La CGT dé­file aus­si sur le Tour

Aujourd'hui en France - - SPORTS - Mon­tau­ban (Tarn-et-Ga­ronne) De l’un de nos en­voyés spé­ciaux Dominique Pi­ron, res­pon­sable de l’or­ga­ni­sa­tion de la CGT sur la course OLI­VIER FRAN­ÇOIS

LES BONBONS PLEUVENT. Les en­fants n’at­ten­daient que ça. Ils courent à leur pour­suite, in­dif­fé­rents aux deux vé­hi­cules noirs qui s’avancent. Ils ne les ver­ront pas. Leurs pa­rents non plus, d’ailleurs, oc­cu­pés à ca­na­li­ser leurs bam­bins et à de­vi­ner quel drôle d’en­gin va sur­gir der­rière. La ca­ra­vane du Tour de France pa­rade sur les pentes du pe­tit col des Es­taques, dans l’Avey­ron, sur la route de Mon­tau­ban. Au mi­lieu de ce concert bruyant et co­lo­ré, le duo sombre passe in­aper­çu.

Sur la car­ros­se­rie, un sigle rouge prend la forme de trois lettres dis­tinctes : CGT. « Elle est là, sur le Tour ? ques­tionne Cé­dric, la qua­ran­taine, ve­nu as­sis­ter au spec­tacle en voi­sin. Ce n’est pas sa place. Et c’est bien dom­mage, je trouve, pour les adhé­rents qui fi­nancent tout ça avec leurs co­ti­sa­tions. » A quelques mètres, Thé­rèse, ori­gi­naire du Nord, est en­core plus ca­té­go­rique : « On ne mé­lange pas le sport et la po­li­tique. Qu’ils s’en aillent, ils n’ont rien à faire là ! »

En pleine po­lé­mique sur la loi Tra­vail, et alors qu’il a mul­ti­plié de­puis des mois les ap­pels à la grève et aux ma­ni­fes­ta­tions, le syn­di­cat a donc pris sa place, comme d’ha­bi­tude, au sein du grand dé­fi­lé de juillet. FO aus­si, quelques rangs der­rière. Et le Me­def, en­core un peu plus loin, fait la pub du pa­tro­nat. Son pré­sident, Pierre Gat­taz, est éga­le­ment ap­pa­ru sur plu­sieurs étapes. Le cock­tail pour­rait être dé­to­nant. Il semble al­ler de soi sur les che­mins de l’Hexa­gone. Les in­car- tades viennent plu­tôt de l’ex­té­rieur. A Gran­ville, dans la Manche, par exemple, au dé­part de la 3e étape, les membres de la Con­fé­dé­ra­tion gé­né­rale du tra­vail se sont fait co­pieu­se­ment huer alors qu’ils s’ap­prê­taient à mon­ter en voi­ture.

« C’est vrai, ça ne s’est pas bien pas­sé ce ma­tin-là, mais ce n’est pas al­lé plus loin, et sur l’en­semble du par­cours, de­puis le dé­but, on re­çoit un bon ac­cueil, sou­ligne Jérôme La­brège, che­mi­not et chef de l’équi­page. C’est ma hui­tième an­née sur l’épreuve, et je me sens peut-être un peu plus ex­po­sé. C’est nor­mal, vu le contexte, mais il n’y a rien de bien mé­chant. Dans le Li­mou­sin, an­cien bas­sin mi­nier, on a même été par­fois ac­cla­més. En tout cas, il n’y a pas de peur et on s’en­tend très bien avec nos col­lègues du Me­def. Ce sont des sai­son­niers em­ployés pour l’oc­ca­sion et non des pa­trons. »

A quoi sert ce dé­fi­lé syn­di­cal ré­duit et dis­cret, alors ? « Nous sommes sur le Tour de­puis 1947, ex­plique Dominique Pi­ron, res­pon­sable de l’or­ga­ni­sa­tion de la CGT sur la course. Il avait été dé­ci­dé que tous les jour­naux ayant ser­vi la cause de la li­bé­ra­tion de la France s e r ai e nt i nvi­tés t ous l es ans. C’était le cas de la Vie ou­vrière et, de­puis cette époque, nous ve­nons chaque an­née ou presque. Et nous ne payons rien pour ce­la. »

Au­jourd’hui, la dé­marche n’est plus exac­te­ment la même, ce­pen­dant. « Dé­jà, ce­la nous per­met de sa­voir com­ment nous sommes per­çus, ajoute le syn­di­ca­liste. Nous nous sen­tons proches du pu­blic qui vient as­sis­ter sur le bord de la route à ce spec­tacle gra­tuit. Dans toutes les villes et tous les dé­par­te­ments que nous tra­ver­sons, nous ap­pe­lons les sa­la­riés à ne pas lâ­cher la lutte. Il y a peut-être eu quelques sif­flets, mais on re­çoit aus­si beaucoup de sou­tien. Nous al­lons conti­nuer à nous faire en­tendre tout au long du Tour mais il n’est pas ques­tion de le blo­quer. »

Hier, dans le col des Es­taques, il y avait au moins deux spec­ta­teurs af­fi­liés à la CGT, Serge et JeanLouis, mais le pas­sage des voi­tures noires ne les a pas trans­por­tés. Jacques, lui, a même dé­tour­né la tête. « Je suis fa­ti­gué de tout ça, confie le re­trai­té. Avant, je m’y in­té­res­sais, mais main­te­nant, j’ai l’im­pres­sion que c’est de­ve­nu un cirque. Tout s’est cas­sé la gueule, ici. Les em­plois dis­pa­raissent, et on ne croit plus per­sonne. » Alors, le grand-père a re­gar­dé les en­fants cou­rir après leurs bonbons. Et la ma­gie du Tour a éclai­ré son vi­sage.

« Il y a peut-être eu quelques sif­flets, mais on re­çoit aus­si beaucoup de sou­tien »

le­pa­ri­sien.fr Dans la ca­ra­vane, la CGT huée

Sur la route du Tour, hier. De­puis 1947, la CGT in­tègre très ré­gu­liè­re­ment la ca­ra­vane de la Grande Boucle.

Ar­pa­jon-sur-Cère (Can­tal), hier. Le che­mi­not Jérôme La­brège est le res­pon­sable du convoi CGT sur le Tour.

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