« Un phé­no­mène de mys­ti­fi­ca­tion des origines »

El Ya­mine Soum,

Aujourd'hui en France - - LA UNE - Propos recueillis par S.D.M.

AU­TEUR de l’ou­vrage « la France que nous vou­lons », ce so­cio­logue n’est guère sur­pris de voir au­tant de Fran­çais d’ori­gine por­tu­gaise sou­te­nir le pays de leurs pa­rents plu­tôt que les Bleus. Pour­quoi ces Fran­çais d’ori­gine por­tu­gaise pré­fèrent la Se­lec­çao à l’équipe de France ? EL YA­MINE SOUM. C’est un phé­no­mène as­sez clas­sique de mys­ti­fi­ca­tion des origines. Ce­la ne si­gni­fie pas qu’ils n’aiment pas la France ou qu’ils ne se sentent pas fran­çais. Il ne faut pas op­po­ser les iden­ti­tés. La France et le Por­tu­gal font par­tie de ce qu’ils sont. Spor­ti­ve­ment par­lant, cer­tains se­ront dé­chi­rés di- Je pré­fère par­ler d’es­prit com­mu­nau­taire, qui est d’abord une pré­oc­cu­pa­tion des pre­mières gé­né­ra­tions pour que leur cul­ture ne se perde pas, un en­jeu de trans­mis­sion. D’ailleurs, le Por­tu­gal est une vraie na­tion de foot­ball. Ces gens-là ont sû­re­ment été ini­tiés, so­cia­li­sés au bal­lon par leur père, leurs oncles, leurs cou- Cer­tains Fran­çais peuvent en être sur­pris. « Ah bon, tu es né en France mais tu ne sou­tiens pas les Bleus ? Tu n’aimes pas la France, alors. » Il y a sou­vent des ques­tions ou des re­marques de ce genre. Le reste de l’an­née, cet at­ta­che­ment n’est pas mis en avant. C’est lors d’un tour­noi comme ce­lui-là qu’on voit les dra­peaux, la pré­fé­rence d’un tel. Si c’est par­fois mal com­pris, c’est aus­si parce que les Etats-na­tions figent les iden­ti­tés. En­core plus dans le mo­dèle fran­çais d’as­si­mi­la­tion où c’est une langue, une na­tion, une cul­ture. Or, les iden­ti­tés évo­luent, se mé­langent. On est fran­çais et por­tu­gais. On peut sou­te­nir les Bleus ou la Se­lec­çao.

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