FESTIVAL D’AVIGNON.

Trois spec­tacles et une mise en scène : Fran­cis La­lanne, le chan­teur, poète et co­mé­dien de 57 ans, s’est lan­cé un sa­cré dé­fi. Nous l’avons sui­vi dans son ma­ra­thon quotidien, ven­dre­di, de 8 h 30 à mi­nuit.

Aujourd'hui en France - - LOISIRS ET SPECTACLES - Avignon (Vau­cluse) De nos en­voyés spé­ciaux SYL­VAIN MERLE

ce­lui qui peut tout. Kim tente une nou­velle forme pour la bouche, sur­li­gnée de noir. « Elle est double cette bouche, il faut mettre les bou­chées doubles », sou­rit le co­mé­dien. « Ne se­riez-vous pas poète, mon­sieur ? » le ta­quine Kim. « Seule­ment quand je vous re­garde. » 11 h 35. « L’an pas­sé, La­lanne est ve­nu voir treize fois le spec­tacle », ra­conte An­dré, le di­rec­teur de la troupe suisse à la fin de la re­pré­sen­ta­tion. « C’était de­ve­nu ma drogue, j’avais besoin de les voir pour jouer, glisse le chan­teur. De cette ren­contre a dé­cou­lé sur ce ma­gni­fique spec­tacle. » Dans les loges, on sa­voure le bon ac­cueil du pu­blic. « J’ai un tex­to de Des­champs, il me ré­pond Hé oui, avec un grand coeur, lance le chan­teur. Je lui avais écrit hier qu’on ne pou­vait pas perdre parce qu’on était le 7 juillet, par- ce que son nu­mé­ro c’était le sept, comme ce­lui de Griez­mann. Je lui avais écrit : « 7 ta chance ! » Ce ma­tin, je lui ai juste en­voyé un « 7 ». 12 h 55. Ren­dez-vous est pris de­vant l’uni­ver­si­té où tractent Constance et Jeanne, les co­mé­diennes des « Deux Char­lotte », un spec­tacle sur la Ré­vo­lu­tion fran­çaise que La­lanne met en scène. « Alors, char­lotte ou pas char­lotte ? » in­ter­roge la se­conde, mon­trant une photo d’elle avec une coiffe. « Ça ac­cen­tue la dif­fé­rence de classe, mais qu’en fais-tu après ? » in­ter­roge le met­teur en scène. Et de cher­cher com­ment in­té­grer l’ac­ces­soire. « Tu conserves cet ob­jet qui ap­par­te­nait à une grande dame, oh ! ça va être beau », s’en­thou­siasme-t-il, étrei­gnant la main des co­mé­diennes. Quinze mi­nutes de tra­vail im­pro­vi­sées sur le trot­toir, conclues par un en­cou­ra­ge­ment. « Cinq per­sonnes hier, c’est nor­mal, ici on plante son tré­teau et on y va, le bouche-à-oreille fe­ra le reste, j’ai confiance. » 15 h 35. Dans les rues, sou­vent abor­dé, le chan­teur ré­pond avec le sou­rire. « Ne vous ex­cu­sez pas », ré­torque-t-il à ce jeune homme qui veut le re­mer­cier : « Votre texte A mon père m’a beau­coup tou­ché. » « Je ne tracte pas, je suis mon propre tract, les gens qu’on croise me disent bon­jour, on dis­cute, on fait une photo et je parle des spec­tacles. » Un type de la voi­rie passe. « Oh ! Fran­cis, tu te sou­viens de moi ? » Le chan­teur le sa­lue, les deux parlent… foot­ball. 18 h 30. Fi­lage tech­nique d’« Un tram­way nom­mé dé­sir », Col­lège de la Salle : nom­breux couacs de lu­mière et de décor. En sor­tant, Fran­cis part ren­con­trer le pro­duc­teur. « On se voit ce soir après mon der­nier spec­tacle, j’ai iden­ti­fié les en­droits où ça ne va pas, pré­viens les autres, ce soir c’est nuit blanche, on voit tout ça. » Fi­na­le­ment, ils re­ver­ront tout ce­la le len­de­main, à tête re­po­sée. Et la gé­né­rale se dé­rou­le­ra bien, le tram­way roule…

« J’ai un tex­to de Des­champs ! » « Char­lotte ou pas char­lotte ? » « Oh ! Fran­cis, tu te sou­viens de moi ? » « Ce soir, c’est nuit blanche ! » On y chante, on y chante…

21 heures. In­vi­tés par les Com­pa­gnons des Côtes-du-Rhône, au pied du pont d’Avignon, Fran­cis et Caroline, sa par­te­naire et pia­niste, donnent un aper­çu du ré­ci­tal du soir. « Ce n’est pas un dé­fi, rien n’est cal­cu­lé. Ces dif­fé­rents pro­jets sont le fruit de ren­contres ami­cales et ar­tis­tiques, ce sont des pro­po­si­tions que je n’ai pas pu re­fu­ser… Il y a eu une conver­gence de connexions de vies pas re­por­tables », as­sure Fran­cis, avant de fi­ler au Théâtre du Chien qui fume… sans rien man­ger.

« Je n’ai ja­mais vé­cu un truc comme ça »

0 h 30. Il sort de scène, épui­sé mais heu­reux. « Quand j’ai dit oui à tout, je ne me­su­rais pas l’im­pli­ca­tion phy­sique, je n’ai ja­mais vé­cu un truc comme ça », confie-t-il, at­ta­blé de­vant un cock­tail sans al­cool. Il tombe de som­meil. On s’in­quiète de son en­du­rance pour cette course de fond dans la­quelle il s’est lan­cé. « Ce n’est plus un ma­ra­thon, c’est un iron­man », souffle Caroline.

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