A 100 à l’heure avec l’équipe Sky

Aujourd'hui en France - - SPORTS - Ba­gnères-de-Bi­gorre (Hautes-Py­ré­nées) De l’un de nos en­voyés spé­ciaux OLI­VIER FRAN­ÇOIS

« GOOD JOB, GUYS, ve­ry good job ! » (Bon tra­vail, les gars, très bon tra­vail !). A l’ap­proche du sommet du col d’As­pin, Ni­co­las Por­tal, le jeune di­rec­teur spor­tif en chef de l’équipe Sky, fé­li­cite dé­jà ses cou­reurs par ra­dio. Il s’adresse en­suite à Ch­ris Froome et à ses équi­piers qui em­mènent un pe­lo­ton ré­duit : « Au mieux, vous se­rez sixième, il n’y au­ra pas de bo­ni­fi­ca­tions, alors, pas la peine de prendre des risques. »

Puis il ap­puie d’un coup sur l’ac­cé­lé­ra­teur, double Thi­baut Pi­not qui avance tête basse et bas­cule dans la des­cente si­nueuse vers le lac de Payolle. Le comp­teur s’af­fole, dé­passe les 100 km/h, les pneus crissent dans les vi­rages et la Ford Mon­deo dé­vale de la­cet en la­cet jus­qu’à l’ar­ri­vée en se fau­fi­lant au mi­lieu des at­tar­dés.

« Ouf ! Ça s ’ est bien pas­sé au­jourd’hui, à peu près comme on l’avait pré­vu ce ma­tin lors du brie­fing. » Ni­co­las Por­tal est sou­la­gé. A 37 ans, c’est lui qui im­prime la tac­tique de l’équipe et prend les dé­ci­sions sur le par­cours. C’est sur­tout l’homme qui mur­mure à l’oreille de Froome. « Dave Brails­ford (NDLR : le ma­na­geur) me fait confiance et me laisse libre de mes choix, mais on ver­ra bien ce qui ar­ri­ve­ra si je fais une er­reur, sou­rit-il au mo­ment de re­joindre ses protégés dans le bus. Main­te­nant, on va dis­cu­ter tran­quille­ment pour dé­com­pres­ser. On ne par­le­ra de la course que plus tard. Nous avons tous be­soin d’éva­cuer le stress. »

Hier, sa jour­née n’a pas été de tout re­pos, en ef­fet. Loin de là. L’an­cien cou­reur d’AG2R, de Caisse d’épargne puis de Sky, re­con­ver­ti di­rec­teur spor­tif à par­tir de 2011, n’a même pas eu le temps d’ava­ler un sand­wich. A 13 heures, lors du dé­part de cette 7e étape à Bla­gnac (Haute-Ga­ronne), il em­brasse sa ma­man, ve­nue en voi­sine — il est né à Auch, dans le Gers — et em­barque dans le vé­hi­cule avec son mé­ca­ni­cien.

Les vé­los de re­change sont fixés sur le toit, cinq roues sont en­tas­sées sur la ban­quette ar­rière, un pro­fil du par­cours est scot­ché sur son vo­lant, ain­si qu’une carte truf­fée d’an­no­ta­tions juste à côté. Il y a aus­si une pe­tite té­lé et deux ra­dios, l’une in­terne à l’équipe, l’autre dif­fu­sant les in­for­ma­tions de la di­rec­tion du Tour. Ni­co­las Por­tal s’ex­prime tou­jours en an­glais : « Vous êtes prêts les gar­çons ? Bonne chance pour cette jour­née. »

Froome, lui, a pas­sé une jour­née tran­quille

Le bal­let ne met pas long­temps à dé­mar­rer. D’un coup, l’équi­page se re­trouve plon­gé dans une co­cotte-mi­nute. Le temps s’ac­cé­lère. Le di­rec­teur spor­tif jongle avec les ra­dios, sur­veille la route, ra­vi­taille ses cou­reurs, sla­lome au sein du convoi. Tou­jours en mou­ve­ment, il n’ar­rête pas de com­mu­ni­quer avec ses cou­reurs et ses ad­joints. Et quand Ni­ba­li s’échappe, à 14 h 20, c’est le branle-bas de com­bat. « On ne sait ja­mais avec lui, on ne peut pas le lais­ser prendre le large », confie-t-il avant de s’adres­ser à ses hommes : « Si vous pou­vez, re­pre­nez-le, mais ne vous tuez pas pour ça. Ch­ris, tu peux dire à Val­verde qu’on va en­ta­mer la pour­suite mais qu’il se­rait bon que Mo­vis­tar col­la­bore. »

Devant l’in­ac­tion du clan ri­val, Por­tal in­ter­pelle son ho­mo­logue par la por­tière de sa voi­ture tout en rou­lant et la dis­cus­sion s’en­gage en es­pa­gnol. « On rou­le­ra à bloc plus tard », avance Jo­sé Luis Ar­rie­ta. « Mais on va cra­mer tout le monde et les deux pro­chaines étapes sont en­core plus dures, il vaut mieux as­su­rer un bon tem­po et em­pê­cher Ni­ba­li de prendre plus de 4 ou 5 mi­nutes au pied d’As­pin », ré­torque Por­tal. « Je vais voir, je vais en par­ler à Quin­ta­na », ré­pond l’autre.

Trois mi­nutes plus tard, Mo­vis­tar se place en tête du pe­lo­ton et Sky em­braie. Même ap­proche au­près d’Yvon Ma­diot, le di­rec­teur spor­tif de la FDJ. « Je ne sais pas, hé­site ce der­nier. A chaque fois qu’on s’ap­proche de la tête, on se fait je­ter à coup d’épaule ! » « Mais sui­vez-nous, on va vous pro­té­ger », lance Por­tal. Yvon Ma­diot fait la moue. La FDJ ne compte pas bou­ger pour le mo­ment.

« Ce n’est pas un bon cal­cul », peste Por­tal qui ap­pelle Froome dans la fou­lée : « Ch­ris, c’est bon comme ça, on conti­nue avec Mo­vis­tar. » Le lea­deur de Sky n’a pas sou­vent par­lé. Il a juste don­né quelques ren­sei­gne­ments de l’in­té­rieur du pe­lo­ton et de­man­dé des bi­dons. Il a pas­sé une jour­née tran­quille, lui.

Entre L’Isle-Jour­dain et le lac de Payolle, hier. Le di­rec­teur spor­tif de la Sky, le Fran­çais Ni­co­las Por­tal (au pre­mier plan) a sui­vi ses pou­lains tam­bour bat­tant pen­dant toute l’étape.

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