Le Por­tu­gal en­fin sa­cré !

Aujourd'hui en France - - RETROUVEZ NOTRE CAHIER SPÉCIAL LOISIRS TOUT L’ÉTÉ - SYL­VIE DE MA­CE­DO

CE NE SONT PAS les meilleurs. Mais ils ont réus­si là où leurs illustres an­cêtres, ces ma­gi­ciens du bal­lon rond qu’étaient Luis Fi­go, De­co, Rui Cos­ta, ont échoué. Ce titre, le pre­mier de l’his­toire du Por­tu­gal, pro­pulse à tout ja­mais cette gé­né­ra­tion sur le toit de l’Europe. Cris­tia­no Ro­nal­do sym­bo­lise le trait d’union entre ces deux gé­né­ra­tions do­rées. La star pla­né­taire, qui avait jusque-là gar­ni son pal­ma­rès en club, re­joint les plus grands. Ce ma­tin, il se ré­veille en lé­gende, ce­lui qui a en­fin me­né son pays au sacre en bri­sant la ma­lé­dic­tion et dans la peau d’un double cham­pion d’Europe avec le Real Ma­drid et sa sé­lec­tion. CR7 court dé­sor­mais à grandes en­jam­bées vers son qua­trième Bal­lon d’or, après avoir rem­por­té sa troi­sième Ligue des cham­pions avec le Real fin mai. Mais nul doute que le titre gla­né hier à Saint-De­nis tien­dra une place par­ti­cu­lière dans le coeur de la star por­tu­gaise. Il re­ferme en quelque sorte une pa­ren­thèse dou­lou­reuse ou­verte à l’Eu­ro 2004 quand le titre avait échap­pé au na­tif de l’île de Ma­dère. A 31 ans, il réa­lise son rêve, ce­lui l’a te­nu éveillé bien des nuits ces douze der­nières an­nées.

La consé­cra­tion doit beau­coup à Ro­nal­do et Pepe

La consé­cra­tion d’hier doit éga­le­ment beau­coup à Pepe, l’autre double cham­pion d’Europe. Fi­dèle lieu­te­nant de Ro­nal­do à Ma­drid, ce Bré­si­lien de nais­sance, na­tu­ra­li­sé à 24 ans, a te­nu d’une main de fer une dé­fense lu­si­ta­nienne.

Le Por­tu­gal doit beau­coup à ces deux cadres qui ont su en­traî­ner dans leur sillage conqué­rant un ef­fec­tif qui re­gorge sur­tout de joueurs peu connus du grand pu­blic. « C’est un mé­lange d’ex­pé­rience et de jeunesse », nous confiait le Mo­né­gasque Joao Mou­tin­ho au dé­but de la com­pé­ti­tion. Il y a évi­dem­ment le dis­cret Na­ni, ra­re­ment dé­ce­vant lors de cet Eu­ro, la ré­sur­rec­tion du ta­len­tueux Qua­res­ma, la sen­sa­tion Re­na­to Sanches, ce jeune mi­lieu de 18 ans trans­fé­ré cet été au Bayern Mu­nich, ou en­core la confir­ma­tion Ra­phaël Guer­rei­ro, ce Fran­co-Por­tu­gais de­ve­nu un ti­tu­laire in­dis­cu­table de la Se­lec­çao. Mais en de­hors des deux Ma­dri­lènes, au­cun ne jouait la sai­son pas­sée dans un grand club eu­ro­péen. Et c’est en ce­la que ce sacre consti­tue peut-être une sur­prise.

Un style de jeu très dé­fen­sif

De­puis 2000, le Por­tu­gal est certes un ha­bi­tué des der­niers car­rés (il a dis­pu­té cinq de­mi-fi­nales en comp­tant cette édi­tion). Mais cette gé­né­ra­tion-là est bien moins spec­ta­cu­laire et sexy que celle des De­co, Fi­go, Pau­le­ta ou Ma­niche. Son style de jeu très dé­fen­sif du­rant le tour­noi a d’ailleurs sou­vent été critiqué. Les Por­tu­gais ont même dé­çu du­rant la phase de groupe avec ces trois nuls concé­dés contre l’Is­lande (1-1), l’Au­triche (0-0) et la Hon­grie (3-3). Ils peuvent d’ailleurs dire mer­ci à Mi­chel Pla­ti­ni, leur bour­reau de 1984, qui en tant que pré­sident de l’UEFA a ins­ti­tué cet Eu­ro à 24 équipes et a ain­si per­mis leur pas­sage en 8es en tant que meilleurs troi­sièmes.

Ils se sont qua­li­fiés en­suite au bout de l’en­nui contre la Croa­tie en toute fin de pro­lon­ga­tion (1-0) et aux tirs au but contre la Po­logne (1-1, 5-3 t.a.b.). Il a d’ailleurs fal­lu at­tendre cette de­mi-fi­nale contre le Pays de Galles (2-0) pour en­fin les voir ga­gner un match dans le temps ré­gle­men­taire. On pour­ra aus­si tou­jours dire qu’ils ont eu de la chance d’hé­ri­ter de la bonne moi­tié de ta­bleau, échap­pant ain­si à l’Al­le­magne, l’Es­pagne et l’Ita­lie avant d’at­teindre cette der­nière marche.

Le sé­lec­tion­neur San­tos avait pro­mis de rem­por­ter l’Eu­ro

Mais il n’en de­meure pas moins que ce Por­tu­gal-là a du mé­rite. No­nobs­tant la qua­li­té de jeu par­fois dé­faillante, la Se­lec­çao a com­pen­sé avec un état d’es­prit ir­ré­pro­chable, une confiance in­ébran­lable en son col­lec­tif.

Son sé­lec­tion­neur en est le prin­ci­pal ar­ti­san. Tout dans cette équipe lui res­semble. Elle est à son image, ru­gueuse, prag­ma­tique mais ef­fi­cace. Fer­nan­do San­tos pré­fère la ri­gueur tac­tique à la fan­tai­sie tech­nique. Il a contraint les siens à une cer­taine dis­ci­pline dé­fen­sive, dans le but d’anes­thé­sier l’ad­ver­saire, comp­tant en­suite sur les qua­li­tés de vi­tesse de ses at­ta­quants, CR7 et Na­ni, pour me­ner les contres. « Nous sa­vons que nous ne sommes pas les meilleurs du monde. I l f al l ai t donc t r ou­ver d’autres re­cettes », ad­met­tait-il la se­maine der­nière.

Cette vic­toire fi­nale est d’au­tant plus la sienne qu’il y a cru dès le dé­but. Pas seule­ment de­puis le 10 juin, mais de­puis le 11 oc­tobre 2014. Ce jour-là, pour son pre­mier match avec le Por­tu­gal contre la France en ami­cal au Stade de France (2-1), il avait fait cette pro­messe à ses joueurs. « Je leur ai dit qu’on re­viend r a i t d a n s c e mê me s t a d e le 10 juillet », a-t-il rap­pe­lé en mi­lieu de se­maine. Et en leur ré­pé­tant sans cesse ce même dis­cours ces deux der­nières an­nées, il a fi­ni de convaincre ses hommes de leur des­tin. Il leur a fait croire que les rêves se réa­lisent si on s’en donne les moyens. Et ce ma­tin, tous les Por­tu­gais de France, ce mil­lion d’im­mi­grés et de lu­so-des­cen­dants qui vivent dans l’Hexa­gone, lui disent mer­ci.

Stade de France (Saint-De­nis), hier. Ce titre, le pre­mier de l’his­toire du Por­tu­gal, pro­pulse à tout ja­mais la gé­né­ra­tion de Cris­tia­no Ro­nal­do (au centre, avec la coupe) sur le toit de l’Europe.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.