Froome, quelle des­cente !

Il avait l’ha­bi­tude d’es­to­quer la concur­rence dans les as­cen­sions, mais c’est en des­cente que le Bri­tan­nique, vain­queur et nou­veau Maillot jaune, a frap­pé. Bluf­fant !

Aujourd'hui en France - - SPORTS - Ba­gnères-de-Lu­chon (Haute-Ga­ronne) De l’un de nos en­voyés spé­ciaux Ch­ris Froome, vain­queur hier de l’étape LIONEL CHAMI

À LA VIC­TOIRE et au maillot jaune, Ch­ris­to­pher Froome a ajou­té le pa­nache. En lan­çant l’of­fen­sive dès le som­met du col de Pey­re­sourde, en s’ar­ra­chant à Nai­ro Quin­ta­na, Alejandro Val­verde et consorts seul dans la des­cente, le Bri­tan­nique a sur­pris tout le monde et pris d’inc r o y a bl e s r i s - ques. Son au­dace a été ré­com­pen­sée. Et cer­tai­ne­ment au­de­là des 23 se­condes prises au pe­tit Co­lom­bien de la Mo­vis­tar. « J’ai cou­ru à l’ins­tinct », ex­plique le double vain­queur du Tour (2013, 2015) qui ju­bile de n’avoir « ja­mais ga­gné une course de cette ma­nière au­pa­ra­vant ».

« Mes cou­reurs avaient tel­le­ment tra­vaillé que j’ai eu en­vie d’es­sayer quelque chose, re­prend le lea­deur de Sky. J’ai d’abord es­sayé dans la mon­tée (NDLR : une ac­cé­lé­ra­tion à 2 km du som­met de Pey­re­sourde) et ça n’a pas mar­ché. Donc, je me suis dit : Al­lons-y, on va es­sayer au dé­but de la des­cente ! » Sa pres­ta­tion res­te­ra par­mi LES grandes i mage s d e c e t t e é d i - tion 2016. En po­si­tion de l’oeuf, as­sis sur la barre ho­ri­zon­tale de son cadre, men­ton po­sé sur le cintre, le grand écha­las s’est mué en drôle de ma­chine à des­cendre. Tout en gar­dant sa po­si­tion, Froome s’est ap­pli­qué à pé­da­ler, au risque de perdre le contrôle de sa ma­chine. Son at­ti­tude a évo­qué fur­ti­ve­ment Graeme Obree, l’ori­gi­nal Ecos­sais qui bat­tit deux fois le re­cord de l’heure en 1993 et 1994, sur un vé­lo de bric et de broc.

Mais c’est de son équi­pier Mi­chal Kwiat­kows­ki (absent sur le Tour), le Po­lo­nais cham­pion du monde 2014, que s’est ré­cla­mé Froome. « Je me suis beau­coup en­traî­né avec lui cette an­née, sur­tout lors de camps d’en­traî­ne­ment, ex­plique le nou­veau… Maillot jaune. C’est la re­pro­duc­tion de ce qu’on fait sou­vent à l’en­traî­ne­ment. On se lance quelques dé­fis, à qui des­cen­dra le plus vite. Ap­pe­lez cette tech­nique comme vous vou­lez. Pour moi, c’est juste une ma­nière d’al­ler le plus vite pos­sible. J’ai pris quelques risques mais pas trop. J’ai pro­fi­té de l’oc­ca­sion qui se pré­sen­tait. »

Evi­dem­ment, et sans rien en­le­ver à la for­mi­dable ins­pi­ra­tion de Froome, rien n’est ja­mais com­plè­te­ment im­pro­vi­sé chez Sky. Ain­si, l’in­téres-

« C’est la re­pro­duc­tion de ce qu’on fait à l’en­traî­ne­ment. On se lance des dé­fis »

Ch­ris Froome a construit ses deux suc­cès dans le Tour, en 2013 et 2015, dans les Py­ré­nées. En as­som­mant la concur­rence sur une as­cen­sion. En 2013, c’est à la suite d’un dé­mar­rage dans la mon­tée vers Ax-3 Do­maines que le cou­reur bri­tan­nique, im­pres­sion­nant de fa­ci­li­té, s’em­pare du maillot jaune pour ne plus le lâ­cher jus­qu’à Pa­ris. L’an der­nier, Froome avait por­té la tu­nique jaune une sé a ré­vé­lé dis­po­ser hier d’un pla­teau de 54 dents contre 53 d’or­di­naire. « On en avait un peu par­lé avec Ch­ris hier (ven­dre­di), a confié Ni­co­las Por­tal, son di­rec­teur spor­tif. J’avais vu Con­ta­dor lâ­cher Quin­ta­na dans cette des­cente lors de la Route du Sud l’an der­nier. Ch­ris, même s’il n’a pas un style très jo­li, des­cend très vite. Il n’avait pas re­con­nu Pey­re­sourde mais il le connaît pour l’avoir mon­té plu­sieurs fois de ce cô­té-là (NDLR : dans le première fois en haut du mur de Huy (3e étape) en ter­mi­nant der­rière Ro­dri­guez puis l’avait re­prise à Fou­gères (7e étape) après la chute de To­ny Mar­tin. Mais c’est le 14 juillet qu’il es­toque ses ad­ver­saires. Il s’en­vole à 6,5 km de l’ar­ri­vée à la Pier­reSaint-Mar­tin et écoeure tout le monde. Te­jay Van Gar­de­ren, dau­phin de Froome, poin­tait à douze se­condes le 14 juillet au ma­tin à Tarbes. Il est re­lé­gué à… 2’52’’. Plus rien ne l’em­pê­che­ra de s’im­po­ser à Pa­ris. sens in­verse de l’étape d’hier). Et puis, c’est une des­cente un peu par­ti­cu­lière : il y a 3-4 la­cets d’abord et en­suite c’est une des­cente phy­sique, dans la­quelle il faut pé­da­ler. Je leur avais dit que, si on avait un écart, il fau­drait pé­da­ler… »

Et dans ce do­maine, Froome sait y faire. A Quin­ta­na, main­te­nant, d’in­ven­ter quelque chose au­jourd’hui vers An­dorre Ar­ca­lis. A moins que Froome…

Col de Pey­re­sourde (Haute-Ga­ronne), hier. Ch­ris Froome, en po­si­tion dite de « l’oeuf », a lâ­ché ses concur­rents dans la des­cente.

En 2013, dans la mon­tée vers Ax 3 Do­maines, Froome as­somme la concur­rence et en­dosse le maillot jaune pour ne plus ja­mais le lâ­cher.

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