Pi­ka­chu dans le RER

FES­TI­VAL. Ja­pan Ex­po, le plus grand ren­dez-vous eu­ro­péen dé­dié à la culture ja­po­naise, a ou­vert ses portes hier. L’oc­ca­sion pour les fans de sor­tir leur plus beau dé­gui­se­ment.

Aujourd'hui en France - - LOISIRS ET SPECTACLES - Lo­gan Ur­bain, dé­gui­sé en per­son­nage de jeu vidéo ALEXIS PERCHÉ

DÉ­JÀ, SUR LE QUAI de la gare du Nord et dans le RER B, bon­dé ce jeu­di ma­tin, jour de l’ou­ver­ture de la Ja­pan Ex­po au parc des Ex­po­si­tions de Ville­pinte (Seine-Saint-De­nis), nous sommes dans une autre ga­laxie. Pi­ka­chu, le Jo­ker, Dark Va­dor sont mê­lés à la foule. Chaque an­née, quelque 250 000 per­sonnes af­fluent de la France en­tière à ce ras­sem­ble­ment culte des ama­teurs de man­gas, sou­vent dé­gui­sés de la tête aux pieds. Un r en­dez- vous an­nuel que la fa­no­sphère de la culture ja­po­naise pré­pare des mois du­rant.

Le cos­play ? « C’est l’équi­valent du car­na­val où l’on met des masques, sauf que ce sont les per­son­nages de man­ga, de des­sins ani­més et de jeux vidéo, ex­plique Tho­mas Sir­dey, l’un des trois fon­da­teurs et or­ga­ni­sa­teurs de la Ja­pan Ex­po. Les pas­sion­nés fa­briquent leur cos­tume toute l’an­née, dé­lirent pen­dant quatre jours, de­viennent quel­qu’un d’autre, puis ils re­trouvent leur vie quo­ti­dienne. »

L’es­pace Kit­su­né leur est dé­dié. Ils peuvent mon­ter sur scène, seuls ou en groupe, pour faire ad­mi­rer le ré­sul­tat de leur la­beur. De Zel­da aux Po­ké­mon en pas­sant par Bat­man, Es­me­ral­da, Rai­ponce, Jas­mine ou en­core Su­per Ma­rio… les hé­ros sont sans fron­tières. A Ville­pinte, tout est pos­sible. « Ce qui me plaît dans ce fes­ti­val, c’est la li­ber­té, on n’a au­cun com­plexe, c’est vrai­ment pas comme dans la réa­li­té. Là, on est tous pa­reil, il n’y a pas d’in­ter­dit », ap­plau­dit Jé­ré­my Plet, ser- veur pa­ri­sien de 22 ans dé­gui­sé en Twis­ted Fate Tan­go du jeu vidéo League of Le­gends. Même les plus jeunes se prennent au jeu, comme Yu­ma, 5 ans, ve­nu hier avec sa ma­man, dé­gui­sé en San­go­ku, hé­ros de la sé­rie « Dra­gon Ball » : « Je l’ai choi­si parce que c’est le plus fort, il fait le ka­me­ha­me­ha et ses che­veux changent tou­jours de cou­leur. »

Cette an­née, League of Le­gends a vrai­ment la cote. « La com­mu­nau­té est très grande, il y a énor­mé­ment de per­son­nages et de beaux de­si­gns, ça donne en­vie de faire des cos­tumes », sou­ligne Chl o é Ba r d e u r , étu­diante en ani­ma­tion de 22 ans, dé­gui­sée en Jinx, la des­truc­trice aux jouets mor­tels. Che­veux verts, bas rouge et noir, ca­non do­ré à l’épaule, la jeune femme a réa­li­sé son cos­tume avec des rou­leaux de pa­pier toi­lette, de la mousse de ta­pis de sol, des leds à 2 €… L’art de la ré­cup. Chaque an­née, la Pa­ri­sienne confec­tionne quatre cos­tumes parce qu’elle en change chaque jour de la Ja­pan Ex­po.

D’autres, comme Lo­gan Ur­bain, un Luxem­bour­geois de 23 ans, in­ves­tissent beaucoup d’ar­gent : « Cette an­née je suis en Nau­ti­lus (NDLR : un autre per­son­nage de League of Le­gends). Il m’a fal­lu quatre mois pour faire ce cos­tume com­po­sé de toutes sortes de mousses. En tout, il pèse 30 kg et j’en ai eu pour en­vi­ron 250 €. Ce­lui de l’an­née der­nière m’avait coû­té 600 €. Mais ça vaut le coup car j’aime mon­trer mon tra­vail. Quand je vois des en­fants qui veulent des pho­tos avec moi, c’est li­mite si je ne pleure pas dans mon casque. » Quand on par­ti­cipe à la Ja­pan Ex­po de­puis dix ans comme Julien Adam, 34 ans, sto­cker tous ces dé- gui­se­ments de­vient pro­blé­ma­tique. « Cette an­née, j’ai réa­li­sé mon 26e cos­tume, ra­conte cet en­sei­gnant de ly­cée pro­fes­sion­nel, qui in­carne cette fois-ci le Ma­gi­cien des té­nèbres du man­ga ani­mé Yu-Gi-Oh. J’ai ache­té une mai­son avec de grands ga­rages et de grands coffres de jar­dins de 300 litres. »

Le cos­play, c’est aus­si une com­pé­ti­tion. Chaque jour il y a un « cos­play show » où les par­ti­ci­pants e x hi b e nt l e ur s dé g ui s e ments. L’ apo­théose s era s ame­di avec l’ECG, un des plus grands concours où s’af­fron­te­ront les meilleurs cos­players de onze pays d’Eu­rope. « Ils pa­radent de­vant un ju­ry in­ter­na­tio­nal, ils jouent des scènes qui font vivre les per­son­nages avec des ef­fets spé­ciaux, des ex­plo­sions. Il y a des sa­voir-faire in­croyables, ils vont très très loin. Ça tue ! », s’ex­ta­sie l’or­ga­ni­sa­teur, ra­vi que « de plus en plus d’Eu­ro­péens se dé­placent à Ville­pinte ».

« Quand je vois des en­fants qui veulent des pho­tos avec moi, c’est li­mite si je ne pleure pas dans mon casque »

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