Un drame qui reste en par­tie in­dé­chif­frable

Aujourd'hui en France - - ACTUALITÉ - THI­BAULT RAISSE (AVEC GEOF­FROY TOMASOVITCH)

TROIS ANS d’en­quête, des mil­liers de pages d’au­di­tions et d’ex­per­tises… Et, pour­tant, la vé­ri­té pa­raît en­core loin. La mort de Clé­ment Méric, jeune mi­li­tant an­ti­fas­ciste, lors d’une rixe au coeur de Pa­ris le 5 juin 2013, avait pro­vo­qué un séisme mé­dia­tique et po­li­tique. L’étu­diant de 18 ans avait suc­com­bé après avoir re­çu une sé­rie de coups de poing pen­dant une ba­garre éclair de sept se­condes l’op­po­sant à des ac­ti­vistes d’ex­trême droite en marge d’une vente pri­vée de vê­te­ments.

Le par­quet de Pa­ris vient de re­qué­rir le ren­voi de­vant la cour d’as­sises de deux de ses agres­seurs pour « vio­lences ayant en­traî­né la mort sans in­ten­tion de la don­ner », sans pour au­tant le­ver tous les mys­tères qui en­tourent le drame.

Ve­nus faire du shop­ping en cette fin d’après-mi­di, Clé­ment Méric et trois amis croisent trois skin­heads — bien­tôt re­joints par un qua­trième — dans un ap­par­te­ment du quar­tier Havre-Cau­mar­tin (IXe) trans­for­mé en bou­tique éphé­mère. Les deux groupes aux convic­tions an­ta­go­nistes se re­pèrent, se toi- sent, puis en viennent aux mains une fois à l’ex­té­rieur. Deux coups de poing vio­lents au moins at­teignent au vi­sage Clé­ment Méric, qui s’ef­fondre au sol.

Les agres­seurs prennent la fuite. Le jeune homme, à la san­té fra­gile, était en phase de ré­mis­sion d’une leu­cé­mie. Les se­cours diag­nos­tiquent un oe­dème cé­ré­bral. Pla­cé en co­ma ar­ti­fi­ciel pen­dant qua­torze heures, il suc­combe fi­na­le­ment à ses bles­sures. Dès le len­de­main, les deux prin­ci­paux as­saillants, sans pas­sé ju­di­ciaire, se rendent à la po­lice.

Es­te­ban Mo­rillo, un agent de sé­cu­ri­té de 20 ans, re­con­naît avoir por­té deux coups à mains nues. Sa­muel Du­four, un ap­pren­ti bou­lan­ger du même âge, ad­met sa par­ti­ci­pa­tion à la ba­garre mais nie avoir frap­pé. Tous deux disent avoir été pro­vo­qués par l’étu­diant de Sciences-po et ses amis, qui leur au­raient lan­cé : « N’ache­tez rien, vous al­lez de­voir cou­rir ! » Les en­quê­teurs veulent vé­ri­fier ce scé­na­rio et en­tendent des di­zaines de té­moins : vi­giles, ven­deurs, pas­sants… Pro­blème : les ver­sions di- vergent. Si cer­tains as­surent que les an­ti­fas­cistes ont dé­clen­ché les hos­ti­li­tés, d’autres chargent les iden­ti­taires.

Pour le par­quet, c’est l’ori­gine de la mort de Clé­ment Méric qui im­porte. Plu­sieurs té­moins contre­dis ent Sa­muel Du­four et j urent l’avoir vu lui aus­si por­ter un coup de poing, cer­tains l’ayant même aper­çu uti­li­ser un poing amé­ri­cain. Le sus­pect conteste, mais un de ses tex­tos le tra­hit : « J’ai frap­pé avec ton poing amé­ri­cain », écrit-il à un ami après les faits. Sur­tout, qui a por­té le coup fa­tal et com­ment ? Les mé­de­cins lé­gistes sont di­vi­sés. Deux, peut-être trois coups ont été por­tés au vi­sage. L’uti­li­sa­tion d’un poing amé­ri­cain est plau­sible sans être sûre. La mort a pu être cau­sée par l’un des coups comme par la chute au sol.

In­ca­pable de tran­cher, le par­quet pré­co­nise le ren­voi des deux agres­seurs. Si le juge d’ins­truc­tion suit ces ré­qui­si­tions, les deux fut urs ac­cu­sés en­cour­ront quinze ans de ré­clu­sion cri­mi­nelle.

Les di­zaines de té­moi­gnages re­cueillis di­vergent

Clé­ment Méric avait suc­com­bé après avoir re­çu une sé­rie de coups de poing en quelques se­condes.

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