Dans un bar, de l’eu­pho­rie à la dé­cep­tion

Aujourd'hui en France - - RETROUVEZ NOTRE CAHIER SPÉCIAL LOISIRS TOUT L’ÉTÉ - Julie, sup­por­trice des Bleus VIC­TOR TASSEL ET ALINE GE­RARD

AU BOWLER (Pa­ris VIIIe), c’est la douche froide, le Por­tu­gal vient de mar­quer. « Ça me rend fou, ça me rend fou, peste Ma­thias. C’est n’im­porte quoi, ils ne mé­ri­taient pas la vic­toire », mur­mure cet étu­diant en al­ter­nance ve­nu d’As­nières pour suivre le match sur les Champs-Ely­sée. Rien n’y à fait ni le dra­peau tri­co­lore peint sur le vi­sage, ni « la Mar­seillaise » chan­tée à tue-tête. La soi­rée avait pour­tant bien com­men­cé.

20 h 30. Le pub est rem­pli à ras bord. Tout le monde est de­bout. Tel­le­ment que cer­tains sont obli­gés de res­ter de­hors sur le trot­toir, à re­gar­der le match par la fe­nêtre. Les dra­peaux, les maillots, la pein­ture et les écharpes sont tous aux cou­leurs de la France. Au­cun por­tu­gais ne s’est aven­tu­ré dans l’éta­blis­se­ment. C’est l’heure des hymnes. « La Mar­seillaise » est re­prise en choeur. Quand An­toine Griez­mann ap­pa­raît à l’écran, des « Gri­zou ! Gri­zou ! Gri­zou » re­ten­tissent. Le coup d’en­voi est don­né. Des cris, des en­cou­ra­ge­ments, puis le si­lence.

L’am­biance est fes­tive, la cha­leur in­sou­te­nable et la ten­sion pal­pable. « A l’hô­pi­tal ! A l’hô­pi­tal ! », crient les sup­por­teurs lorsque Ro­nal­do se blesse, avant d’ac­cla­mer sa sor­tie sur ci­vière. « C’est pas très fair-play, mais c’est de bonne guerre », ri­gole Camille, le vi­sage peint en bleu­blanc-rouge. Les bleus poussent, les oc­ca­sions s’en­chaînent, l’am­biance monte de plus en plus. Et l’ im­pa­tience, aus­si. « Ils vont mar­quer quand ? ! Faut y al­ler là », lance Va­len­tin, as­sis sur un coin de table. C’est là mi-temps. L’heure pour s or t i r s ’ a é r e r ou pour se ra­fraî­chir avec une nou­velle bière. L’heure, aus­si, d’un pre­mier dé­br i e f i ng. « Dans l’en­semble ça al­lait, ce n’était pas trop mal… On do­mine mais il manque un but ! J’ai pa­rié 3-1 avant le match, C’est mal par­ti… », lance Je­re­my avec son ac­cent du Sud, hi­lare. A la re­prise, ça chante « Al­lez les Bleus ! Al­lez les Bleus ! » 22 h 25. An­toine Griez­mann rate une oc­ca­sion en or. Pas de quoi dé­cou­ra­ger les sup­por­teurs qui scandent à nou­veau « Gri­zou ! Gri­zou, Gri­zou ! »

Les mi­nutes dé­filent, tou­jours pas de but. Les vi­sages se ferment, la ten­sion s’ins­talle. « Ça va ren­trer c’est pas pos­sible », souffle Guillaume, face à l’ac­cu­mu­la­tion d’oc­ca­sions. Dans les dix der­nières mi­nutes, c’est l’hys­té­rie. Chaque of­fen­sive des Bleus est ac­com­pa­gnée de cris. Les « Al­lez les Bleus ! » s’en­chaînent. Dans le temps ad­di­tion­nel, Gi­gnac tire. Le bar exulte, mais le bal­lon frappe le po­teau. Tout le monde y a cru. Fin du temps ré­gle­men­taire, re­gards dans le vide, têtes basses, l’eu­pho­rie laisse place à la dé­cep­tion. « Ça rentre pas, ils sont ma­ra­bou­tés ! On mé­rite de ga­gner, les Por­tu­gais n’ont rien fait du match… » lance Julie. La pause avant la pro­lon­ga­tion offre un der­nier mo­ment de calme, avant le coup de grâce. De­hors les sup­por­teurs por­tu­gais exultent et se di­rigent vers les Champs-Ely­sée pour faire la fête, sous l’oeil at­ten­tif des forces de l’ordre pos­tées tous les cin­quante mètres.

« Ça rentre pas, ils sont ma­ra­bou­tés ! On mé­rite de ga­gner, les Por­tu­gais n’ont rien fait du match… »

Champs-Ely­séees (Pa­ris, VIIIe), hier soir. Qu’ils soient confiants ou stres­sés, les sup­por­teurs des Bleus réunis au bar le Bowler ont at­ten­du le but fran­çais pen­dant 120 mi­nutes. En vain.

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