Les Lon­do­niens craignent pour leur porte-mon­naie

BREXIT. Après le vote des Bri­tan­niques en fa­veur d’une sor­tie de l’Union eu­ro­péenne, la confiance des consom­ma­teurs est en chute outre-Manche.

Aujourd'hui en France - - ÉCONOMIE - Londres (Royaume-Uni) De notre cor­res­pon­dante Ch­ris, pa­tron d’un ma­ga­sin de gui­tares AN­NA ROCHE

BRAS DES­SUS BRAS DES­SOUS sur Ox­ford Street, l’une des ar­tères les plus com­mer­çantes de Londres (Royaume-Uni), El­sa et Iz­zy, 16 ans, font tran­quille­ment leur shop­ping. Ne leur par­lez pas de Brexit, elles le dé­testent. Mais, trois sacs cha­cune à la main, elles n’ont pas re­mar­qué d’aug­men­ta­tion dans les prix des vê­te­ments. « On en a en­ten­du par­ler, mais je ne pense pas que les prix vont chan­ger », dit El­sa, im­mé­dia­te­ment contre­dite par Iz­zy. « Ça va aug­men­ter d’un coup. Tout, l’ali­men­taire aus­si. »

Un peu plus loin, dans une rue ré­si­den­tielle, Jane, 62 ans, vient juste de faire ses courses : « Pas de chan­ge­ment pour l’ins­tant, mais j’ai peur de ce que l’ave­nir nous ré­serve. Je n’ai pas vo­té pour le Brexit, pour­tant il faut bien faire avec. »

« Avec la livre qui s’ef­fondre face au dol­lar no­tam­ment, les prix des im­por­ta­tions ex­plosent »

Jane fait preuve d’un flegme tout bri­tan­nique, mais comme elle et Iz­zy, 60 % des ha­bi­tants du Royaume-Uni s’at­tendent à ce que l’économie na­tio­nale se dé­té­riore dans les douze pro­chains mois. Se­lon l’ins­ti­tut d’études GfK, l’in­dice de confiance des consom­ma­teurs an­glais a chu­té de 21 points entre le 30 juin et le 5 juillet, pas­sant de 8 à - 9. Du ja­mais­vu de­puis dé­cembre 1994.

Avant le vote, la campagne du « re­main » (main­tien dans l’UE) avait pré­dit qu’une sor­tie coû­te­rait 850 £ par an à chaque foyer (près de 1 000 €). Les spé­cia­listes s’ac­cordent au­jourd’hui pour dire qu’à court terme, l’aug­men­ta­tion des prix des pro­duits de première né­ces­si­té est qua­si in­évi­table.

Cer­tains sec­teurs liés aux loi­sirs sont dé­jà tou­chés de plein fouet. C’est le cas no­tam­ment sur Den­mark Street, le quar­tier des mu­si­ciens, au coeur de So­ho. De­puis le 24 juin, les com­mer­çants ont l’im­pres­sion de « vivre un cau­che­mar », se­lon les mots de Ch­ris Ben, le pro­prié­taire de la bou­tique Regent Sounds, spé­cia­li­sée dans la vente de gui­tares. « La plu­part des fa­bri­cants sont amé­ri­cains et ja­po­nais. Avec la livre qui s’ef­fondre face au dol­lar no­tam­ment, les prix des im­por­ta­tions ex­plosent. Nous écou­lons les stocks ache­tés avant le vote, mais nous sommes bien­tôt au bout. Trois marques ont dé­jà aug­men­té leur prix de 20 à 25 %. Je vais bien­tôt re­voir tous mes prix à la hausse. »

Ch­ris af­firme avoir dé­jà dû li­cen­cier l’un de ses em­ployés et compte en lais­ser par­tir deux autres pro­chai­ne­ment. « J’ai peur de perdre mon com­merce. Dans le mi­lieu, nous fai­sons dé­jà des marges très basses. Je ne peux pas les bais­ser en­core plus. Alors les gens vont moins acheter. » Devant la vi­trine, Nick, 60 ans, re­gar- de les acous­tiques. C’est un mu­si­cien ama­teur mais il a ré­cem­ment dé­ci­dé de s’of­frir une nou­velle gui­tare, une amé­ri­caine. « Je vais de­voir me dé­pê­cher… ou cher­cher une autre marque. » Nick ne se dé­ci­de­ra pas avant ses va­cances. Il part avec sa fa­mille en Es­pagne et vient juste de chan­ger des livres en eu­ros, « avant que le taux ne baisse en­core plus, mais j’au­rais dû m’en pré­oc­cu­per avant ». Il ne compte pas pri­ver son épouse et ses en­fants de res­tau­rant, alors il ver­ra au re­tour s’il a tou­jours les moyens pour une nou­velle gui­tare.

Londres (Royaume-Uni). L’après-Brexit ne se fait pas en­core sen­tir sur les prix à la consom­ma­tion dans la ca­pi­tale bri­tan­nique. Ce­pen­dant, 60 % des ha­bi­tants du pays s’at­tendent à une dé­té­rio­ra­tion de l’économie na­tio­nale dans l’an­née à ve­nir.

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