, qui fait sa com sans lé­si­ner, jusque sur Fa­ce­book, pour an­non­cer son ou­ver­ture à l’au­tomne, sur le cam­pus uni­ver­si­taire d’Or­léans-la Source. Et gla­ner des can­di­dats, ten­tés d’en­ta­mer de longues études de mé­de­cine au bord de la Loire, dans l’es­poir de s’en­vo­ler en­suite pour Za­greb, en Croa­tie… Con­tour­nant ain­si la dif­fi­cul­té d’ac­cès à la deuxième an­née, pour de­ve­nir mé­de­cin en France.

« On avait dé­jà de­puis plu­sieurs an­nées les dé­parts vers la Rou­ma­nie ou la Hon­grie »

Moyen­nant 5 000 € de frais d’ins­crip­tions, l’as­so­cia­tion loi de 1901 der­rière cette pré­pa in­édite pro­pose de sé­lec­tion­ner sur dos­sier, à rem­plir sur In­ter­net, 50 « ba­che­liers et étu­diants en 1er cycle de pro­fil scien­ti­fique ». Bio­lo­gie, chi­mie, phy­sique, ana­to­mie, an­glais fi­gurent comme « une op­por­tu­ni­té unique » au pro­gramme des en­sei­gne­ments. Au terme de cette an­née, sous ré­serve d’un 10 de moyenne, les 15 pre­miers pour­ront s’en­vo­ler pour la fa­cul­té de mé­de­cine de Za­greb, avec l’es­poir — non la ga­ran­tie — d’y être ad­mis.

Après la Rou­ma­nie, puis la Hon­grie, la Croa­tie, de­puis son en­trée dans l’Union eu­ro­péenne en 2013, est de­ve­nue le nou­veau plan B pour étu­diants re­ca­lés et trop bas dans les clas­se­ments du concours de pre­mière an­née de mé­de­cine. As­sez sé­lec­tif néan­moins : il faut pou­voir payer 7 000 € d’ins­crip­tion an­nuelle six ans de suite et par­ler cou­ram­ment an­glais pour être ac­cueilli dans le cur­sus in­ter­na­tio­nal de 50 places de la fac de mé­de­cine de Za­greb. Mal­gré plu­sieurs ten­ta­tives, im­pos­sible de joindre un cor­res­pon­dant au nu­mé­ro af­fi­ché sur les dé­pliants, van­tant l’hon­neur que l’uni­ver­si­té croate a fait de choi­sir la ré­gion Centre - Val de Loire « pour le pre­mier in­ves­tis­se­ment de ce genre en France ». On ne sau­ra pas qui as­sure les cours. Ni dans quels lo­caux à Or­léans, qui, faute de CHU et con­trai­re­ment à Tours, n’a pas de fac de mé­de­cine. En mai­rie, où l’on dit être au cou­rant mais pas par­te­naire, on n’en sait pas plus.

En at­ten­dant, la Pré­pa MOZ, qui se­lon son fil Fa­ce­book au­rait en­re­gis­tré son pre­mier dos­sier de can­di­da­ture, fait bon­dir. « Scan­da­leux ! » tem­pête le doc­teur Jean-Paul Or­tiz, pré­sident de la Con­fé­dé­ra­tion des syn­di­cats mé­di­caux fran­çais (CSMF). « On avait dé­jà de­puis plu­sieurs an­nées les dé­parts vers la Rou­ma­nie ou la Hon­grie d’étu­diants pour contour­ner la sé­lec­tion qui existe en France, et qui rentrent pour leur troi­sième cycle au bout de six ans. 458 sont ain­si re­ve­nus en 2016 : ce n’est plus anec­do­tique. » Cho­quant, es­time le pa­tron de la CSMF, qui juge qu’il se­rait grand temps que les études de mé­de­cine à la fran­çaise se ré­forment. « Chaque an­née pour 2 500 ga­mins qui at­taquent une pre­mière an­née dans un am­phi, vous n’en avez que 150-200 qui passent en deuxième an­née. Au bout de deux ten­ta­tives, vous en re­trou­vez 2 000 sur le car­reau et bri­sés à 19 ans. Contour­ner le sys­tème par l’étran­ger ne s’offre qu’aux ini­tiés, qui peuvent en outre s e per­mettre pl us de 35 000 € en seuls frais d’ins­crip­tion. Avec cette pré­pa qui vient car­ré­ment les cher­cher ici, s’in­digne Jean-Paul Or­tiz, on fran­chit en­core un cran dans ce qui tra­duit en fin de compte la faillite du sys­tème uni­ver­si­taire fran­çais et de son as­cen­seur so­cial. »

Pour contour­ner la dif­fi­cul­té du concours de pre­mière an­née de mé­de­cine en France, cer­tains étu­diants partent à l’étran­ger, en Croa­tie par exemple, grâce à la pré­pa MOZ (voir bro­chure ci-contre). Ils rentrent au bout de six ans, pour fi­nir leurs études.

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