La no­mi­na­tion qui choque

UNION EU­RO­PÉENNE. Seu­le­ment deux se­maines après le Brexit, Gold­man Sachs, la banque d’af­faires amé­ri­caine, en­gage l’an­cien pré­sident de la Com­mis­sion eu­ro­péenne Jo­sé Ma­nuel Bar­ro­so pour la conseiller.

Aujourd'hui en France - - AC­TUA­LI­TÉ - SÉ­BAS­TIEN LER­NOULD ET HEN­RI VER­NET

UNE NO­MI­NA­TION cho­quante et qui ne pou­vait pas plus mal tom­ber pour une Eu­rope en proie à l’« eu­ro­ba­shing » après le Brexit. L’an­cien pré­sident de la Com­mis­sion eu­ro­péenne (2004-2014), le Por­tu­gais Jo­sé Ma­nuel Bar­ro­so, 60 ans, vient d’être nom­mé pré­sident non exé­cu­tif de Gold­man Sachs In­ter­na­tio­nal et par ailleurs conseiller de cette banque amé­ri­caine, deux se­maines seu­le­ment après le yes du peuple bri­tan­nique pour sor­tir de l’Union eu­ro­péenne (UE). En clair, l’homme qui a in­car­né l’ins­ti­tu­tion pen­dant dix ans de­vient su­per­lob­byiste au pro­fit du plus in­fluent éta­blis­se­ment fi­nan­cier mon­dial.

Rap­pe­lez-vous, Gold­man Sachs, c’est une des banques à l’ori­gine de la crise des sub­primes en 2007 qui dé­clen­cha en­suite la plus grave crise éco­no­mique mon­diale de­puis 1929. C’est aus­si elle qui est ac­cu­sée d’avoir, au dé­but des an­nées 2000, ai­dé la Grèce à ma­quiller ses comptes pour ré­pondre aux exi­gences de la zone eu­ro. Avant, pire, de spé­cu­ler contre la dette grecque, ac­cé­lé­rant ain­si la crise qui man­qua de pro­vo­quer la faillite du pays et le Grexit.

Pas de Grexit fi­na­le­ment mais un Brexit et un nou­veau sym­bole dé­sas­treux pour l’image de l’Eu­rope. Don­nant du grain à moudre à tous ceux qui dé­noncent la col­lu­sion entre les « tech­no­crates de Bruxelles » et un monde de la fi­nance qui se­rait le réel dé­ten­teur du pou­voir.

Mais que va faire Bar­ro­so chez Gold­man Sachs ? Tout sim­ple­ment dé­fendre les in­té­rêts de la banque d’af­faires (5 Mds€ de bé­né­fices en 2015), au mo­ment où ses ac­ti­vi­tés en Eu­rope sont me­na­cées. Im­plan­tée à Londres, elle était jus­qu’ici idéa­le­ment pla­cée pour vendre ses ser­vices dans toute l’Eu­rope. Or, avec le Brexit, c’est-à-dire la mise à l’écart de la Ci­ty, tout est re­mis en ques­tion. « Evi­dem­ment je connais bien l’UE, glisse sans pu­deur Bar­ro­so au Fi­nan­cial Times. Si mes conseils peuvent être utiles dans ces cir­cons­tances je suis prêt à ai­der, bien sûr. »

Re­pé­rer, re­cru­ter et uti­li­ser les cer­veaux à la fois brillants et les mieux pla­cés dans les rouages gou­ver­ne­men­taux et com­mu­nau­taires est, de­puis tou­jours, au coeur de la stra­té­gie de la Firme, comme est sur­nom­mé Gold­man Sachs (voir in­fo­gra­phie ci­des­sus).

L’ex-pré­sident de la Com­mis­sion de Bruxelles (et an­cien Pre­mier mi­nistre por­tu­gais) ne va-t-il pas ré­cu­pé­rer un fau­teuil oc­cu­pé pen­dant des an­nées par… un autre ex-com­mis­saire eu­ro­péen, l’Ir­lan­dais Pe­ter Su­ther­land ? Quant au puis­sant pa­tron de la Banque cen­trale eu­ro­péenne (la BCE à Franc­fort), Ma­rio Dra­ghi, il traîne comme un bou­let son pas­sé au som­met de Gold­man Pré­sident de la Banque cen­trale eu­ro­péenne (BCE) de­puis 2011, an­cien vice-pré­sident de Gold­man Sachs Eu­rope (2002-2005). An­cien pré­sident du Con­seil ita­lien (2011-2013), an­cien conseiller in­ter­na­tio­nal de Gold­man Sachs (2005-2011). An­cien chef éco­no­miste de la BCE (1998-2006), conseiller de Gold­man Sachs de­puis 2006. Sachs Eu­rope entre 2002 et 2005. Pour­tant, pas vrai­ment de tol­lé en France à cette an­nonce. Juste quelques ré­ac­tions vio­lem­ment an­tiBar­ro­so, de Ma­rine Le Pen aux eu­ro­dé­pu­tés PS en pas­sant par le se­cré­taire d’Etat au Com­merce Mat­thias Fekl qui ose sur Twit­ter : « Des­ser­vir les ci­toyens, se ser­vir chez Gol­damn Sachs : Bar­ro­so, re­pré­sen­tant in­dé­cent d’une vieille Eu­rope que notre gé­né­ra­tion va chan­ger » !

Pas si sûr que ça change vite. Pour An­cien com­mis­saire eu­ro­péen (1985-1989), an­cien pré­sident non exé­cu­tif de Gold­man Sachs In­ter­na­tio­nal (1995-2005). An­cien di­rec­teur gé­né­ral ad­joint de la Banque cen­trale grecque (2012-2015), an­cien tra­deur chez Gold­man Sachs.

Pas de grand tol­lé en France

im­mo­ral qu’il pa­raisse, ce pan­tou­flage de Bar­ro­so n’en est pas moins lé­gal : plus de dix-huit mois après la fin de leur man­dat, les an­ciens com­mis­saires n’ont au­cun compte à rendre à Bruxelles, rap­pelle l’ins­ti­tu­tion. Un pro­blème qui semble plus urgent à ré­gler qu’er­go­ter sur les normes des bouilloires ou des pom­meaux de douche… @S_Ler­nould @Hen­riVer­net

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