J’ha­bite Tré­con, et alors…

IN­SO­LITE. Ce vil­lage de la Marne re­joint ce week-end le Grou­pe­ment des com­munes aux noms bur­lesques. Une ini­tia­tive pleine d’au­to­dé­ri­sion moins lou­foque qu’il n’y pa­raît.

Aujourd'hui en France - - SOCIÉTÉ - Ro­ger, Tré­con­nier de 82 ans VINCENT MONGAILLARD

GEORGES LEHERLE n’en est pas peu fier. « En tant que maire de Tré­con, je me fais tou­jours un plai­sir de dire à mes in­ter­lo­cu­teurs où j’ha­bite, je ne m’en cache pas. Vous sa­vez, mal­gré le nom de notre vil­lage, on n’est pas plus cons que les autres ! » s’es­claffe cet agri­cul­teur à la re­traite. Au coeur de la Marne, sa bour­gade riche de 76 âmes et d’une église, qui flirte avec une voi­sine bap­ti­sée Ber­gères- l ès- Ver­tus, s’ap­prête à de­ve­nir la 39e adhé­rente du Grou­pe­ment des com­munes aux noms bur­lesques. Elle re­joint ain­si ses cou­sines Sim­plé et An­douillé qui, toutes deux, amusent la ga­le­rie en Mayenne. La drôle d’as­so­cia­tion tient ce week-end sa 14e ren­contre an­nuelle dans la bien nom­mée Ma­rans, pe­tite ville de Charente-Maritime.

Georges Leherle, l’édile de Tré­con, juge l’idée pas bête. C’est son pré­dé­ces­seur, au­jourd’hui dé­cé­dé, qui a dé­ci­dé de s’as­so­cier à cette aven­ture pleine d’au­to­dé­ri­sion, mais lui aus­si est prêt à jouer le jeu. « Quand j’al­lais à l’école à Reims et que devant le pro­fes­seur, il fal­lait dé­rou­ler son CV, ex­pli­quer d’où on ve­nait, j’étais un peu vexé par la ré­ac­tion des autres. Mais de­puis, je suis vac­ci­né. On se plaît ici. Même ma femme qui ju­rait avant de me connaître qu’elle ha­bi­te­rait ja­mais dans un vil­lage pa­reil, elle y est bien ar­ri­vée », sa­voure ce Tré­con­nier de père en fils. Dans les mai­sons de ce « pe­tit bled », Tré­con n’a pas tou­jours fait rire. « Après la guerre, cer­tains ont vou­lu chan­ger de nom mais, fi­na­le­ment, c’était trop com­pli­qué » , se s ou­vient Ro­ger, 82 ans, un « pur » en­fant du pays qui a épou­sé une na­tive de Fer­rière-etL a f o l i e ( Haut e - Marne). Avec le temps, la com­mune a fi­ni par af­fi­cher son iden­ti­té sans com­plexes, de­ve­nant même très at­trac­tive. « On n’ar­rête pas de nous pi­quer nos pan­neaux, même ceux sur les axes rou­tiers. Je viens d’en rem­pla­cer deux », peste mon­sieur le maire. Elle ne sé­duit pas que les vo­leurs de

pan­cartes de si­gna­li- sa­tion. Elle ac­cueille de nou­veaux ha­bi­tants. « Il y a une mai­son qui se construit en ce mo­ment pour des jeunes d’un vil­lage voi­sin. Les gens n’ont pas peur de s’ins­tal­ler à Tré­con », pour­suit-il. Mais d’où vient cette ap­pel­la­tion ? « On dit qu’un beau jour, trois gars du coin sont al­lés à la pré­fec­ture dé­cla­rer la nais­sance de leur vil­lage. Et quand ils se sont pré­sen­tés, on leur a lan­cé : Tiens, v’là les trois cons », blague Ro­ger. Tré­con doit, en fait, son exis­tence à sa to­po­ny­mie. « C’est is­su de trois coins, puis­qu’il y a trois ma­me­lons, trois pe­tites col­lines qui dé­li­mitent le vil­lage », dé­crypte Pa­trick Las­seube, pré­sident-fon­da­teur du Grou­pe­ment des com­munes aux noms bur­lesques. Il s’est in­vi­té l’an der­nier à Tré­con. « On m’a dit sur place en ri­go­lant : On n’a pas de chance, on est vrai­ment cons, on est en­tou­rés de grands crus de cham­pagne mais nous, on fait des cé­réales et des bet­te­raves ! »

« Après la guerre, cer­tains ont vou­lu chan­ger de nom, mais, fi­na­le­ment, c’était trop com­pli­qué »

La com­mune de Tré­con, peu­plée de 76 ha­bi­tants, tient son nom des trois col­lines qui en­tourent le vil­lage.

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