Tin­der est dé­sor­mais in­ter­dit aux moins de 18 ans

Aujourd'hui en France - - SOCIÉTÉ - AL­BAN DE MONTIGNY

« JE SUIS AL­LÉE sur Tin­der quand j’avais 13 ans pour ri­go­ler en com­pa­rant les pro­fils des dif­fé­rents gar­çons. J’ai ra­pi­de­ment ar­rê­té, car je re­ce­vais beau­coup de mes­sages du style Tu veux cou­cher avec moi ?, confie Ema, 14 ans, élève en classe de troi­sième. A l’époque, Ema s’était connec­tée à l’ap­pli­ca­tion sans dif­fi­cul­té, Tin­der étant ac­ces­sible dès l’âge de 13 ans. Mais, de­puis cette se­maine, cette ap­pli­ca­tion de ren­contre, qui per­met de sé­lec­tion­ner d’un coup de pouce sur l’écran du té­lé­phone le pro­fil d’une per­sonne qui plaît, est in­ter­dite aux moins de 18 ans.

« Sur une plate-forme qui a fa­ci­li­té plus de 11 mil­liards de ren­contres, nous avons la res­pon­sa­bi­li­té d’éva­luer en per­ma­nence les ex­pé­riences de nos uti­li­sa­teurs. Nous sommes convain­cus que ce chan­ge­ment est la meilleure orien­ta­tion à suivre pour l’ave­nir », a dé­cla­ré l’en­tre­prise dans un com­mu­ni­qué en pré­ci­sant que 3 % des uti­li­sa­teurs étaient concer­nés.

Si la so­cié­té n’a pas ex­pli­qué clai­re­ment ce qui avait mo­ti­vé son choix, il est pro­bable qu’elle ait vou­lu jouer la carte de la sé­cu­ri­té en évi­tant aux plus jeunes de faire de mau­vaises ren­contres.

Au­pa­ra­vant, les mi­neurs n’avaient ac­cès qu’aux pro­fils d’autres mi­neurs, mais ils pou­vaient men­tir sur leur âge lors de l’ins­crip­tion sur la plate-forme et ain­si en­trer en contact avec l’en­semble des uti­li­sa­teurs. D’ailleurs, mal­gré la nou­velle po­li­tique, ce pro­blème se pose tou­jours ! Au­cun contrôle n’exis­tant, des jeunes peuvent pas­ser entre les mailles du fi­let et s’ex­posent ain­si à des risques : har­cè­le­ment, pé­do­phi­lie…

« Cer­tains ou­blient qu’il y a par­fois des faux pro­fils sur Tin­der qui cachent des gens beau­coup plus âgés. D’autres, au contraire, sont bien conscients des dan­gers, mais ils y vont quand même. Les ados sont at­ti­rés par le risque, ce­la fait par­tie de leur dé­ve­lop­pe­ment psy­chique. Ils pensent tou­jours qu’ils ne se fe­ront pas pié­ger », ex­plique Béa­trice Cop­per-Royer, psy­cho­logue spé­cia­liste de l’ado­les­cence et qui a co­fon­dé E-en­fance, une as­so- cia­tion de pro­tec­tion de l’en­fant sur In­ter­net. Mais ces jeunes passent-ils à l’ac­tion, vont-ils jus­qu’à ren­con­trer quel­qu’un ? « Ils dis­cutent en­semble des pro­fils, en ri­golent, mais ça s’ar­rête sou­vent là, ré­pond Ca­the­rine Le­jealle, so­cio­logue ayant tra­vaillé sur le su­jet. Ça leur fait plai­sir de voir qu’ils plaisent et ça conforte l’ego à des âges où on manque sou­vent de confiance en soi. »

De leur cô­té, les pa­rents sont sou­vent dé­pas­sés face à cette uti­li­sa­tion pré­coce de Tin­der. « Ils doivent ex­pli­quer à leurs en­fants que cette ap­pli­ca­tion n’est pas pour les ado­les­cents, af­firme Béa­trice Cop­per-Royer. Il faut leur rap­pe­ler qu’il y a bien d’autres fa­çons de trou­ver l’amour. »

Des jeunes peuvent tou­jours pas­ser entre les mailles du fi­let

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