Quelle claque !

Aujourd'hui en France - - LOISIRS ET SPECTACLES - SYL­VAIN MERLE

NU ET COU­VERT DE SANG, De­nis Po­da­ly­dès entre len­te­ment dans son cer­cueil pour conclure une in­croyable scène d’or­gie mi­li­taire qui a vi­ré au mas­sacre. Si ce ta­bleau puis­sant et mor­bide ne peut ré­su­mer « les Dam­nés », d’Ivo van Hove, il illustre as­sez jus­te­ment ce qu’a ti­ré le Fla­mand du scé­na­rio du film de Lu­chi­no Vis­con­ti, un spec­tacle violent, im­pu­dique, éro­tique par­fois, cruel et sau­vage. Un choc, ain­si que le sou­hai­tait le met­teur en scène.

Ful­gu­rant re­tour à Avi­gnon

Après vingt-trois ans d’ab­sence, la troupe de la Co­mé­die-Fran­çaise a fait un re­tour re­mar­qué avant-hier soir en ou­ver­ture du 70e Fes­ti­val d’Avi­gnon. Par­ri­cide et ma­tri­cide, fra­tri­cide et in­ceste lar­vés, pé­do­phi­lie sug­gé­rée… elle a plon­gé la cour d’hon­neur du pa­lais des Papes dans l’hor­reur en com­pa­gnie des Es­sen­beck, fa­mille de grands in­dus­triels al­le­mands qui va se dé­chi­rer au fil des com­pro­mis­sions avec le pou­voir na­zi. On est en 1933 et l’in­cen­die du Reichs­tag va pré­ci­pi­ter leur lente des­cente aux en­fers.

Au centre de la scène, sur­plom­bée par un écran géant qui dif­fuse des images cap­tées en direct ou pré­en­re­gis­trées, un im­mense ta­ta­mi orange fi­gure la piste sur la­quel- le les per­son­nages luttent à mort pour le pou­voir. Pas d’ar­ti­fice ni de cou­lisses, le pu­blic voit tout. A gauche de la scène, on se change de­vant des mi­roirs de loges et les co­mé­diens hors jeu pa­tientent im­mo­biles as­sis. A droite du pla­teau, six cer­cueils ali­gnés sur un pro­mon­toire vont re­ce­voir une à une les vic­times lors d’un gran­diose ri­tuel de mort qui se ré­pète in­las­sa­ble­ment.

Im­pres­sion­nants dans leurs rôles de monstres hu­mains, les co­mé­diens du Fran­çais livrent des pres­ta­tions au cor­deau, phy­siques et sans re­te­nue ni pu­deur. Si Christophe Mon­te­nez brille par­ti­cu­liè­re­ment en jeune homme per­vers et dé­tra­qué em­bras­sant le ré­gime na­zi par pure ven­geance, tous pro­fitent avan­ta­geu­se­ment de cette bour­rasque de mo­der­ni­té que fait souf­fler le fla­mand sur la Co­mé­dieF­ran­çaise.

Ova­tion, se re­mettre du choc

Le pu­blic de la cour s’est le­vé, ti­mi­de­ment, pour une ova­tion de cinq mi­nutes. Il faut se re­mettre du choc, d’au­tant que le fi­nal est gla­çant d’ac­tua­li­té. Beaucoup y dé­cèlent du gé­nie, cer­tains dé­noncent plu­tôt une im­pos­ture. As­su­ré­ment, ces « Dam­nés » ne laissent pas in­dif­fé­rent. Pour peu que l’on em­bar- que, on ne peut qu’être à la fois sai­si d’ef­froi et fas­ci­né par cette vio­lence ma­gni­fiée. C’était bien le pro­pos d’Ivo van Hove qui pré­fère que le pu­blic « éprouve ce genre de sen­ti­ment au théâtre plu­tôt que dans la rue ». Jus­qu’au 16 juillet, 22 heures (Re­lâche le 10, à 23 heures le 14). De 10 à 38 €. Dif­fu­sé en direct sur France 2 le 10 juillet à 22 heures. Puis à dé­cou­vrir à Pa­ris, salle Ri­che­lieu, du 24 sep­tembre au 13 jan­vier.

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