Ça se corse pour le re­pen­ti

JUS­TICE. Pa­trick Gio­van­no­ni, le pre­mier re­pen­ti à la fran­çaise, a ac­cu­sé un autre Corse, An­dré Bac­chio­lel­li, dans un dossier cri­mi­nel. Or, ce der­nier a été li­bé­ré dé­but juillet…

Aujourd'hui en France - - FAITS DIVERS - STÉ­PHANE SEL­LA­MI

C’EST SANS DOUTE une première dans les an­nales ju­di­ciaires. An­dré Bac­chio­lel­li, 48 ans, membre pré­su­mé du gang le plus re­dou­table de Corse-du-Sud, a été remis en li­ber­té pour… la troi­sième fois, le 2 juillet. Une dé­ci­sion prise par un juge des li­ber­tés et de la dé­ten­tion (JLD) qui a es­ti­mé qu’il n’était pas né­ces­saire de re­nou­ve­ler sa dé­ten­tion pro­vi­soire dans le cadre d’une ten­ta­tive d’as­sas­si­nat, com­mise le 1er sep­tembre 2012, sur Charles Cer­vo­ni, pa­tron de la bu­vette du club de foot de l’AC Ajac­cio, proche de son ex-pré­sident, Alain Or­so­ni. In­for­mé de sa li­bé­ra­tion, le par­quet de Mar­seille a fait aus­si­tôt ap­pel et An­dré Bac­chio­lel­li doit dé­sormais se pré­sen­ter devant la chambre de l’ins­truc­tion d’Aix-en-Pro­vence, le 12 juillet, afin de sa­voir s’il se­ra ré­in­car­cé­ré une nou­velle fois.

Pla­cé en dé­ten­tion une première fois, en avril 2013, après avoir été mis en exa­men dans l’af­faire de l’as­sas­si­nat (jointe au dossier Cer­vo­ni), le 16 oc­tobre 2012, de Me An­toine Sol­la­ca­ro, le bâ­ton­nier d’Ajac­cio, An­dré Bac­chio­lel­li avait été li­bé­ré après l’an­nu­la­tion, en juillet 2014, d’une par­tie des pour­suites dont il fai­sait l’ob­jet.

Mais les sou­daines dé­cla­ra­tions d’un ex-proche de la bande du Pe­tit Bar, à la­quelle An­dré Bac­chio­lel­li est af f i l i é, en mars 2015 l’ont ra­me­né der­rière les bar­reaux. Pa­trick Gio­van­no­ni, pre­mier re­pen­ti bé­né­fi­ciaire du pro­gramme de pro­tec­tion des témoins à la fran­çaise, a re­la­té à la jus­tice avoir re­cueilli les confi­dences d’An­dré Bac­chio­lel­li. Ce der­nier lui au­rait confié avoir par­ti­ci­pé à la ten­ta­tive de meurtre contre Charles Cer­vo­ni mais avoir lou­pé son coup après s’être trop ap­pro­ché de la voi­ture de la vic­time, alors qu’il se trou­vait sur une mo­to avec un com­plice. A l’époque, in­ter­ro­gé sur l’arme uti­li­sée au cours des faits, le re­pen­ti avait in­di­qué ne pas en avoir eu connaissance, avant d’af­fir­mer, six mois plus tard, se sou­ve­nir que le ti­reur avait uti­li­sé « un fu­sil d’as­saut Ka­lach­ni­kov ». Cette pré­ci­sion « tar­dive » a aus­si­tôt en­traî­né une plainte pour « faux té­moi­gnage » dé­po­sée par Me Em­ma­nuel Mar­si­gny, l’avo­cat d’An­dré Bac­chio­lel­li. Elle est ac­tuel­le­ment ins­truite par un juge d’ins­truc­tion du tri­bu­nal de Nan­terre (Hauts-de-Seine).

« Les vé­ri­fi­ca­tions en­tre­prises ont contre­dit les dé­cla­ra­tions faites par ce re­pen­ti, sou­tient le dé­fen­seur d’An­dré Bac­chio­lel­li. Il a no­tam­ment ex­pli­qué que mon client lui avait as- suré avoir aban­don­né l’arme ayant ser­vi lors de la ten­ta­tive d’as­sas­si­nat contre Charles Cer­vo­ni, dans une voi­ture qui a en­suite été in­cen­diée. Or, trois voi­tures ont été brû­lées le soir des faits à Ajac­cio. Au­cune car­casse d’arme n’y a été re­trou­vée ! »

« Comment peut-on croire que j’ai fait des confi­dences aus­si graves à Pa­trick Gio­van­no­ni, sans que je ne lui four­nisse de plus amples détails ou sans qu’il ne m’en de­mande ? » confie, in­ter­ro­ga­teur, An­dré Bac­chio­lel­li.

« Dans cette af­faire, nous sommes face à une thèse po­li­cière re­prise sans au­cun contrôle par la ju­ri­dic­tion in­ter­ré­gio­nale spé­cia­li­sée (JIRS) de Mar­seille, dé­nonce en­core Me Mar­si­gny. Cette ju­ri­dic­tion s’en­tête à faire te­nir un dossier qui re­pose sur les seules dé­cla­ra­tions d’un re­pen­ti qui a men­ti. Pen­dant ce temps, les as­sas­sins de Me An­toine Sol­la­ca­ro courent tou­jours ».

Une plainte pour faux té­moi­gnage après une pré­ci­sion tar­dive sur l’arme uti­li­sée

Ajac­cio (Corse-du-Sud), le 1er sep­tembre 2012. Pa­trick Gio­van­no­ni af­firme qu’An­dré Bac­chio­lel­li lui a avoué avoir par­ti­ci­pé à la ten­ta­tive de meurtre de Charles Cer­vo­ni, pa­tron de la bu­vette de l’AC Ajac­cio. Bac­chio­lel­li conteste avoir fait ces confi­dences.

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