« L’or­ga­nisme a be­soin d’ex­plo­ser »

Jacques Cos­nier,

Aujourd'hui en France - - LA UNE - Propos recueillis par T.D.L’E.

LE PSY­CHO­LOGUE ex­plique les ré­ac­tions des sup­por­teurs devant un match de foot­ball.

A quoi sont liées les ré­ac­tions fré­né­tiques sus­ci­tées par le foot ?

JACQUES COS­NIER. Se le­ver, crier, sau­ter ou le­ver les bras : ce sont des ré­ac­tions de foule ir­ra­tion­nelles, liées à des in­duc­tions de si­mi­li­tudes. Pre­nez un trou­peau. Si l’un des su­jets se met à cou­rir, tous les autres font de même, le groupe en­tier est conta­mi­né. Nous sommes des mam­mi­fères comme les autres, et ce type de ré­ac­tions, to­ta­le­ment gré­gaires, est ins­crit dans notre patrimoine gé­né­tique. Dans un stade, on uti­lise donc notre corps en mi­roir de ce­lui du voi­sin, et cet écho cor­po­rel conta­mine tout le monde.

Ça ex­plique les com­por­te­ments dans les stades, mais pas devant une té­lé…

Mais si. Il y a une par­ti­ci­pa­tion af­fec­tive avec ce qu’on montre à la té­lé­vi­sion. Sans en être conscient, on sait qu’on fait le même geste que tout le monde. De la même ma­nière, une scène co­mique peut dé­clen­cher un rire conta­gieux dans une salle de ci­né­ma et faire rire une seule per­sonne devant sa té­lé.

Est-ce sain ?

D’un point de vue psy­chique, l’or­ga­nisme a par­fois be­soin d’ex­plo­ser. Ce qui est unique ici, c’est que le non-contrôle des émo­tions, so­cia­le­ment in­ac­cep­table dans la vie quo­ti­dienne, est ac­cep­té. A part un nour­ris­son ou un alien, per­sonne ne se­ra cho­qué que vous hur­liez seul devant la té­lé en re­gar­dant le foot, alors que c’est clai­re­ment un com­por­te­ment anor­mal !

A quoi at­tri­buez-vous cette to­lé­rance ?

C’est plus qu’une to­lé­rance, c’est un en­cou­ra­ge­ment ! Les tour­nois comme l’Eu­ro sont une forme de drai­nage so­cia­li­sé de l’agres­si­vi­té la­tente. Des comptes à re­bours en­clen­chés par les mé­dias avant la com­pé­ti­tion à la scé­no­gra­phie dans les stades, tout est fait pour dé­clen­cher ces ré­ac­tions ex­trêmes. Il y a un vé­ri­table bour­rage de crânes, et donc de corps ! L’Eu­ro, c’est presque une idéo­lo­gie !

« Une forme de drai­nage so­cia­li­sé de l’agres­si­vi­té »

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