« Ça va dis­cré­di­ter les mou­ve­ments an­ti­ra­cistes »

Paul Schor,

Aujourd'hui en France - - FAITS DIVERS - Propos recueillis par ZAH­RA BOUTLELIS

CE SPÉ­CIA­LISTE des Etats-Unis, est maître de con­fé­rences à l’uni­ver­si­té Pa­ris-Di­de­rot. Que vous ins­pire cette tra­gé­die de Dal­las ? PAUL SCHOR. Cette tue­rie de po­li­ciers va for­cé­ment brouiller la si­tua­tion, ce­la va dis­cré­di­ter les mou­ve­ments an­ti­ra­cistes qui dé­noncent les vio­lences po­li­cières aux Etats-Unis. Hier, le pré­sident Oba­ma avait com­men­cé à cri­ti­quer le com­por­te­ment de la po­lice avec les hommes noirs, mais dans le contexte ac­tuel il se­ra beau­coup plus dif­fi­cile d’ac­cu­ser la po­lice puis­qu’ils sont vic­times à Dal­las. Le mes­sage consis­tant à dire que les po­li­ciers as­sas­sinent les Noirs va être in­au­dible pen­dant un mo­ment. Pour­quoi des ten­sions ra­ciales per­durent-elles plus d’un de­mi­siècle après la lutte pour les droits ci­viques ? Il y a une « tra­di­tion » qui re­monte à la pé­riode de l’es­cla­vage. Les forces de l’ordre ont, de­puis cette époque, pu tuer des Noirs sans que ça puisse avoir les mêmes consé­quences que la mort de Blancs. L’idée que la vie des Noirs vaut moins que celles des Blancs est quelque chose de pro­fon­dé­ment an­cré dans la cul­ture de beau­coup d’Amé­ri­cains, c’est d’ailleurs le constat du mou­ve­ment Black Lives Mat­ter. Il ne suf­fi­ra pas de quelques me­sures po­li­tiques ou de pro­cès de po­li­ciers pour la trans­for­mer, ça pren­dra beau­coup de temps. Que fait l’Etat amé­ri­cain pour lut­ter contre le ra­cisme au sein de la po­lice ? Des ef­forts ont été faits, no­tam- ment de­puis l’af­faire Fer­gu­son (NDLR : la mort d’un ado­les­cent noir abat­tu en 2014 par un po­li­cier blanc avait dé­clen­ché des ma­ni­fes­ta­tions et des émeutes). Leur mise en oeuvre est longue et com­pli­quée. Le gou­ver­ne­ment fé­dé­ral, à tra­vers le mi­nis­tère de la Jus­tice, n’a pas d’au­to­ri­té di­recte sur les ser­vices de po­lice qui sont dé­cen­tra­li­sés. Il peut leur sug­gé­rer mais pas leur im­po­ser des cam­pagnes de sen­si­bi­li­sa­tion sur l e su­jet. De­puis les an­nées 1960, on re­com­mande par exemple de re­cru­ter des chefs de po­lice noirs (NDLR : comme c’est le cas à Dal­las), mais vi­si­ble­ment, ça ne suf­fit pas à ré­gler le pro­blème. Existe-t-il un pro­fil type de per­sonnes tuées par la po­lice ? Il n’y a pas que des Noirs qui sont vic­times mais ils sont sur­re­pré­sen­tés dans les sta­tis­tiques. De plus, le fait d’être noir, is­su de la classe moyenne, avec un cer­tain nombre de pri­vi­lèges so­ciaux ne di­mi­nue pas né­ces­sai­re­ment le risque d’être tué par la po­lice. Quel im­pact peut avoir cette tue­rie sur la campagne élec­to­rale ? Ça ne chan­ge­ra rien. Les per­sonnes sou­hai­tant que l’on ren­force les moyens de la po­lice vo­te­ront Do­nald Trump. Ceux qui iden­ti­fient au contraire un ra­cisme au sein des forces de l’ordre don­ne­ront leur voix à Hillary Clinton. Très peu chan­ge­ront d’opi­nion.

« Des ef­forts ont été faits, no­tam­ment de­puis l’af­faire Fer­gu­son »

CHRO­NO­LO­GIE Ces ba­vures contre les Noirs qui em­brasent l’Amé­rique Fu­sillade à Dal­las, cinq po­li­ciers tués le­pa­ri­sien.fr

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