Griez­mann, plus qu’un tube de l’été

Aujourd'hui en France - - RETROUVEZ NOTRE CAHIER SPÉCIAL LOISIRS TOUT L’ÉTÉ - YVES LE­ROY

LA FRUSTRATION, en­core, et le goût amer d’une sale his­toire qui se ré­pète. An­toine Griez­mann achève cette sai­son avec un mé­lange de sen­ti­ments contraires, for­cé­ment. Il a ca­res­sé deux rêves, il n’en a réa­li­sé au­cun. Après avoir per­du la fi­nale de la Ligue des cham­pions face au Real Ma­drid, le Fran­çais chute une nou­velle fois contre Cris­tia­no Ro­nal­do, la star du club ri­val et de l’équipe du Por­tu­gal. Pour­tant, ces neuf mois res­te­ront ceux où, après avoir conquis l’Es­pagne, l’at­ta­quant est de­ve­nu pro­phète en son pays. Et comme il n’a que 25 ans, la France s’est trou­vé un nou­veau lea­deur pour les dix pro­chaines an­nées. Rien n’était si évident, pour­tant. Il y a un an, Di­dier Des­champs re­gret­tait en­core que le Griez­mann des Bleus ne soit pas ce­lui de l’At­lé­ti­co. Il sor­tait d’une sai­son à 25 buts en club. Chez les Bleus, en juin der­nier, on évo­quait même la pos­si­bi­li­té de voir la concur­rence le rat­tra­per.

Sur les traces de Beck­ham

En­core en mars, lors­qu’il nous avait re­çus à Ma­drid, son bi­lan était de 6 buts en 23 sé­lec­tions. Il ex­pli­quait avec convic­tion mais une forme d’in­sa­tis­fac­tion : « Je veux de­ve­nir aus­si im­por­tant chez les Bleus qu’à l’At­lé­ti­co. » Il était alors un atout of­fen­sif par­mi d’autres, dans l’ombre de Karim Ben­ze­ma, un joueur qu’il ap­pré­cie. Or, An­toine Griez­mann veut être une star, ce­lui qui fait ga­gner son équipe et la porte au som­met. Ce­la peut sur­prendre au vu de sa ti­mi­di­té, mais son mo­dèle ultime, sur comme hors du ter­rain, est Da­vid Beck­ham. L’évic­tion de Karim Ben­ze­ma, à la suite de l’af­faire de la sex-tape, a chan­gé beau­coup de choses pour Griez­mann. Dès le prin­temps, on a vu le même joueur sous le maillot rayé rouge et blanc et sous le maillot bleu. Ça tombe bien, il a joué pen­dant cette pé­riode le meilleur foot­ball d’Europe. Dé­jà lors des matchs ami­caux contre la Rus­sie et les Pays-Bas, il avait im­pres­sion­né. En­suite, il a por­té l’At­lé­ti­co sur ses épaules jus­qu’en fi­nale de la Ligue des cham­pions : 7 buts en 13 ren­con- tres sur la sai­son, et sur­tout ceux qui ont qua­li­fié son équipe contre le Bar­ça puis le Bayern, en quarts et en de­mi-fi­nales. La fi­nale per­due et son tir au but man­qué, contre le Real Ma­drid, étaient une ci­ca­trice en­core ou­verte à son ar­ri­vée chez les Bleus fin mai.

Dans cette mon­tée en puis­sance et dans sa ma­nière d’être dé­ci­sif contre les plus grands clubs, on a en­tre­vu ce que pour­rait de­ve­nir Griez­mann en bleu. Mais le che­min pa­rais­sait long et sa ca­pa­ci­té à re­pro­duire ses pres­ta­tions es­pa­gnoles lais­sait des doutes. Le joueur les a ava­lés d’une traite. Son Eu­ro en est un conden­sé, mal­gré la triste is­sue. Une pre­mière pres­ta­tion ano­nyme, puis un re­pla­ce­ment dans l’axe, dans le même rôle libre qu’à Ma­drid. Et sou­dain, l’ava­lanche. Six buts avant même la fi­nale, dont un dou­blé contre le meilleur gar­dien du monde, Ma­nuel Neuer, en de­mie.

Gri­zi est de­ve­nu Gri­zou

Hors du ter­rain, Gri­zi, le sur­nom que lui don­nait sa bande de fans sur les ré­seaux so­ciaux, est de­ve­nu Gri­zou, sous l’im­pul­sion de quelques lea­deurs des Bleus. Il est dé­sor­mais aus­si à l’aise entre les murs de Clai­re­fon­taine qu’à la Fin­ca, le centre d’en­traî­ne­ment de son club, lui qui avouait une cer­taine re­te­nue en bleu jus­qu’alors. Der­rière Evra et Pog­ba, le gau­cher n’est ja­mais loin pour cham­brer.

Griez­mann a aus­si conquis le très grand pu­blic. Un de ses ob­jec­tifs, en- cou­ra­gé par son en­tou­rage, qui l’a pous­sé à s’ou­vrir au monde et à mul­ti­plier les in­ter­views, ce dont il n’est pas friand. C’est néan­moins dans la spon­ta­néi­té que sa vraie per­son­na­li­té sé­duit. Dans ses cé­lé­bra­tions de buts, no­tam­ment. Sa danse, re­make d’un clip de Drake dé­jà in­tro­duit à Ma­drid avec son co­équi­pier Koke, s’an­nonce comme un must de l’été. Sa glis­sade sur le ventre, fa­çon pin­gouin sur la ban­quise, a été lar­ge­ment dé­tour­née sur In­ter­net après la de­mi-fi­nale. L’autre atout de Gri­zou, c’est son sou­rire per­ma­nent, sur­tout, et sa ma­nière de par­ta­ger ses émo­tions avec une sin­cé­ri­té sans faille, dans la joie ou dans la dé­tresse, comme à Mi­lan le 28 mai ou hier soir au Stade de France. Griez­mann est le sym­bole de la ré­con­ci­lia­tion du peuple tri­co­lore avec son équipe. Il était avant la fi­nale le joueur pré­fé­ré de 44 % des Fran­çais.

Pour de­ve­nir l’égal de Pla­ti­ni et de Zi­dane, le no 7 tri­co­lore ne pour­ra pas se conten­ter de fi­nales per­dues et de­vra étendre son lea­der­ship dans le temps. La pro­chaine étape se­ra pour lui d’em­me­ner les siens jus­qu’aux tro­phées. La route pa­raît for­cé­ment longue, après l’avoir par­cou­rue une fois sans at­teindre au­cune des des­ti­na­tions. Mais An­toine Griez­mann a dé­mon­tré qu’il pou­vait fran­chir les obs­tacles les plus éle­vés. A 13 ans, au­cun centre de for­ma­tion fran­çais ne vou­lait de lui. Au­jourd’hui, l’Europe en­tière nous l’en­vie.

Griez­mann, même s’il a ra­té sa fi­nale, a tout de même ins­crit 6 buts dans cet Eu­ro.

Al­lianz-Are­na (Mu­nich), 3 mai 2016. Griez­mann avait pou­tant brillé toute la sai­son en Ligue des cham­pions avec 7 buts en 13 ren­contres, dont ce but face au Bayern de Neuer qui qua­li­fiait l’At­lé­ti­co de Ma­drid pour la fi­nale.

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