Et le Stade de France se mit à chan­ter le fa­do

Aujourd'hui en France - - RETROUVEZ NOTRE CAHIER SPÉCIAL LOISIRS TOUT L’ÉTÉ - BER­TRAND MÉ­TAYER

LES POR­TU­GAIS étaient chez eux au Stade de France. Et si la vic­toire de gagne-pe­tit ne sa­tis­fe­ra pas les pu­ristes du jeu, les autres ne man­que­ront pas de tres­ser quelques lau­riers aux sup­por­teurs lu­si­ta­niens. Perdre Cris­tia­no Ro­nal­do dès le dé­but d’une fi­nale de l’Eu­ro, il faut re­con­naître qu’il n’y avait pas pire pour cas­ser l’am­biance. Entre son choc avec Payet à la 8e mi­nute et sa sor­tie à la 25e mi­nute, le Stade de France s’est éteint. Comme sous le choc de la bles­sure du meilleur ad­ver­saire des Bleus.

Des hur­le­ments de déses­poir cô­té fran­çais

« Cris­tia­no, Cris­tia­no », chan­taient les 15 000 sup­por­teurs ras­sem­blés dans le vi­rage avant que le stade ne se lève pour une stan­ding ova­tion co­los­sale. Mais tout était de toute fa­çon un peu par­ti dans le désordre entre une « Mar­seillaise » un poil en ca­non et des clap­pings gen­ti­ment désor­don­nés. La ré­pé­ti­tion juste avant le coup d’en­voi avait pour­tant prou­vé que ce nou­veau hit des stades était plu­tôt bien maî­tri­sé. En 1998, Di­dier Des­champs raillait dé­jà ce pu­blic « cos­tard-cra­vate » et on ne pou­vait que consta­ter que 18 ans plus tard, les tri­bunes la­té­rales lors d’une fi­nale ne ras­semblent au­cun ha­bi­tué des stades. Les vi­rages ten­taient bien de don­ner le ton mais avaient du mal à gar­der le vo­lume au maxi­mum. Et c’est en­core les Lu­si­ta­niens qui mon­taient le son en en­ton­nant l’hymne na­tio­nale, « A Por­tu­gue­sa », pour sou­te­nir une équipe or­phe­line de CR7.

C’est même l’in­tru­sion d’un spec­ta­teur sur la pe­louse qui est presque l’ac­tion la plus ap­plau­die du match (55e). Mais à me­sure que le temps s’égraine, la ten­sion monte, les cris se font plus stri­dents, les râles de dé­cep­tion plus sourds. Les Por­tu­gais, eux, ne s’en laissent pas comp­ter et chantent comme on conjure le mau­vais sort. Avec un mé­lange de pa­nache et de foi in­fi­nie.

Cô­té Tri­co­lore, on scande « Mous­sa » à chaque coup de rein d’un Sis­so­ko mo­nu­men­tal. On im­plore le ciel les mains jointes et on en­tonne un « Al­lez les Bleus » pour ten­ter de ré­veiller une équipe de France pa­rais­sant chlo­ro­for­mée par le jeu so­po­ri­fique de la bande de Pepe. La frappe de Gi­gnac sur le po­teau ar­rache des hur­le­ments de déses­poir, le pu­blic est sur un fil, sans avoir de quel cô­té il va bas­cu­ler. Un sen­ti­ment d’ef­froi qui noue les gorges. Les chants s’éteignent vite, très vite. Pas un pro­blème de cordes vo­cales, juste un ni­veau de stress au pa­roxysme. Une ten­sion que le but d’Eder va trans­for­mer en fu­ria dans le camp por­tu­gais. Les Fran­çais, eux, étaient in­con­so­lables.

Comme le nombre de frappes ten­tées par l’équipe de France, soit deux fois plus que les Por­tu­gais. 1960. URSS 1964. Es­pagne 1968. Ita­lie 1972. RFA 1976. Tché­co­slo­va­quie 1980. RFA 1984. France 1988. Pays-Bas 1992. Da­ne­mark 1996. Al­le­magne 2000. France 2004. Grèce 2008. Es­pagne 2012. Es­pagne 2016. Por­tu­gal

Stade de France, hier soir. Les sup­por­teurs por­tu­gais, pré­sents en nombre dans les tri­bunes, ont don­né de la voix du­rant toute la ren­contre avant d’ex­plo­ser à la fin.

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