Com­plè­te­ment

FOOT­BALL.FOOT­BALL Mau­vaise foi, hys­té­rie… : les émo­tions que gé­nère ce sport peuvent par­fois faire dis­jonc­ter les plus calmes d’entre nous.

Aujourd'hui en France - - LA UNE - : T.DLE PHO­TOS : LP/JN.GUILLO ET O.ARANDEL TANGUY DE L’ESPINAY

P Pal­pi­ta­tions, s sueur, souffle cou­pé : le sup­por­teur se sen sent fé­brile pen­da pen­dant un match. Rien d de plus nor­mal : la pers pers­pec­tive d’un b but ad­verse ou d’u d’une dé­faite est as as­si­mi­lée à un n dange dan­ger par son cer­vea cer­veau. Pour le défe dé­fendre, so­non or­ga­ni or­ga­nisme in­jecte de l’adrén l’adré­na­line qui vie vient donne don­ner un n coup d de fouet au u coeur ! POUR­QUOI DIABLE saute-t-on au pla­fond et hurle-t-on à s’en dé­col­ler les pou­mons quand notre équipe marque un but ? Qu’est-ce qui pousse le plus po­li d’entre nous à in­sul­ter l’ar­bitre avec au­tant de mau­vaise foi ? Qu’on soit sup­por­teur fidèle ou simple « foo­tix », il sem­ble­rait que le roi des sports nous fasse fa­ci­le­ment perdre la rai­son.

Il faut dire qu’en ma­tière de sus­pense, le foot est gé­né­reux : la na­ture du but, bien plus rare et cru­cial qu’un pa­nier en bas­ket, et sou­vent plus sou­dain qu’un es­sai en rugby, rend le ré­sul­tat plus in­cer­tain. Sans par­ler de la qua­si-ab­sence de temps mort qui main­tient la pres­sion en per­ma­nence.

Les hor­mones du stress

Quel écho ce sus­pense trouve-t-il dans l’or­ga­nisme d’un fan de foot ? « Son cer­veau, qui per­çoit la pos­sible dé­faite de son équipe comme un dan­ger, en­voie à chaque si­tua­tion chaude un aver­tis­se­ment aux glandes sur­ré­nales, qui en ré­ponse pro­duisent les hor­mones du stress, dont l’adré­na­line », ex­plique Pierre Set­bon, car­dio­logue, spé­cia­liste du stress. En fouet­tant le coeur, c’est cette der­nière qui gé­nère ces pal­pi­ta­tions, sen­sa­tion de souffle cou­pé ou de boule au ventre. Les psy­cho­logues ap­pellent même ça l’eus­tress, un mé­lange d’eu­pho­rie et de stress très ad­dic­tif.

Mais ce stress jus­ti­fie-t-il que le plus sage des sup­por­teurs passe sa soi­rée à ju­rer contre l’ar­bitre, en dé­pit de tout bon sens ? Evi­dem­ment non, il s’agit là d’un « biais cog­ni­tif » bien connu des spé­cia­listes de la psy­cho­lo­gie du fan, dont Su­san K. Wi­th­bourne, pro­fes­seur à l’uni­ver­si­té du Mas­sa­chu­setts : « Le sup­por­teur voit le match tel qu’il veut qu’il soit, et non tel qu’il est. Tout ce qui va contre son in­tui­tion est ba­layé. Le fac­tuel ne compte plus. » Et la main de Thier­ry Hen­ry contre l’Eire en 2009 non plus.

Un piège psy­cho­lo­gique

Dans le même genre, ex­plique la psy­cho­logue, un sup­por­teur se met ar­bi­trai­re­ment à « haïr » les sup­por­teurs du camp d’en face durant une ren­contre, « alors même qu’il n’y a rien de plus proche, en termes de va­leurs et de style de vie, que deux groupes de sup­por­teurs ». Autre piège dans le­quel tombe fa­ci­le­ment le fan : croire que son com­por­te­ment (zap­per, al­ler aux toi­lettes) in­flue sur le jeu. Une su­per­sti­tion qu’a théo­ri­sée au mi­lieu du siècle der­nier le psy­cho­logue amé­ri­cain Frédéric Skin­ner, en s’aper­ce­vant lors d’une ex­pé­rience que les pi­geons qu’il nour­ris­sait au­to­ma­ti­que­ment toutes les quinze « Y avait pas pé­no ! », « Elle a fran fran­chi la ligne ! » : un vrai fan co conteste toute dé­ci­sion ar­bi­tra ar­bi­trale in­fli­gée à son éq équipe, en dé­pit to­tal du bon sens. Un « biais co­gnit cog­ni­tif » bien connu des psych psy­cho­logues, qui ex­pliq ex­pliquent aus­si pourq pour­quoi on « hait » tant l’ l’ad­ver­saire… alors q qu’il ne nous a rien fa fait. se­condes in­ter­pré­taient cette nour­ri­ture comme la ré­com­pense d’un com­por­te­ment, at­ti­tude qu’ils re­pro­dui­saient donc alors qu’ils n’en avaient pas be­soin. De là à dire que les sup­por­teurs sont des pi­geons…

Dé­jà pro­fon­dé­ment al­té­ré par tous ces biais psy­cho­lo­giques, notre fan peut de­ve­nir car­ré­ment mé­con­nais­sable si son équipe marque un but. Sauts, hur­le­ments, gestes agres­sifs, le voi­là en prise à une li­bé­ra­tion en cas­cade des neu­ro­mé­dia­teurs de la ré­com­pense et du bonheur, et à une ef­fu­sion de joie « ex­trê­me­ment vio­lente et conta­gieuse pour son en­vi­ron­ne­ment », se­lon Jacques Cos­nier, pro­fes­seur en psy­cho­lo­gie des com­mu­ni­ca­tions (lire ci-des­sous).

Un cock­tail par­fois dan­ge­reux

« Dans les mo­ments de fré­né­sie ab­so­lue, ajoute Su­san Wi­th­bourne, le fan ne se consi­dère plus comme res­pon­sable de son com­por­te­ment per­son­nel. » Un cock­tail ex­plo­sif de « de­sin­hi­bi­tion et de dés­in­di­vi­dua­tion », qui se nour­rit de l’abus d’al­cool…

Le coup de sif­flet fi­nal si­gni­fie-t-il un re­tour la nor­male ? Oh que non ! Toutes ces émo­tions laissent des traces pen­dant plu­sieurs heures, voire plu­sieurs jours. En 1998, une étude amé­ri­caine a même mon­tré que le taux de tes­to­sté­rone pou­vait dé­col­ler de 20 % chez les hommes en cas de vic­toire de leur équipe pré­fé­rée ! L’in­verse étant mal­heu­reu­se­ment vrai : si la France perd de­main, face au Por­tu­gal, vous au­rez donc le droit de broyer du noir en dé­but de se­maine, c’est la science qui le dit !

Les psy­cho­logues parlent d’eus­tress, un mé­lange d’eu­pho­rie et de stress très ad­dic­tif.

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