La plus amère des dé­faites

Aujourd'hui en France - - RETROUVEZ NOTRE CAHIER SPÉCIAL LOISIRS TOUT L’ÉTÉ - HAROLD MARCHETTI

EN SPORT comme ailleurs, l’aban­don du rêve re­pré­sente tou­jours une bles­sure pro­fonde, de l’ordre de l’in­time, pro­ba­ble­ment in­sen­sible à la pa­tine du temps. Do­mi­née par le Por­tu­gal (1-0 a.p.), la France est tom­bée hier soir de sa pla­nète bleue, là­haut, tout là-haut. Dans une pro­lon­ga­tion éprou­vante, elle n’avait plus d’ailes pour la por­ter. Elle a bu­té sur le der­nier obs­tacle pour perdre le match qu’il fal­lait ga­gner.

Au pas­sage, elle a lais­sé échap­per un 3e titre conti­nen­tal qui s’of­frait à elle. Elle est vice-cham­pionne d’Europe. Et ce n’est pas rien pour une sé­lec­tion ab­sente du der­nier car­ré des com­pé­ti­tions in­ter­na­tio­nales de­puis une dé­cen­nie. Mais il lui fau­dra des mois, et peut-être da­van­tage, pour pan­ser ses plaies et sé­cher ses larmes.

« On a lais­sé pas­ser une grande chance de de­ve­nir cham­pions d’Europe, avoue Di­dier Des­champs, la voix fa­ti­guée. Il n’y a pas de mots… mais c’est une dé­cep­tion im­mense. Il fau­dra du temps pour di­gé­rer. On a ga­gné des matchs en­semble et, là, on a per­du en­semble… »

Gi­gnac sur le po­teau !

L’en­trée en ma­tière des Bleus s’avère forte et étouf­fante. Et si ce Por­tu­gal­là est peu joueur par na­ture, il ne peut pas sou­hai­ter être ain­si mis sous pres­sion. Après une en­tame à sens unique, les Fran­çais ren­contrent da­van­tage de dif­fi­cul­tés pour dé­ni­cher des so­lu­tions face à un ad­ver­saire pas­sé maître dans l’art de dé­fendre en bloc. Of­fen­si­ve­ment, les Lu­si­ta­niens ont pour meilleur ar­gu­ment d’avoir Ro­nal­do dans leurs rangs. Mais un choc très rude avec Payet (8e) pré­ci­pite la sor­tie pré­ma­tu­rée du triple Bal­lon d’or et re­bat les cartes.

Les es­paces se ra­ré­fient, la ten­sion est vive, les nerfs à fleur de peau. Le plai­sir s’ef­face de­vant l’en­jeu. Le décor est plan­té. La France confisque le plus sou­vent le bal­lon, mais l’uti­lise avec un bon­heur in­égal. Trop de sco­ries sont dé­plo­rées ça et là pour concré­ti­ser cette do­mi­na­tion sans par­tage. Sous l’im­pul­sion d’un Sis­so­ko, prompt à créer des dif­fé­rences, les Bleus éprouvent à maintes re­prises les ré­flexes de Rui Pa­tri­cio. Mais Gi­roud, Sis­so­ko ou en­core Griez­mann échouent alors sur un mur. Par­fois, la fi­nale ap­pa­raît non comme une apo­théose, mais comme le der­nier match d’une longue sai­son.

Dans le temps ad­di­tion­nel, Gi­gnac c r oi t t ou­cher au Graal, quand sa frappe vient re­bon­dir sur le po­teau droit. Dé­ci­dé­ment, les France - Por­tu­gal peinent à se ré­gler en 90 mi­nutes. En 1984, puis en 2000, la pro­lon­ga­tion s’était ré­vé­lée fa­tale aux Lu­si­ta­niens. Les Tri­co­lores main­tiennent une cer­taine em­prise, avec plus d’or­gueil que de gé­nie col­lec­tif, plus d’ac­tions in­di­vi­duelles que de stra­té­gie.

Arc-bou­té à sa lo­gique d’équipe fri­leuse, le Por­tu­gal semble at­tendre la sé­rie de tirs au but comme une vieille ha­bi­tude. Deux fois dans ce tour­noi, cette lo­te­rie a ser­vi ses des­seins. Et puis, sou­dain, Eder, prê­té à Lille cette sai­son, sort de sa boîte et mys­ti­fie Llo­ris d’un tir ten­du. (109e). C’est ter­ri­ble­ment cruel. Cer­tai­ne­ment un peu in­juste aus­si, au re­gard de la phy­sio­no­mie de la ren­contre. Mais le foot­ball est aus­si une af­faire de réa­lisme. Et, dans ce re­gistre, le Por­tu­gal était su­pé­rieur.

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